
Le CHU de La Réunion devient centre expert national des Troubles du Spectre de l’Alcoolisation Fœtale (TSAF), dix ans après la structuration d’une filière dédiée sur l’île. Cette reconnaissance doit permettre de mettre l’expertise développée à La Réunion au service des professionnels de santé de toute la France, notamment en matière de diagnostic, de formation, de téléexpertise et de recherche clinique.
Cette nouvelle étape intervient alors que La Réunion développe depuis 2015 une politique spécifique de prévention, de diagnostic et d’accompagnement des enfants et des familles concernés par les conséquences d’une exposition prénatale à l’alcool. Cette organisation associe notamment l’ARS La Réunion, le CHU de La Réunion, la Fondation Père Favron et les acteurs associatifs et institutionnels du territoire.
Les TSAF regroupent les conséquences d’une exposition prénatale à l’alcool. Ils peuvent provoquer des difficultés physiques, neurocognitives, comportementales ou d’adaptation susceptibles de persister tout au long de la vie. Le Syndrome d’Alcoolisation Fœtale (SAF) en constitue la forme la plus caractéristique et la plus visible.
Ces troubles constituent, selon l’ARS, la première cause évitable de handicap neurodéveloppemental, l’absence d’exposition à l’alcool permettant de les prévenir.
À La Réunion, les données présentées par l’Observatoire régional de la santé à partir du Baromètre santé DROM 2021 font état de plusieurs repères :
La Réunion a été retenue en 2015 comme territoire pilote dans le cadre du plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les conduites addictives.
Le Centre Ressources ETCAF, consacré à l’ensemble des troubles causés par l’alcoolisation fœtale, a été créé le 1er avril 2016. Porté par le Centre d’action médico-sociale précoce (CAMSP) de la Fondation Père Favron, en partenariat avec le CHU de La Réunion, il est ensuite devenu le Centre Ressources TSAF.
Son action repose sur quatre objectifs :
La filière réunionnaise s’appuie aujourd’hui sur plusieurs structures complémentaires.
Le Centre Ressources TSAF intervient comme point d’appui régional pour développer les connaissances, former les professionnels et coordonner le réseau.
Au CHU de La Réunion, deux centres diagnostiques spécialisés, implantés dans les pôles Femme-Mère-Enfant du Nord et du Sud, permettent aux enfants de bénéficier d’une évaluation approfondie. Près d’une centaine d’enfants y sont évalués chaque année.
Pour les enfants et adolescents de 0 à 18 ans présentant une suspicion ou vivant avec un TSAF, l’Équipe Mobile d’Appui TSAF intervient sur l’ensemble de l’île, au plus près de leurs lieux de vie. Elle doit faciliter l’accès au diagnostic et aux prises en charge, coordonner les professionnels, soutenir la scolarisation et prévenir les ruptures dans les parcours. Fin juillet 2026, 168 enfants étaient accompagnés par cette équipe.
La filière mobilise également les professionnels de santé, la Protection maternelle et infantile (PMI), les établissements sanitaires et médico-sociaux, la protection de l’enfance, l’Éducation nationale ainsi que le secteur associatif. L’association Vivre avec le SAF intervient notamment auprès des familles à travers l’écoute et l’entraide et relaie la parole des personnes concernées.
La prévention constitue un autre volet de la politique développée à La Réunion. Lancée en septembre 2025 avec le soutien de la Préfecture, de l’ARS et de la Région, la campagne « Si ou ve in ti baba : arèt lalkol » porte un message de zéro alcool pendant toute la grossesse et l’allaitement, ainsi que dès le projet de bébé.
Des actions sont également conduites avec l’Éducation nationale. Depuis 2017, plus de 4 000 élèves et plusieurs centaines de professionnels ont été sensibilisés.
En 2025, 292 enseignants ont notamment participé au projet pédagogique « Un cerveau, ça se construit sans alcool », destiné entre autres aux élèves de quatrième et de seconde. L’objectif est de transmettre des connaissances aux jeunes et aux futurs parents avant même le début d’une grossesse.
L’ARS souligne que les TSAF restent encore souvent peu diagnostiqués en France. Si davantage de cas sont identifiés à La Réunion que dans d’autres territoires, l’agence précise que cela ne signifie pas que ces troubles y sont nécessairement plus fréquents. Cette situation traduit, selon elle, une meilleure capacité de repérage et de diagnostic résultant des actions de formation et de sensibilisation menées depuis plusieurs années.
L’expertise développée par le CHU et la Fondation Père Favron, sous l’impulsion du Pr Bérénice Roy-Doray, débouche désormais sur la création d’un Centre Expert TSAF au CHU de La Réunion. Le centre est financé par l’ARS La Réunion, grâce à une dotation spécifique du ministère de la Santé. 350 000 euros sont mobilisés via la Direction générale de l’offre de soins (DGOS).
Sa vocation sera nationale et ses missions porteront sur :
Cette évolution doit faire passer La Réunion d’une expertise territoriale développée depuis une dizaine d’années à une fonction de référence nationale, capable d’accompagner les professionnels et les familles au-delà du territoire réunionnais.
memento.re


0 COMMENTAIRE(S)