


Concevoir à La Réunion plutôt qu’importer, associer designers, artisans et entreprises, créer des objets inspirés de l’identité locale et démontrer que le territoire possède les compétences nécessaires pour produire autrement. À l’occasion de France Design Week, Philippe Sidelsky, architecte d’intérieur et designer installé dans l’île depuis plus de dix ans, a défendu avec conviction une vision collective du design réunionnais.
Son constat "la part du design à La Réunion sur le territoire réunionnais est très limitée". Une situation qu’il attribue notamment à une tendance persistante à considérer que "ce qui vient de l’extérieur est mieux". Les initiatives locales existent, mais elles demeurent encore trop dispersées. "Il y a peu d’initiatives, les projets sont isolés et ce sont pour la plupart des entreprises commerciales et non industrielles", estime-t-il.
Cette dépendance au commerce et aux produits importés constitue justement l’un des défis que le designer souhaite voir relever. "On achète et on vend, alors qu’on pourrait concevoir et construire ensemble", résume Philippe Sidelsky. Une réflexion qui prend une dimension particulière alors que "les importations explosent" et que la petite production locale rencontre de nombreuses difficultés.
Philippe Sidelsky travaille dans la création depuis vingt-cinq ans auprès d’une clientèle de professionnels et de particuliers. Son engagement dans France Design Week lui permet également de soutenir les artisans créateurs et les initiatives consacrées aux matériaux locaux et responsables.
Parmi elles figure l’éco-matériauthèque, un espace destiné à présenter et référencer des matériaux écologiques, biosourcés, géosourcés, recyclés ou provenant du réemploi. Ce type d’outil permet aux architectes, designers, artisans, entreprises et particuliers de découvrir des solutions susceptibles d’être utilisées dans leurs futurs projets.
Cette année, France Design Week a retenu la thématique "D comme défi". À La Réunion, Philippe Sidelsky lui donne une traduction très concrète. "Pour nous, le défi, c’est le défi du made in Réunion", explique-t-il.
Le designer en apporte lui-même la démonstration avec une ligne de créations en aluminium inspirée du cabas créole et réalisée avec des partenaires locaux. Les premiers prototypes sont présentés dans le cadre de la manifestation. Une manière de rappeler que le design ne se limite pas à dessiner un objet. Il suppose également de rapprocher des compétences, des métiers et des savoir-faire afin de parvenir à une production commune.
"Le design réunionnais, c’est du faire ensemble", insiste Philippe Sidelsky. Pour lui, le territoire peut "faire aussi bien qu’à l’extérieur" à condition de réunir les compétences et de multiplier les collaborations entre créateurs, artisans et entreprises.
Cette approche pourrait aussi permettre au design réunionnais d’affirmer davantage sa singularité. "Le design, c’est tisser des liens entre la tradition et la modernité", souligne-t-il. Le cabas créole réinterprété à travers une création contemporaine en fournit une illustration. L’objet traditionnel ne disparaît pas. Ses formes et ses références deviennent la matière première d’une nouvelle création.
Le designer défend ainsi un secteur capable de participer à la valorisation "du patrimoine et de la culture" tout en développant une production contemporaine réunionnaise. Une ambition qui repose moins sur la recherche d’une imitation des modèles extérieurs que sur la capacité à transformer les ressources, les traditions et les compétences présentes dans l’île.
Pour Philippe Sidelsky, le développement du design réunionnais passera donc par davantage de coopération. Il résume cette philosophie par quelques mots qui dépassent largement la seule fabrication d’objets. "Le design, c’est aussi le partage, le bon goût et l’émotion."
Mémento


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