
La Chambre régionale des comptes juge « critique » la situation financière de la Collectivité territoriale de Martinique, confrontée à un « déséquilibre financier structurel ». La CTM s’engage à appliquer l’intégralité des 15 recommandations formulées par la juridiction financière.
La dette de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM) atteint 977 millions d’euros, en hausse de 28 % depuis 2021, selon un rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) révélé mardi 15 septembre 2026 par Outre-mer la 1ère et consulté par l’AFP.
Le document, qui doit être examiné le 24 septembre 2026 par les élus de l’Assemblée territoriale, décrit une situation financière « critique », marquée par un « déséquilibre financier structurel ».
Depuis 2016, la CTM exerce les compétences auparavant dévolues à la région et au département. Elle gère un budget de plus d’un milliard d’euros.
Les délais de paiement de la collectivité ont doublé pour atteindre 131 jours, alors que le délai légal est fixé à 30 jours.
Dans son rapport, notifié le 2 juillet 2026 à la CTM, la Chambre régionale des comptes « déplore » également que huit des dix recommandations relatives à la fiabilité des comptes, formulées dans son précédent rapport de 2021, n’aient « pas été suivies d’effet ».
L’épargne brute de la collectivité, qui correspond à la différence entre ses recettes et ses dépenses de fonctionnement, a chuté de 60 % entre 2022 et 2024, pour s’établir à 48,5 millions d’euros.
La capacité de désendettement de la CTM, c’est-à-dire le nombre d’années nécessaires pour rembourser sa dette en y consacrant l’intégralité de son épargne brute, est passée de 10 ans en 2021 à 20 ans en 2024. Le plafond national de référence est fixé à neuf ans.
En décembre 2025, la collectivité a réaménagé 16 emprunts sur une durée de 20 ans. Cette opération doit entraîner 54,5 millions d’euros de frais financiers supplémentaires.
La CTM « a fait le choix de reporter le remboursement de la lourde charge de la dette sur les générations futures », estime la Chambre régionale des comptes.
Dans une réponse annexée au rapport définitif, le président du Conseil exécutif de Martinique, Serge Letchimy, membre du Parti progressiste martiniquais, autonomiste, indique prendre « acte » des conclusions de la juridiction financière. Il affirme que la collectivité s’engage à appliquer « l’intégralité des 15 recommandations » formulées par la CRC.
« La mandature en cours n’est pas à l’origine de ce déséquilibre : elle en a hérité », répond Serge Letchimy.
La collectivité met en avant un « effet de ciseaux » entre l’évolution de ses recettes et celle de ses dépenses. Entre 2022 et 2025, ses recettes de fonctionnement ont progressé d’environ 1 %, tandis que ses dépenses ont augmenté de près de 12 %.
Serge Letchimy souligne également la « contraction tendancielle » des dotations de l’État, qui « pèse durablement sur l’autonomie financière des collectivités territoriales, les contraignant à absorber des chocs budgétaires croissants avec des marges de manœuvre réduites ».
La Chambre régionale des comptes constate que les dotations et participations reçues par la CTM ont diminué de 7,4 % entre 2021 et 2024, passant de 296 à 274 millions d’euros, soit une baisse moyenne de 2,5 % par an.
La juridiction financière relève toutefois que les recettes fiscales martiniquaises ont progressé de 10,3 % sur la même période. Elle estime également que d’autres leviers « à la main de la CTM », notamment l’endettement, « ont eu également un impact sur sa situation financière ».
Le conseiller territorial Francis Carole, président du Parti pour la libération de la Martinique, indépendantiste, a dénoncé auprès de l’AFP une situation financière « structurellement catastrophique ». Selon l’élu d’opposition, cette situation entraîne « un affaiblissement durable de sa capacité à investir et à financer ses politiques publiques ».
Source : AFP - memento.fr


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