
Face à l'intensification des aléas climatiques et aux fragilités du bâti, le Comité des Assureurs Réunion-Mayotte plaide pour une transformation des pratiques constructives et une meilleure protection des populations. Réunis le 5 novembre à l'hôtel Excel Créolia, les professionnels du secteur ont débattu de l'assurabilité des territoires, entre impératifs de prévention, contraintes économiques et nouveaux défis environnementaux. Le Mémento assistait à cette rencontre annuelle.
Cyclones, pluies diluviennes, mouvements de terrain, dégradation des infrastructures et difficultés d'accès à l'assurance constituent autant de préoccupations pour les territoires ultramarins. À La Réunion comme à Mayotte, les conséquences des catastrophes naturelles interrogent désormais la capacité des acteurs publics et privés à garantir durablement la protection des personnes et des biens.
Devant les représentants de la profession, les autorités et les acteurs économiques, James Huet, président du Comité des Assureurs Réunion-Mayotte, a défendu une approche fondée sur la responsabilité collective. Pour lui, "la protection de nos populations, la préservation de notre tissu économique, la préparation de nos territoires aux risques de demain nécessitent la mobilisation collective, la vision commune et une responsabilité qui doit être partagée".
Une conviction qui traduit l'évolution du métier d'assureur, dont les missions dépassent désormais la seule réparation financière des dommages. "L'assurance est souvent perçue sous le seul angle de l'indemnisation, mais pourtant son rôle est bien plus vaste", a souligné James Huet, rappelant la fonction d'observation, d'anticipation et d'alerte exercée par la profession.
Construire mieux pour limiter les catastrophes
La résistance des constructions aux phénomènes climatiques constitue l'une des principales préoccupations des assureurs. Sur des territoires régulièrement exposés aux cyclones, la qualité des matériaux, la prise en compte des caractéristiques des sols et le respect des normes techniques deviennent déterminants.
James Huet a notamment insisté sur les insuffisances de certaines pratiques constructives. "Un bon bricoleur du dimanche ne fait pas un bon constructeur de maison individuelle", a-t-il lancé, rappelant que les exigences de sécurité ne sauraient être sacrifiées au profit d'économies immédiates.
Cette question soulève une difficulté particulièrement sensible dans les territoires insulaires, où les coûts d'importation et les contraintes budgétaires des ménages peuvent favoriser des arbitrages défavorables à la solidité des ouvrages. Le président du Comité défend ainsi la commercialisation de matériaux éprouvés face aux intempéries et une professionnalisation accrue des intervenants du bâtiment.
L'enjeu dépasse les seules compagnies d'assurance. Collectivités, aménageurs, entreprises de construction, établissements financiers et services de l'État sont appelés à contribuer à une politique cohérente d'adaptation de l'habitat.
La non-assurance et la sous-assurance inquiètent
Autre sujet majeur, la vulnérabilité financière des ménages et des entreprises insuffisamment protégés. Les assureurs distinguent deux situations préoccupantes. D'une part, la non-assurance, qui laisse les victimes assumer directement les conséquences économiques d'un sinistre. D'autre part, la sous-assurance, qui peut donner le sentiment trompeur d'être correctement couvert.
James Huet a ainsi dénoncé "l'illusion d'une protection" qui ne se révèle qu'au moment où les indemnisations s'avèrent insuffisantes pour réparer les dommages.
Cette problématique prend une dimension particulière dans l'océan Indien, où un événement climatique majeur peut désorganiser durablement l'activité économique, fragiliser les entreprises et compromettre le patrimoine immobilier des familles.
Le Comité entend poursuivre ses campagnes de sensibilisation, notamment à travers l'opération "Protégeons", destinée à encourager les Réunionnais à vérifier leurs garanties et à anticiper la saison cyclonique.
La sécurité routière et l'intelligence artificielle parmi les autres enjeux
La prévention ne se limite cependant pas aux catastrophes naturelles. Les accidents de la circulation constituent également une priorité pour la profession. Le Comité prévoit de renforcer ses initiatives de sensibilisation, en collaboration avec les services de l'État, afin de réduire les conséquences humaines et économiques de l'insécurité routière.
L'intelligence artificielle figure également parmi les mutations auxquelles les compagnies doivent se préparer. Son développement transforme progressivement les modèles de distribution de l'assurance et ouvre de nouvelles perspectives pour le secteur.
La rencontre a notamment bénéficié de la participation de Christophe Delcamp, directeur des assurances de dommages et de responsabilité à France Assureurs, venu apporter un éclairage national sur les défis de l'assurabilité.
Entre changement climatique, évolution des risques et nécessité de maintenir des garanties financièrement accessibles, les professionnels devront rechercher un équilibre de plus en plus délicat.
Pour James Huet, la réponse passe nécessairement par une anticipation renforcée et un changement durable des comportements. Une conviction résumée par cette formule prononcée devant l'assemblée, "La meilleure indemnisation restera toujours celle du sinistre qui aura pu être évité".
Mémento

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