Le ministère public a requis mercredi des peines allant de la relaxe totale à cinq ans de prison dans le procès dit des "Grands Frères", qui se tient en Martinique. Treize personnes comparaissent depuis le 26 janvier pour avoir "organisé et planifié" les émeutes de 2021 en Guadeloupe, en vue notamment d'extorquer des fonds et de monter des projets d'invasion de l'aéroport, avait affirmé le procureur de l'époque Patrick Desjardin.
Entre novembre 2021 et janvier 2022, des barrages enflammés et des violences urbaines avaient paralysé le territoire, dans un contexte de contestation contre l'obligation vaccinale imposée aux soignants, élargie ensuite à d'autres revendications. Le réquisitoire a été à deux voix et à deux vitesses. D'un côté, le substitut du procureur Adrien Roux a requis la relaxe pour cinq des prévenus et une relaxe partielle. Il a réfuté "la représentation" d'une mobilisation "pilotée, orchestrée, téléguidée par un collectif de grands frères, appelés chefs de gangs".
Cela "ne correspond pas à la réalité du dossier", a-t-il établi, refusant également les procès à la justice autour d'une "machination" visant à "couper court au mouvement social". Autre parole du ministère public, celle de la procureure Odile De Fritsch. Elle a demandé 10 mois à 5 ans de prison pour association de malfaiteurs et plusieurs autres faits : la coordination de barrages enflammés, le projet d'envahissement de l'aéroport, celui d'attaquer la sous-préfecture et d'extorquer des fonds, notamment privés.
Des réquisitions "ahurissantes et discordantes" pour Me Raphaël Kempf, avocat de Noel D., concerné par les réquisitions les plus sévères, ce "qui montre la faiblesse factuelle et juridique du dossier". "La logique de ces réquisitions c'est de couvrir les temps de détention qu'on a déjà fait", a souligné Me Hector Cerf, avocat de Loïc C., concerné par une demande de 18 mois de détention.
Policier au moment des faits et mis en cause notamment pour avoir fourni des informations aux émeutiers, Didier L. voit "pas moins de trois ans de prison avec mandat de dépôt", ainsi qu'une "interdiction définitive d'être fonctionnaire de police nationale", requis à son encontre.
Les débats ont mis en évidence les importants moyens déployés pour l'enquête, notamment technologiques : un prévenu a ainsi vu son téléphone "cloné" afin d'en récupérer l'ensemble des données, en direct. Les autres ont été placés sur écoute, à l'instar de certains de leurs contacts, comme le député de Guadeloupe Olivier Serva, informé de ce fait lors de son audition en tant que témoin, cité par la défense d'un des prévenus.
La décision du tribunal est attendue pour le 10 février.

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