François Bayrou, un homme seul à Matignon

Entouré d'un cercle restreint de fidèles, pilote de sa propre communication, François Bayrou renvoie l'image d'un gouvernant solitaire et inflexible, pris en défaut sur ce qui aurait dû être son principal atout : le dialogue.

Quand le Premier ministre fait part à la dernière minute à ses ministres de son intention de solliciter un vote de confiance le 8 septembre, certains pensent d'abord qu'il est rusé et que, dans la torpeur estivale, il est parvenu à "dealer" avec les groupes politiques une issue positive. Mais au vu des réactions presque immédiates des oppositions, déterminées à le faire chuter, ils déchantent et réalisent que rien n'a été préparé en amont, ce qui génère un sentiment de "colère" et de "frustration", selon l'un d'eux.

Un autre membre de son équipe le met en garde fin juillet contre le scénario d'un Premier ministre qui voudrait "mourir sur scène". Il se fait aussitôt rabrouer par celui qui se compare volontiers à Pierre Mendès-France, resté huit mois comme lui à Matignon et dont "on parle encore". "Il veut écrire sa légende", analyse une ministre, et "tomber comme un oracle", abonde un cadre de gauche. Mais pour ce stratège du PS, "il apparaît comme une tromperie majeure, il se croit central car il est centriste, il croit qu'il suffit d'énoncer des trucs et la messe est dite". En choisissant le jour et l'heure de son départ, "il ne voulait pas être mis à la porte comme un Barnier" par une censure, "c'est de l'orgueil", complète un cacique de la macronie.

- "Hauteur" -

Le président LR du Sénat Gérard Larcher déplore une décision prise "dans une forme de solitude" et voit une "erreur de méthode" à demander un vote avant d'engager le débat. À Matignon, il faut "gérer tous les désordres de la terre. Lui il a plus une conception en surplomb, plus élyséenne. Ce n'est pas son truc", avance un vieux soutien d'Emmanuel Macron. Il se retrouve également un peu seul face à l'Élysée et au président, à qui il a imposé sa nomination et qui souvent s'agace de ses bévues. À moins que sa décision soit la marque d'un entêtement: "Mitterrand n'a jamais concédé une erreur de sa vie. Bayrou, c'est pareil", glisse un proche.

Entouré de quelques compagnons de route avec lesquels il est en confiance — comme son directeur de cabinet Nicolas Pernot —, mais privé de son inspiratrice Marielle de Sarnez, décédée en 2021, François Bayrou gère lui-même sa communication, ce qui a pu lui jouer des tours, comme dans l'affaire Bétharram, sur laquelle il persiste à dire qu'il ne savait rien. "Politiquement assez habile", en parvenant à éviter la censure sur le budget 2025, François Bayrou se révèle en revanche, par cette communication à l'ancienne, "une machine à couacs", relève l'ex-conseiller de François Hollande, Gaspard Gantzer.

- "Flou" -

À peine nommé, le Premier ministre, aujourd'hui âgé de 74 ans dont un demi-siècle en politique, est très critiqué pour avoir choisi de se rendre à Pau, dont il est resté maire, au lieu de participer à une réunion à Paris sur Mayotte, dévasté par un ouragan. Il choque les socialistes, avec lesquels il est en train de négocier une non-censure, quand il évoque un "sentiment" de "submersion" migratoire dans certaines villes, avant d'imposer des conditions aux concertations sur les retraites, présentées au départ "sans tabou".

L'échec de ces discussions entre partenaires sociaux est cinglant pour ce grand défenseur de la "démocratie sociale", et replace le Rassemblement national en position d'arbitre de la censure, comme avec Michel Barnier. Ses présentations brouillonnes font rimer Bayrou avec "flou" et lui valent des procès récurrents en immobilisme. Résultat, "c'est l'autogestion" dans les ministères, décrit une conseillère. Voire l'embrouille, parce que les poids-lourds présidentiables qu'il a nommés n'en font qu'à leur tête, ce qui lui vaut des rappels à l'ordre d'Emmanuel Macron.

Il a "envie de durer" rue de Varenne, suppute un ex-ministre. "C'est laborieux. Il n'y a pas de travail", tacle une conseillère. Il déconcerte encore quand il explique qu'il n'a pas pu négocier le budget pendant l'été parce que les responsables politiques étaient "en vacances". "Des mots maladroits", critique la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, qui aurait souhaité "davantage" de dialogue.


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