La première édition des Trophées Trajectoires Agri s’est tenue mardi 23 juin 2026 à la salle polyvalente des Festivités de Trois-Bassins. Organisé par le Groupement des Agriculteurs Biologiques de La Réunion, le Crédit Agricole La Réunion-Mayotte et 3A Conseil, avec l’ADEME, la DAAF Réunion et la mairie de Trois-Bassins, l’événement a distingué deux agriculteurs engagés dans la transition agroécologique.
Jean Vidal, horticulteur en agriculture biologique à Fleurimont et adhérent au GAB Réunion, a été récompensé dans la catégorie production végétale. Christine Carcany, éleveuse de vaches laitières à la Plaine des Palmistes et adhérente à la SICA Lait, a été distinguée dans la catégorie production animale.
Les deux lauréats bénéficieront d’un accompagnement complet pour réaliser leur diagnostic Gaz à Effet de Serre. Cette démarche sera prise en charge à 90 % par le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire et l’ADEME, et à 10 % par le Crédit Agricole. Une trentaine d’agriculteurs bénéficieront également du soutien financier du Crédit Agricole La Réunion-Mayotte pour réaliser leur diagnostic GES.
Accompagner les agriculteurs face au changement climatique
Les Trophées Trajectoires Agri s’inscrivent dans le cadre de l’appel à projets national « Accompagnement des Agriculteurs face au Changement Climatique », porté par le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire et l’ADEME. Ce programme vise à aider les exploitants à réduire leur empreinte carbone, adapter leurs pratiques, améliorer la santé des sols et renforcer la résilience de leurs exploitations.
À La Réunion, quatre structures ont été retenues pour accompagner les agriculteurs : 3A Conseil, la Chambre d’Agriculture de La Réunion, le GIEE de Sainte-Rose porté par l’association PARER, et Endenium Conseil / CVE Consult. Le programme est coordonné localement par Sophie Pouthier, pour l’ADEME Océan Indien, et Lionel Gardes, pour la DAAF de La Réunion.
La cérémonie a réuni une quarantaine d’agriculteurs et d’acteurs de la transition agroécologique, en présence de Daniel Pausé, maire de Trois-Bassins.
Trois-Bassins veut renforcer son accompagnement agricole
En ouverture, Daniel Pausé a rappelé la place de l’agriculture dans l’identité de Trois-Bassins. "Notre commune rurale a toujours été dans le groupe de tête pour soutenir ses agriculteurs. L’agriculture n’est pas qu’une simple activité économique pour Trois-Bassins, c’est notre identité profonde, le poumon vert de nos hauts et le garant de la beauté de nos paysages", a-t-il déclaré.
Le maire a présenté trois axes de travail pour la commune : la sanctuarisation du foncier agricole face à la pression urbaine, l’accompagnement technique et financier des agriculteurs confrontés aux aléas climatiques, et la structuration du Projet Alimentaire Territorial. L’objectif affiché est de favoriser une production locale et de qualité destinée notamment aux cantines scolaires et aux familles du territoire.
Anaïs Fontaine, élue déléguée à l’alimentation et aux affaires rurales, a pour sa part mis en avant le rôle de la Case Rurale. "Pour mener à bien notre transition et notre souveraineté alimentaire, la mairie réaffirme son soutien à la Case Rurale. C’est le cœur battant de l’accompagnement agricole de proximité à Trois-Bassins", a-t-elle indiqué.
Des diagnostics financés et un suivi sur deux ans
Pour la DAAF Réunion, l’événement s’inscrit dans les priorités de la planification écologique. Boris Calland, directeur adjoint de la DAAF Réunion, a rappelé que l’État maintenait ses dispositifs essentiels malgré un contexte budgétaire plus contraint, notamment sur la gestion de l’eau, l’irrigation résiliente et la recherche d’alternatives aux produits phytosanitaires.
Il a également alerté sur les enjeux climatiques auxquels La Réunion est confrontée. "Les projections scientifiques pour notre île sont claires et particulièrement alarmantes : si nous ne changeons pas radicalement nos techniques de production, nous ferons face à une hausse subie des températures de +3°C à La Réunion d’ici 2050", a-t-il souligné.
Sophie Pouthier, coordinatrice du pôle énergie de l’ADEME Réunion, a précisé que le dispositif bénéficie à La Réunion d’une enveloppe de 350 000 euros de subventions d’État, répartie entre les quatre structures lauréates. Les audits sont financés à hauteur de 90 % par l’ADEME. Ils comprennent une phase collective d’acculturation gratuite, puis un suivi individuel personnalisé sur deux ans afin de construire un plan d’action adapté à chaque exploitation.
Le Crédit Agricole veut lever le frein financier
Partenaire de l’événement, le Crédit Agricole La Réunion-Mayotte complète le financement des diagnostics GES pour les deux lauréats et soutiendra également une trentaine d’autres agriculteurs.
"Au Crédit Agricole La Réunion-Mayotte, nous sommes convaincus que l’agriculture réunionnaise peut concilier performance économique et respect de l’environnement. C’est pourquoi nous avons décidé de prendre en charge une partie des diagnostics GES, après le financement à 90 % du ministère de l’Agriculture et de l’ADEME. Nous levons ainsi le frein financier qui empêchait de nombreux exploitants de s’engager dans cette démarche essentielle pour l’avenir de notre agriculture", a indiqué Guillaume Bories, responsable du marché de l’agriculture au Crédit Agricole La Réunion-Mayotte.
Selon lui, Jean Vidal et Christine Carcany incarnent des trajectoires capables d’inspirer la profession agricole réunionnaise. "Ils prouvent qu’une autre agriculture est possible : une agriculture performante, durable et locale", a-t-il ajouté.
Mesurer pour mieux agir
Renaud Bourjea, directeur associé de 3A Conseil, a insisté sur la dimension concrète des diagnostics carbone. Selon lui, la démarche permet aussi de rapprocher performance environnementale et performance économique.
"Moins de carburant consommé dans le tracteur grâce à des tournées optimisées, une gestion affinée et plus sobre des engrais azotés qui coûtent de plus en plus cher, c’est immédiatement moins de gaz à effet de serre rejetés dans l’atmosphère, mais c’est aussi, et surtout, des économies sonnantes et trébuchantes directes et de la marge préservée sur le compte en banque de l’agriculteur", a-t-il expliqué.
Marie Bellay, consultante terrain à 3A Conseil, a rappelé que l’audit carbone individuel ne devait pas être perçu comme un contrôle administratif. "C’est avant tout un espace d’échange et de confiance", a-t-elle précisé. Les audits portent notamment sur les factures d’électricité, les volumes de carburant, les intrants, les pratiques de fertilisation et la gestion des effluents, afin d’identifier des pistes de progrès adaptées à chaque exploitation.
Les lauréats veulent inscrire leur démarche dans la durée
Les deux lauréats ont reçu des trophées en céramique réalisés pour l’occasion par l’artiste réunionnaise Régine Rivière, de Terre de Morive, basée au Tampon. Jean Vidal a expliqué que son audit avait permis de dépasser certaines idées reçues. "Quand on fait le choix de l’agriculture biologique, on a parfois la faiblesse de penser que notre bilan environnemental est parfait par définition et qu’on fait déjà tout au mieux. Cet audit individuel mené avec Marie Bellay a été une véritable et salutaire prise de conscience", a-t-il témoigné. L’horticulteur a notamment évoqué la dépendance aux intrants et terreaux importés, ainsi que les émissions liées au travail mécanique du sol.
Christine Carcany a présenté son engagement comme une démarche à la fois écologique, économique et familiale. "Si j’ai pris la décision d’engager mon élevage dans cette démarche carbone exigeante, ce n’est pas pour la gloire, c’est avant tout parce que mon fils est actuellement en train de s’installer à mes côtés pour reprendre l’exploitation familiale d’ici deux ans", a-t-elle indiqué. L’éleveuse souhaite transmettre "un outil propre, pérenne, résilient, décarboné et pleinement armé pour affronter les défis climatiques et économiques du monde de demain".
Le GAB Réunion veut étendre la démarche
Sébastien Bellemène, président du GAB Réunion, a replacé la démarche dans une trajectoire plus large pour l’agriculture biologique réunionnaise. "Au sein du GAB Réunion, notre mission est de pousser toujours plus loin les curseurs de la performance environnementale. L’agriculture biologique fait déjà un travail formidable sur le non-usage des produits de synthèse, mais nous devons aller plus loin et regarder notre bilan carbone global en face", a-t-il déclaré.
Créé en 2005, le Groupement des Agriculteurs Biologiques de La Réunion accompagne les producteurs dans le maintien et la conversion à l’agriculture biologique, l’introduction de produits bio péi dans la restauration collective et la sensibilisation aux enjeux d’une agriculture biologique et locale.
3A Conseil, cabinet réunionnais spécialisé en agriculture et environnement, accompagne les exploitants et filières agricoles sur des sujets comme l’installation, la transmission, la diversification, les dossiers de subventions, les business plans et les projets d’économie circulaire.
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