


La Galerie 33 a pris des airs de carnet ouvert hier soir à Saint-Denis. L’espace d’art de La Casa Blanca Drugstore accueillait le vernissage de « Carnets de Voyage », la nouvelle exposition de Géraldine Gabin. Une soirée placée sous le signe du dessin, des rencontres et de ces fragments d’existence rapportés de l’autre bout du monde.
Dessinatrice et peintre, l’artiste réunionnaise voyage depuis une dizaine d’années avec un compagnon devenu indispensable, son carnet. « De la Colombie à l’Île Rodrigues, en passant par la Chine, l’Indonésie, Madagascar, l’Inde et Mayotte », elle observe, dessine, écoute et collecte les histoires de celles et ceux qu’elle croise.
Ses déplacements ne sont donc pas seulement une succession de paysages. Géraldine Gabin cherche les visages, les gestes, les habitudes et ces petites anecdotes qui, mises bout à bout, racontent un territoire et ceux qui l’habitent. « De retour dans son atelier, ces découvertes deviennent la matière de créations sur de plus grands formats. »
À travers carnets originaux, tableaux et tirages d’art, l’exposition rassemble ainsi une véritable mosaïque de souvenirs. « Carnets de Voyage invite le spectateur à voyager à travers des fragments de récits visuels et textuels, à ralentir le regard et à tisser le fil entre tableaux originaux et pages sensibles et spontanées. »
Lors du vernissage, Géraldine Gabin a expliqué combien cette manière de dessiner avait profondément transformé sa façon de parcourir le monde. « Depuis dix ans, je voyage carnet à la main, carnet à croquis et stylo à la main, et ça a changé complètement mon rapport au voyage, mon rapport au monde aussi et mon rapport aux autres. »
Pour l’artiste, dessiner oblige précisément à ralentir. À regarder véritablement plutôt qu’à simplement passer. « Ça nécessite de prendre le temps, de poser son regard », a-t-elle confié devant les invités. Une disponibilité qui, selon elle, facilite aussi les rencontres et crée une relation différente avec les habitants.
Le dessin devient alors un passeport inattendu. Géraldine Gabin raconte notamment comment cette pratique lui a permis d’approcher des communautés amérindiennes habituellement peu accessibles aux visiteurs. « C’est comme ça que le dessin m’ouvre les portes et les cœurs des gens que je rencontre. »
Cette curiosité pour les autres nourrit toute son œuvre. Les conversations les plus simples deviennent parfois les plus révélatrices. « Dans ce qui peut paraître banal, des petites anecdotes de vie racontent beaucoup d’une manière d’être au monde, d’une manière de s’incarner dans un territoire, d’une identité, d’une culture », a expliqué l’artiste.
Parmi ses voyages récents figure une expérience particulièrement marquante en Colombie auprès des Kogis, peuple de la Sierra Nevada. Une rencontre réalisée dans le prolongement d’un projet porté notamment par Beatriz et David, qui doit prochainement conduire trois représentants kogis jusqu’à La Réunion.
Géraldine Gabin évoque ce peuple comme « les gardiens de la Terre », dont le rapport à la nature nourrit une autre perception du monde. Cette expérience trouve naturellement sa place dans une exposition où le voyage apparaît moins comme une destination que comme une succession de rencontres.
L’artiste a d’ailleurs choisi de conclure son intervention en partageant quelques mots découverts dans un village kogi. Un texte autour de toutes ces personnes qui, au fil de l’existence, laissent une trace et participent à construire ce que nous devenons.
« La rencontre avec les autres, ça nous fait toujours faire un petit pas de côté qui nous permet aussi de mieux comprendre le monde et peut-être aussi soi-même », a-t-elle résumé.
Hier soir, entre portraits, pages dessinées et récits rapportés de plusieurs continents, Géraldine Gabin proposait finalement bien davantage qu’un carnet de voyage. Une invitation à prendre le temps de regarder les autres, et peut-être aussi à regarder différemment le monde qui nous entoure.
« Carnets de Voyage » de Géraldine Gabin
L’exposition est à découvrir à La Galerie 33, au sein de La Casa Blanca Drugstore, 33 rue Victor Mac-Auliffe à Saint-Denis. La galerie accueille le public du mardi au vendredi de 11 heures à 14 h 30 et de 16 heures à 20 heures, le samedi de 10 heures à 20 heures et le dimanche de 11 heures à 16 heures.
Mémento


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