

À la tête de Carrefour Océan Indien au sein de Vindémia Group, Amaury de Lavigne défend une stratégie fondée sur la proximité, l’adaptation aux attentes des consommateurs et le développement des partenariats locaux. Entre pouvoir d’achat, évolution des formats de magasins, digitalisation et responsabilité économique, le dirigeant revient sur les priorités du groupe dans un marché réunionnais en pleine transformation.
Le Mémento : Quelle place Carrefour Réunion accorde-t-il aujourd’hui aux produits locaux dans ses magasins ? Pouvez-vous nous indiquer comment cette présence est mesurée, par exemple en nombre de références, en chiffre d’affaires, en part de rayon ou en progression sur les dernières années ?
Amaury de Lavigne : La production locale est au cœur de notre enseigne. Les produits fabriqués à La Réunion représentent aujourd’hui plus de 30 % de notre chiffre d’affaires total, et ce chiffre monte bien au-delà dans certains rayons : la boucherie, les fruits et légumes, les yaourts ou encore les eaux peuvent dépasser 70% de nos volumes de vente. Référencer des produits locaux, c’est soutenir l’économie réunionnaise, préserver et créer des emplois sur l’île, créer de la valeur ajoutée ici plutôt qu’ailleurs, et dans certaines filières, contribuer concrètement à l’aménagement du territoire.
Le Mémento : Quels sont les principaux critères pour qu’un producteur réunionnais puisse être référencé chez Carrefour Réunion ? Volumes, régularité, prix, qualité, normes, logistique, packaging, capacité promotionnelle… Quels sont les points essentiels pour entrer durablement en rayon ?
A. de L. : Notre critère central est la pertinence du produit pour nos clients. Tout part de là. Nous regardons aussi plusieurs éléments concrets : la gamme locale déjà en rayon, le nombre de fournisseurs déjà présents sur ce segment -les rayons ne sont pas extensibles à l’infini-, le positionnement prix par rapport au marché et à la concurrence, la capacité du fournisseur à livrer un ou plusieurs de nos points de vente de manière régulière, et aussi la situation géographique du producteur.
Le Mémento : Comment Carrefour Réunion accompagne-t-il les marques locales face à la concurrence des produits importés et des grandes marques nationales ? Existe-t-il des dispositifs spécifiques de mise en avant, de tests en magasin, d’opérations commerciales ou d’accompagnement pour aider les producteurs locaux à gagner en visibilité ?
A. de L. : Carrefour Réunion a toujours été force de proposition sur ce sujet, bien au-delà du simple référencement. Nous sommes présents dans l’ensemble des interprofessions agricoles et industrielles de l’île. Ces échanges nous permettent de partager notre lecture du marché, d’identifier les produits dont nous avons besoin, les volumes nécessaires — et parfois d’encourager directement l’installation de nouveaux producteurs ou industriels. Sur le terrain, nous menons évidemment des animations et dégustations en magasin pour faire découvrir les produits locaux aux consommateurs. Mais nous allons bien plus loin que cela en montant des opérations commerciales et des catalogues spécifiques autour de notre production locale. En octobre 2025 nous avons créé l’événement Réun’ile sur le parking de Carrefour Grand Large à Saint-Pierre. Cet événement a réuni plus de 100 fournisseurs locaux qui sont allés à la rencontre directe des Réunionnais pour leur faire découvrir leurs produits. Près de 150 de nos collaborateurs se sont mobilisés avec enthousiasme à l’idée de porter nos valeurs et nos engagements vis-à-vis de la production locale, et plus de 7 000 visiteurs ont répondu présent. Ça a été un événement majeur et une grande fierté pour tout Carrefour Réunion.
Le Mémento : Le possible rapprochement entre Leader Price et Run Market suscite beaucoup d’interrogations dans le secteur. Comment Carrefour Réunion analyse-t-il cette évolution du paysage de la grande distribution locale ?
A. de L. : Ce rapprochement est en cours d’examen par l’Autorité de la Concurrence. S’il est autorisé, cela permettra à un acteur de se renforcer dans un métier exigeant, très concurrentiel. Si vous regardez l’évolution du paysage de la grande distribution réunionnaise durant ces 20 dernières années, vous serez surpris de constater la profondeur des changements. Beaucoup d’enseignes ont disparu, d’autres sont arrivées. Les leaders d’hier ne sont pas ceux d’aujourd’hui. Pour répondre plus directement à votre question, je pense que la concurrence est une bonne chose. Elle tire le marché vers le haut, oblige chaque enseigne à se remettre en question, à innover, à mieux servir ses clients. C’est le client qui choisit où il va faire ses courses et c’est à nous de bien faire notre métier pour qu’il vienne dans nos magasins.

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