
Les territoires ultramarins français cherchent à attirer davantage de visiteurs venus d’Europe du Nord, une clientèle considérée comme à fort potentiel économique. Cette stratégie a été mise en avant lundi 14 septembre 2026 à Paris lors du troisième « Workshop outre-mer », organisé par Atout France avec Air France et la direction générale des outre-mer (DGOM).
Avec 2,2 millions de visiteurs en 2025, le tourisme représente environ 10 % du PIB des territoires ultramarins, rappelle Régis Cario, de la DGOM. Pour plusieurs destinations, l’un des enjeux consiste désormais à réduire leur dépendance à quelques marchés émetteurs historiques.
À La Réunion, les visiteurs sont ainsi « quasi exclusivement originaires de la France hexagonale ». L’objectif est de diversifier cette clientèle « à partir de cette année », en ciblant notamment l’Europe du Nord, explique Lavinia Joseph, directrice du comité réunionnais du tourisme. À Paris, les représentants réunionnais ont multiplié les rendez-vous, aux côtés des délégations de six autres destinations ultramarines et de Wallis-et-Futuna. L’événement réunissait 44 tour-opérateurs représentant huit marchés européens, avec pour la première fois des professionnels issus des pays baltes.
Pour Atout France, les pays nordiques et baltes présentent plusieurs caractéristiques susceptibles de correspondre aux destinations ultramarines. « Les descendants des Vikings, ce sont de grands voyageurs », indique Benoît Chollet, directeur pays nordiques et baltes d’Atout France. « Les salaires moyens sont beaucoup plus élevés, ils adorent voyager donc c’est un vrai potentiel », explique-t-il. Malgré des populations limitées à quelques millions d’habitants pour certains de ces pays, leurs habitants sont, selon lui, « prêts à voyager loin » et ont « besoin de lumière ».
Les professionnels du tourisme mettent également en avant leur sensibilité aux questions environnementales. Les politiques de préservation développées dans les territoires ultramarins peuvent entraîner des coûts supplémentaires, que cette clientèle serait davantage disposée à accepter. Venue d’Oslo, Ingrid Marie Sorhus, cheffe de projet du tour-opérateur Carpe Diem, programme encore peu les destinations françaises d’outre-mer. Elle s’est rendue au workshop pour « trouver de nouvelles idées et pour lancer ces destinations peu connues des Norvégiens ».
Le transfert, au printemps, des derniers vols d’Air France vers les outre-mer d’Orly à Roissy-Charles de Gaulle constitue un autre levier pour attirer les voyageurs européens. La compagnie observe une « très bonne dynamique » depuis ce changement, avec une augmentation de plus de 65 % des réservations enregistrées entre avril et août au départ de l’Europe du Nord vers les départements d’outre-mer, indique Jérémy Baumann, directeur commercial Caraïbes d’Air France.
« Si cette dynamique se poursuit, cela pourrait représenter 3 000 visiteurs supplémentaires » sur un an, estime-t-il.
Pour Morad Tayebi, responsable de l’agence Europe du comité du tourisme des îles de Guadeloupe, le regroupement des vols à Roissy constitue « un game changer ». Auparavant, un voyageur européen arrivant à Roissy devait rejoindre Orly, récupérer ses bagages puis effectuer à nouveau les formalités d’enregistrement. « Nos doléances ont été écoutées et reçues », indique-t-il.
La Guadeloupe ne cherche toutefois pas nécessairement à augmenter fortement les volumes de visiteurs. Morad Tayebi dit privilégier des « touristes à forte valeur contributive », susceptibles de séjourner plus longtemps et de dépenser davantage, plutôt qu’un modèle fondé sur de grands complexes hôteliers tout compris. « Le nerf de la guerre reste la dépense », souligne-t-il.
À Saint-Martin, les marchés européens présentent également un potentiel. « Les Allemands et les Néerlandais aiment beaucoup cette touche Frenchie », observe Julie Lestage, chargée de la promotion du marché Europe pour la partie française de l’île.
Dans le Pacifique, Aircalin mise sur sa liaison entre Paris et la Nouvelle-Calédonie via Bangkok, ouverte en décembre 2024. La compagnie considère cette escale comme un moyen de développer la fréquentation de l’archipel auprès des Européens. « Dieu sait que la Thaïlande est extrêmement populaire pour toute l’Europe », y compris dans les pays du Nord, souligne Emmanuel Oswald, directeur régional d’Aircalin pour la France, l’Europe et l’Amérique.
La Polynésie française aborde quant à elle cette diversification après trois années record de fréquentation touristique. Le territoire a accueilli environ 281 000 touristes en 2025, soit l’équivalent d’un visiteur par habitant. L’Europe représente déjà son premier marché en volume et en nombre de nuitées. Pour Vaihere Lissant, directrice générale de Tahiti Tourisme, les voyageurs nordiques, disposant généralement d’un pouvoir d’achat plus élevé, constituent « une clientèle captive ».
Le développement touristique des outre-mer s’inscrit également dans l’objectif national de porter les recettes touristiques françaises à 100 milliards d’euros d’ici 2030, contre 77,5 milliards d’euros actuellement. Le ministre du Tourisme Serge Papin considère les territoires ultramarins comme « un atout essentiel » pour atteindre cette ambition.
Source : AFP - memento.re


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