Nouvelle-Calédonie : les négociations sur l'avenir institutionnel s'achèvent sans accord

Un an après ses émeutes les plus violentes depuis les années 1980, la Nouvelle-Calédonie reste sans cap politique clair, faute d'accord entre indépendantistes et non-indépendantistes à l'issue de la dernière séquence de négociations engagées cette semaine sous l'égide de l'État. "Nous devons constater avec franchise qu'aucun accord n'a été conclu", a reconnu le ministre des Outre-mer Manuel Valls au cours d'une conférence de presse à Nouméa, à l'issue de trois jours d'un "conclave" qui avait été délocalisé dans un hôtel isolé, pour plus de confidentialité et favoriser un dialogue apaisé.

Ce blocage, a-t-il ajouté, empêche notamment de "régler la question de la composition du corps électoral", à l'origine des violences insurrectionnelles de mai 2024, "et celle de l'exercice du droit à l'autodétermination". Depuis le dernier référendum d'autodétermination de 2021, boycotté par les indépendantistes, la situation politique est figée dans l'archipel. Ce scrutin a laissé le processus politique sans issue claire, jusqu'à provoquer les émeutes de mai 2024 qui ont fait 14 morts et plus de deux milliards d'euros de dégâts, sur fond de crise économique aiguë.

Les négociations sur le futur statut de la Nouvelle-Calédonie avaient été relancées début 2025. Plusieurs cycles de discussion ont eu lieu et l'ancien Premier ministre a effectué trois déplacements sur place, parvenant à remettre autour de la table deux camps aux positions difficilement conciliables et qui ne se parlaient plus. "Nous avons essayé de relever les défis de la mise en œuvre de l'autodétermination et de la fin du processus de décolonisation, tout en intégrant évidemment les résultats des trois référendums" d'autodétermination de 2018, 2019 et 2021, qui avaient vu la victoire du non à l'indépendance.

Au cours du dernier cycle de négociations, deux projets ont été examinés en profondeur, a expliqué le ministre des Outre-mer jeudi. "L'un fondé sur une souveraineté avec la France", défendu par l'État, et "l'autre basé sur le fédéralisme au sein de la République française", porté notamment par les Loyalistes, l'une des branches des non-indépendantistes. Mais "aucun projet n'a pu recueillir de consensus", a regretté Manuel Valls. Le projet des Loyalistes, selon lui, "mettait en cause, à nos yeux, l'unité et l'indivisibilité de la Nouvelle-Calédonie", à travers "un projet de partition de fait".

- Transfert de compétences -

Le projet présenté par le gouvernement, qui prévoyait une "double nationalité, française de droit et calédonienne", ainsi qu'un "transfert et une délégation immédiate des compétences régaliennes", avait suscité l'indignation des non-indépendantistes, qui estimaient qu'il revenait de fait à acter l'indépendance du territoire.

Pour le député non-indépendantiste Nicolas Metzdorf, "le gros point de blocage, c'est le transfert des compétences régaliennes qui dans le projet étaient transférées à la Nouvelle-Calédonie", avant une éventuelle délégation à la France. "C'est une proposition que nous refusons", a-t-il affirmé. "Nous restons sur notre proposition d'État fédéré avec un renforcement des compétences des provinces", a-t-il poursuivi, saluant "la fin de la méthode Valls".

Malgré l'échec, Manuel Valls a souligné que le dialogue avait repris "de manière respectueuse" et que des "points de convergence" avaient été identifiés. Mais faute d'accord politique, l'État entend désormais avancer dans le cadre juridique existant. Le gouvernement devra "examiner le projet de convocation et d'organisation des élections provinciales conformément au cadre juridique actuellement en vigueur", a indiqué Manuel Valls.

Ces élections, qui déterminent la composition du gouvernement local, doivent théoriquement se tenir avant fin novembre. "Je continue et je continuerai à œuvrer pour éviter le retour de la violence", a insisté le ministre, appelant toutes les forces politiques et sociales à "s'engager avec l'État pour la paix, le dialogue et la reconstruction".


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