
La moitié des ambulances hors service, des embarcations de secours inutilisables et des casernes vétustes : en Guadeloupe, les pompiers alertent sur une situation qui compromet leur capacité à assurer leurs missions. Alors qu'une mobilisation nationale des sapeurs-pompiers a débuté le 8 septembre 2026 pour réclamer davantage de moyens financiers, matériels et humains, les personnels de l'archipel antillais ont également appelé à la grève.
« Nous avons aussi lancé un appel à la grève dans nos rangs », explique Sylvain Barvaut, secrétaire général du syndicat FO au Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) de la Guadeloupe. Les pompiers guadeloupéens s'étaient déjà mobilisés en juin devant le conseil départemental pour dénoncer des manques de moyens : casernes vétustes, ambulances obsolètes, insuffisance de formation et difficultés financières.
Le constat avait également été dressé par Sylvain Montgénie à son arrivée à la direction du Sdis au début de l'année. Dans un rapport établi en février, il relevait que « 52 % des VSAV sont hors service ». Ces véhicules de secours et d'assistance aux victimes sont utilisés dans 92 % des interventions. La situation est également critique concernant les moyens nautiques. « Nos embarcations les plus importantes », susceptibles notamment d'être mobilisées « dans le cas d'un naufrage de ferry inter-îles, sont toutes hors service », constatait le directeur.
Une activité supérieure de 43 % à celle des Sdis de France
« Bien sûr, c'est la faute à un sous-financement chronique sur lequel il convient de tirer la sonnette d'alarme, sous peine d'un naufrage imminent », explique Sylvain Montgénie. Le directeur fait état d'un niveau d'activité supérieur de 43 % à celui des Sdis de France, avec plus de 11 000 interventions par an pour 100 000 habitants.
« On a du mal à assurer nos missions », résume-t-il. Il pointe également les « défaillances des partenaires, comme le CHU de Guadeloupe où il faut parfois plus de 13 heures » avant de pouvoir confier un patient. Pendant ce délai, les véhicules du Sdis restent immobilisés aux urgences et ne peuvent pas être engagés sur d'autres interventions. Le manque de véhicules disponibles peut ainsi conduire à mobiliser un véhicule « de Saint-Claude pour aller secourir quelqu'un à Sainte-Anne », deux communes distantes de 80 kilomètres, précise Sylvain Montgénie.
La crise chronique de l'eau en Guadeloupe et les nombreuses bornes d'incendie défectueuses compliquent également les interventions. Lors d'un incendie, les pompiers doivent systématiquement acheminer une citerne supplémentaire, ce qui les contraint à « doubler les moyens à chaque intervention ». Face à cette situation, la préfecture s'est dite « inquiète ». En juin, elle a demandé à la chambre régionale des comptes d'évaluer la gestion du Sdis et sa capacité à remplir ses missions de sécurité civile, en s'appuyant notamment sur le rapport du nouveau directeur.
Environ 18 millions d'euros nécessaires
Les finances du Sdis sont également sous tension. « Il faudrait environ 18 millions pour combler les besoins », confirme Henri Angélique, conseiller départemental et président du conseil d'administration du Sdis de Guadeloupe. À la suite de la grève de juin, le conseil départemental avait annoncé des versements devant être inscrits dans un « budget supplémentaire ». Initialement prévu en juillet, le vote doit intervenir d'ici la fin du mois de septembre 2026.
« On a les mêmes problèmes que les autres départements », tempère Henri Angélique, qui assure néanmoins qu'« on avance toutefois ». Plusieurs projets de casernes annoncés de longue date sont en cours. Des constructions sont engagées à Pointe-Noire, sur la côte ouest, ainsi qu'à Marie-Galante. Leur avancement est cependant retardé par l'augmentation du coût des matériaux.
À Sainte-Rose, dans le nord de Basse-Terre, la réfection d'une caserne particulièrement vétuste reste en attente, cinq ans après son annonce. « Après le rapport de l'inspection générale de l'administration, on a remis à jour le schéma départemental des risques qui est en cours de finalisation », ajoute Henri Angélique. Daté de 2021, ce rapport concluait globalement à un manque de préparation du territoire face aux risques majeurs auxquels il est exposé.
Des casernes qui ne répondent pas aux normes parasismiques
Au-delà des difficultés rencontrées au quotidien, les pompiers s'inquiètent de leur capacité à faire face à un événement majeur dans un territoire vieillissant et exposé aux risques naturels. Le scénario particulièrement redouté est celui d'un séisme de forte magnitude. La capacité des personnels à intervenir n'est pas mise en cause. L'inquiétude concerne les bâtiments eux-mêmes : les casernes guadeloupéennes ne répondent pas aux normes parasismiques, faisant peser un doute sur leur capacité à rester opérationnelles après un tremblement de terre majeur.
Source : AFP - memento.fr


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