Mondial 2022 au Qatar : le PNF requiert un procès contre quatre personnes dans le volet polynésien

Le parquet national financier a demandé le renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris de Reynald Temarii, Mohamed Bin Hammam, Jean-Charles Brisard et Géraldine Lesieur. La décision appartient désormais aux juges d’instruction.

Le parquet national financier (PNF) a requis fin août le renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris de quatre personnes dans l’enquête sur l’attribution de la Coupe du monde 2022 de football au Qatar. Ce volet dit « polynésien » du « Qatargate » porte sur les agissements de Reynald Temarii, ancien président de la Confédération océanienne de football (OFC) et ancien vice-président tahitien de la Fifa, à la veille du vote du 2 décembre 2010.

Le milliardaire qatarien Mohamed Bin Hammam, ancien vice-président de la Fédération internationale de football et ancien président de la Confédération asiatique de football, est soupçonné d’avoir tenté d’influencer ce scrutin en s’appuyant sur Reynald Temarii.

Un appel au cœur de l’enquête

Suspendu pendant un an pour infraction au code d’éthique de la Fifa, Reynald Temarii ne pouvait plus participer au comité exécutif chargé d’attribuer le Mondial. Dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre 2010, il avait toutefois fait appel de cette sanction, alors qu’il avait précédemment annoncé l’accepter et ne disposait pas encore des motivations du comité d’éthique nécessaires à son recours.

En application des statuts de la Fifa, cette procédure avait privé l’OFC d’un représentant lors du vote. Un remplaçant aurait accordé sa voix à l’Australie puis, en cas d’échec de cette candidature, aux États-Unis. Le Qatar avait finalement remporté le scrutin du 2 décembre 2010 devant les États-Unis, alors favoris. Le PNF demande que Reynald Temarii soit jugé pour « corruption privée passive ». Lors de sa mise en examen en mai 2023, l’ancien responsable tahitien avait affirmé qu’il n’y avait « jamais eu de corruption » et s’était dit « extrêmement serein ». En octobre 2022, il avait également déclaré avoir été « victime d’escroquerie » dans cette affaire.

305 000 euros de frais de défense

Les enquêteurs se sont intéressés à la prise en charge par Mohamed Bin Hammam de 305 000 euros de frais de défense de Reynald Temarii, ainsi qu’au financement de son déplacement à Kuala Lumpur, en Malaisie, entre sa sanction et le vote de la Fifa. Le responsable qatarien l’aurait convaincu de faire appel lors de ce séjour.

Selon Le Monde, les versements auraient transité de manière occulte par deux sociétés, l’une qatarienne et l’autre libanaise, avant d’arriver sur le compte d’une société du consultant Jean-Charles Brisard. Géraldine Lesieur, ancienne avocate de Reynald Temarii et ex-épouse de Jean-Charles Brisard, aurait indiqué avoir perçu 135 000 euros d’honoraires.

Le parquet financier requiert le renvoi de Mohamed Bin Hammam pour « corruption privée active ». Visé depuis juin 2023 par un mandat d’arrêt international, l’homme d’affaires a été banni des instances du football après des accusations de corruption et de conflits d’intérêts.

Le PNF demande également que Jean-Charles Brisard et Géraldine Lesieur comparaissent pour « escroquerie et recel de corruption ».

La défense de Géraldine Lesieur conteste les poursuites

« La poursuite du PNF contre ma cliente est une atteinte grave à la profession d’avocat », a réagi Me Pascal Garbarini, avocat de Géraldine Lesieur. Il estime que le conseil donné à Reynald Temarii d’exercer son droit d’appel ne peut pas être considéré comme une manœuvre frauduleuse constitutive d’une escroquerie. Me Julia Minkowski, avocate de Jean-Charles Brisard, n’a pas souhaité commenter les réquisitions. Me Jean-Baptiste Soufron, avocat de l’association anticorruption Anticor, partie civile dans le dossier, a pour sa part salué « une avancée significative dans un dossier complexe ».

Il revient désormais aux juges d’instruction de décider d’un éventuel renvoi des quatre personnes devant le tribunal correctionnel. Dans un autre volet de l’enquête sur l’attribution du Mondial 2022, les magistrats financiers cherchent à déterminer si le vote de Michel Platini, alors président de l’UEFA, en faveur du Qatar a été obtenu en échange de contreparties.

Source : AFP - memento.fr


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