
Le 12 septembre 2026, l’île Tromelin accueillera une commémoration à l’occasion du 250e anniversaire du sauvetage des naufragés malgaches de L’Utile. Une délégation se rendra sur l’île pour rendre hommage aux femmes, aux hommes et à l’enfant dont l’histoire est désormais étroitement liée à Tromelin et à la mémoire de l’esclavage dans l’océan Indien. Cette année marque également les 25 ans de la loi Taubira et les 20 ans de la première mission archéologique « Esclaves oubliés ».
Dans la nuit du 31 juillet 1761, la flûte L’Utile, navire de la Compagnie française des Indes orientales, fait naufrage sur l’île de Sable, aujourd’hui Tromelin. À son bord se trouvent notamment 160 personnes réduites en esclavage, embarquées à Madagascar et destinées à être vendues à l’île de France, l’actuelle île Maurice.
Une soixantaine de Malgaches survivent au naufrage. L’équipage français construit alors une embarcation de fortune et quitte l’île le 27 septembre 1761 pour rejoindre Madagascar, en laissant les naufragés malgaches sur place avec la promesse de revenir les chercher. Cette promesse ne sera pas tenue.
Commencent alors quinze années de survie sur cet îlot isolé, dépourvu d’arbres et exposé à des vents violents. Les naufragés se nourrissent notamment de tortues et de poissons, disposent d’eau saumâtre et récupèrent le bois de charpente de l’épave pour entretenir un feu. Ils construisent également plusieurs bâtiments en pierre. Leur disposition en hameau autour d’une cour centrale témoigne de la constitution d’une communauté organisée.
Ce n’est que le 29 novembre 1776 que Jacques-Marie Lanuguy de Tromelin, commandant la corvette La Dauphine, parvient à faire accoster une chaloupe sur l’îlot. Huit survivants sont alors secourus : sept femmes et un enfant âgé de huit mois. L’île prendra par la suite le nom de Tromelin.
En 2001, la loi dite « Taubira » reconnaît la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité. Cinq ans plus tard, en 2006, la première mission archéologique « Esclaves oubliés », conduite par le Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN), marque le début d’un important travail de recherche à Tromelin. Depuis plusieurs décennies, l’histoire des naufragés de L’Utile fait l’objet de travaux scientifiques et d’actions de transmission. Les campagnes archéologiques menées notamment par le GRAN et l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) ont permis de mieux comprendre leurs conditions de vie et leur organisation.
Les recherches historiques et archéologiques conduites sur l’île ont progressivement documenté la manière dont les naufragés ont organisé leur survie, construit des abris, récupéré et transformé les matériaux issus de l’épave et maintenu une communauté sur un territoire particulièrement hostile. Ces travaux ont contribué à restituer une histoire à des personnes longtemps laissées dans l’ombre des archives.
Ils ont également nourri de nombreux travaux scientifiques et dispositifs de médiation destinés à mieux faire connaître au grand public l’histoire des naufragés de L’Utile. L’année 2026 réunit ainsi trois anniversaires : les 250 ans du sauvetage des naufragés de L’Utile, les 25 ans de la loi Taubira et les 20 ans de la première mission archéologique « Esclaves oubliés ».
La séquence mémorielle organisée le 12 septembre réunira sur Tromelin plusieurs représentants de l’État, des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) et des personnalités engagées dans la connaissance et la transmission de l’histoire de l’île.
La délégation comprendra notamment Mikael Quimbert, préfet, administrateur supérieur des Terres australes et antarctiques françaises ; Patrice Latron, préfet de La Réunion ; Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur pour les pôles et les enjeux maritimes ; Rostane Mehdi, recteur de l’académie de La Réunion ; Isabelle Autissier, présidente du conseil consultatif des TAAF ; Julien Renzoni, directeur interrégional de Météo-France ; Amélie Puccinelli, secrétaire générale de la préfecture des TAAF et cheffe de district des Éparses ; ainsi que Jean-François Rebeyrotte, membre de l’équipe archéologique de Tromelin pilotée par le GRAN et l’INRAP de 2006 à 2013.
La cérémonie se déroulera sur les lieux mêmes où les naufragés de L’Utile ont vécu pendant près de quinze ans. Elle comprendra un temps de recueillement auprès de la stèle commémorative et un hommage aux naufragés.
De nouveaux panneaux didactiques consacrés aux « Oubliés de L’Utile » seront également inaugurés. Ils sont destinés à mieux faire connaître cette histoire aux personnes amenées à séjourner sur Tromelin.
Cette commémoration rappellera également la place particulière de l’île dans l’histoire de la traite et de l’esclavage dans l’océan Indien, ainsi que le travail engagé pour préserver et transmettre cette mémoire.
Dans le cadre de cette année commémorative, les TAAF déploieront plusieurs actions de transmission auprès du public. Les 19 et 20 septembre 2026, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, Tromelin sera mise à l’honneur à la Maison Orré, à Saint-Pierre. Le public pourra y découvrir une exposition temporaire, assister à deux conférences, visiter virtuellement l’île et voir un film consacré aux naufragés de L’Utile. La programmation se poursuivra en octobre au centre culturel Le Sud, à Saint-Pierre, avec une exposition temporaire consacrée à Tromelin, accompagnée de conférences.
Un timbre commémoratif hors-programme et un tampon à date spécialement consacrés aux 250 ans du sauvetage des naufragés de L’Utile seront inaugurés le 12 septembre. Une vente anticipée sera organisée au siège des TAAF à Saint-Pierre, à La Réunion, à partir du 14 septembre. Le public réunionnais et les collectionneurs pourront ainsi découvrir cette émission avant son lancement officiel dans l’Hexagone, prévu lors du Salon philatélique d’Automne de Champerret, à Paris, le 5 novembre 2026.
Le timbre, dont la date de sortie est fixée au 12 septembre 2026, a été réalisé par Sylvie Patte et Tanguy Besset. D’une valeur faciale de 2,25 euros, il mesure 40 x 52 mm et sera imprimé en offset à 16 000 exemplaires. Les feuilles comprendront dix timbres dans un format de 250 x 155 mm. Le timbre à date aura un diamètre de 32 mm. À travers ces actions, les Terres australes et antarctiques françaises poursuivent leur travail de préservation, de connaissance et de transmission du patrimoine historique de Tromelin, afin de maintenir la mémoire des naufragés de L’Utile et de leurs quinze années de survie sur l’île.
memento.re


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