La commission d’enquête du Sénat sur les inégalités systémiques auxquelles sont confrontées les populations des Outre-mer, dont Évelyne Corbière Naminzo, sénatrice de La Réunion, est rapporteure, poursuit ses travaux engagés depuis le 12 février 2026. À ce stade, une quarantaine d’auditions ont été réalisées, permettant d’entendre notamment d’anciens directeurs généraux des Outre-mer, des chercheurs en science politique, en droit et en économie, des statisticiens, les présidents des CESER de La Réunion, de Mayotte, de Guyane et de Guadeloupe, la Défenseure des droits, ainsi que des présidents d’universités et des recteurs.
Ces travaux ont permis de dégager six grandes thématiques : le développement économique endogène, la jeunesse, l’éducation et la formation, la redistribution, le pouvoir d’achat et les revenus, la solidarité nationale et le financement des collectivités territoriales, la gouvernance et l’adaptation des normes, ainsi que la santé.
Les premiers constats mettent en évidence des inégalités persistantes entre l’Hexagone et les territoires ultramarins. Le chômage y est en moyenne deux fois plus élevé. Les taux de pauvreté sont particulièrement élevés, touchant un enfant sur deux à La Réunion, huit enfants sur dix à Mayotte et six sur dix en Guyane. Les difficultés d’accès aux services publics essentiels, la surmortalité infantile, un décrochage scolaire deux fois supérieur à la moyenne nationale et une prévalence accrue de certaines pathologies chroniques figurent également parmi les constats relevés.
La commission a également identifié une différence de traitement concernant les consommateurs ultramarins, avec la non-application du tarif social internet. Dans un contexte de dématérialisation des démarches, cette situation est présentée comme un facteur supplémentaire d’éloignement des populations de leurs droits.
Les travaux visent à la fois à analyser les mécanismes à l’origine de ces inégalités et à formuler des propositions pour y répondre durablement, dans une perspective de justice sociale et de développement soutenable. Selon les analyses évoquées, ces inégalités s’inscrivent dans des structures économiques durables, liées notamment à un modèle encore marqué par une économie de comptoir, où certains acteurs concentrent l’importation, la distribution et les ressources.
La commission accorde une attention particulière à la jeunesse, identifiée comme un enjeu prioritaire. Les données soulignent une « pénalité outre-mer » : à origine sociale équivalente, un jeune issu des Outre-mer a moins de chances d’obtenir un diplôme de l’enseignement supérieur et d’accéder à un poste de cadre que son homologue de l’Hexagone. À La Réunion, le chômage des jeunes est en progression.
Les conditions d’accès à l’éducation apparaissent également fragilisées. Aux Antilles, la continuité scolaire est affectée par les aléas climatiques, entraînant des fermetures de classes et des contraintes d’organisation. À Mayotte, le système de rotation scolaire, lié au manque d’infrastructures, impose des demi-journées de cours. Dans ce contexte, la commission interroge l’adaptation des politiques éducatives face aux taux d’illettrisme et de décrochage scolaire.
L’accès aux droits constitue un autre axe de travail. Selon les éléments présentés, l’accès aux services publics reste difficile dans les territoires ultramarins. Dans les Antilles, six personnes sur dix rencontrent des difficultés dans leurs démarches administratives, contre quatre sur dix en 2016, avec des problèmes récurrents de contact et de réponses inadaptées de l’administration.
Sur le plan sanitaire, les territoires ultramarins présentent des taux de prévalence plus élevés pour certaines pathologies, notamment les cancers et le diabète. Des déplacements de la commission en Martinique et à Saint-Martin ont permis de documenter ces situations, avec un accent particulier sur les difficultés liées au transport, identifié comme un facteur aggravant des inégalités d’accès aux soins.
La question de la mobilité apparaît en effet centrale, conditionnant l’accès aux soins, à la formation et à l’emploi. À La Réunion, la crise des carburants est citée comme un élément impactant directement la vie des ménages. La commission souligne également le manque d’évaluation des politiques publiques mises en oeuvre dans les Outre-mer et appelle à un changement d’approche, fondé sur des politiques plus concertées et une meilleure prise en compte des spécificités territoriales.
Les travaux doivent se poursuivre jusqu’au mois de juin 2026, date à laquelle le rapport final de la commission d’enquête sera publié.
memento.re


0 COMMENTAIRE(S)