
L’économie martiniquaise a montré des signes d’essoufflement au deuxième trimestre 2026. L’indicateur du climat des affaires (ICA) s’est établi à 99,9, en baisse de 2,5 points par rapport au premier trimestre, revenant à un niveau proche de sa moyenne de longue période. La consommation des ménages et l’investissement des entreprises se sont fragilisés, tandis que le marché du travail a également montré des signes de dégradation.
Les tensions géopolitiques internationales, la remontée de l’inflation et des délais de paiement toujours élevés ont continué de peser sur la confiance des entreprises martiniquaises. Après plusieurs mois de stabilité, la conjoncture s’est ainsi dégradée comme l’avaient anticipé les chefs d’entreprise lors du trimestre précédent. Si l’activité s’est redressée sur la période, limitant le recul de l’ICA, les délais de paiement et les perspectives d’investissement ont pesé négativement sur l’indicateur.
Dans un environnement marqué par le conflit au Moyen-Orient, des cours du pétrole élevés et le retour progressif de l’inflation, une proportion croissante de chefs d’entreprise a fait état d’une dégradation de sa trésorerie. L’IEDOM relie notamment cette évolution à la hausse des coûts de l’énergie, alors que la progression des prix de vente est restée limitée. Davantage de dirigeants ont également déclaré une augmentation de leurs stocks, ce qui pourrait traduire un ralentissement des ventes ou une anticipation d’une hausse du prix des intrants. Les prévisions pour le trimestre suivant étaient peu favorables, tant pour l’activité que pour les effectifs.
L’activité globale des entreprises s’est légèrement améliorée au deuxième trimestre, même si les soldes d’opinion sont restés en territoire négatif. Cette évolution a toutefois reposé exclusivement sur le secteur touristique, seul secteur à enregistrer une hausse de son activité selon l’enquête de conjoncture.
Dans les autres secteurs, le ralentissement apparaît également dans le volume d’heures rémunérées, en recul de 1,1 % en avril puis de 1,8 % en mai 2026 par rapport aux mêmes mois de 2025, notamment dans les services marchands. Les perspectives d’activité pour le trimestre suivant étaient orientées à la baisse.
Dans l’industrie, l’activité s’est particulièrement détériorée au deuxième trimestre, tandis que celle du commerce est demeurée durablement en territoire négatif. Pour le troisième trimestre, les anticipations étaient globalement pessimistes, quoique moins dégradées que la situation observée au deuxième trimestre. Le secteur des services faisait exception, avec des perspectives d’activité qui semblaient s’infléchir.
Les prix à la consommation ont augmenté de 0,6 % entre avril et juin 2026, sous l’effet principalement de la progression des prix de l’énergie, en hausse de 16,2 %.
Les conséquences du conflit au Moyen-Orient sur les carburants ont été particulièrement perceptibles. Le prix du sans-plomb est passé de 1,69 euro à 1,86 euro, tandis que celui du gazole est passé de 1,64 euro à 1,95 euro en avril. Les prix des carburants ont toutefois commencé à diminuer à partir de juillet.
En glissement annuel, l’inflation a atteint 2,0 % en juin 2026 en Martinique, contre 1,8 % dans l’Hexagone. L’énergie et les services ont constitué les principaux contributeurs à cette hausse des prix.
Les indicateurs du marché du travail se sont également dégradés. Le nombre de demandeurs d’emploi des catégories A, B et C, hors RSA et jeunes en parcours, a progressé de 2,6 % sur le trimestre en données corrigées des variations saisonnières. Il est toutefois resté inférieur de 2,3 % à son niveau du deuxième trimestre 2025.
Cette hausse a concerné toutes les catégories d’âge et de genre, mais a été davantage marquée chez les hommes et les personnes âgées de 25 à 49 ans.
La demande des entreprises en travail temporaire s’est parallèlement contractée. En avril et mai, le nombre d’intérimaires était inférieur en moyenne de 5 % à celui du premier trimestre 2026 et de 10 % à celui des mêmes mois de 2025.
Les dernières données disponibles sur l’emploi salarié, portant sur le premier trimestre 2026, montraient également une diminution de 0,1 % des effectifs par rapport au quatrième trimestre 2025, avec un recul de 0,2 % dans le privé et de 0,1 % dans le public.
La consommation des ménages a montré plusieurs signes de fragilisation. Les importations de biens de consommation durables ont progressé de 5,6 %, portées notamment par les téléviseurs et appareils électroménagers. À l’inverse, les importations de biens non durables ont diminué de 8,8 %, avec notamment un recul des produits pharmaceutiques et des produits d’origine animale comme la viande, le poisson et le fromage.
Les ventes de véhicules aux particuliers ont également diminué de 8,2 % sur le trimestre et de 15,8 % sur un an.
Les indicateurs de vulnérabilité financière sont restés relativement stables. Le nombre de personnes en situation d’interdiction bancaire a reculé de 0,7 %, les incidents de paiement sur chèques de 2,4 %, tandis que les retraits de cartes bancaires ont légèrement progressé de 0,5 %.
Le nombre de dossiers de surendettement a augmenté de 1,1 % sur le trimestre et demeure nettement supérieur à celui enregistré au deuxième trimestre 2025, avec une progression de 11,4 % sur un an.
La baisse de l’investissement amorcée au début de 2026 s’est poursuivie. Les importations de biens d’investissement ont diminué de 2,3 % par rapport au trimestre précédent. Les machines et appareils divers, dont les équipements de communication, ainsi que les voitures et les métaux figurent parmi les catégories particulièrement concernées.
Après avoir diminué de 2,6 % au premier trimestre, les encours de crédits à l’investissement des entreprises ont de nouveau reculé de 0,2 % au deuxième trimestre.
Les entreprises interrogées ont également fait état de perspectives d’investissement mal orientées pour les mois suivants, en particulier dans l’agriculture et l’agroalimentaire, le tourisme et la construction.
L’IEDOM souligne toutefois que l’annonce du maintien des dispositifs d’exonération de charges sociales de la LODEOM et du régime d’aide fiscale à l’investissement productif (RAFIP) dans le projet de loi de finances pour 2027 devrait apporter davantage de visibilité aux entreprises martiniquaises en matière d’investissement et d’emploi.
Les exportations hors produits pétroliers ont progressé de 5,7 %, principalement sous l’effet de la hausse des exportations de bananes et de rhum en données brutes. Dans le même temps, les importations ont diminué de 2,4 %, dans le prolongement du recul des importations de biens de consommation et d’investissement, et se rapprochent progressivement de leurs niveaux du début de 2025.
La balance commerciale reste cependant fortement dépendante des échanges pétroliers. Les importations de produits pétroliers ont augmenté de 43 % sur le trimestre et les exportations de 68,5 %. Cette progression des exportations pétrolières a contribué à réduire le déficit commercial de 5,1 %.
Le deuxième trimestre a été marqué par de fortes sécheresses, avec une baisse des rendements dans l’ensemble des filières agricoles. La récolte de canne a notamment été affectée, tandis que les élevages bovins ont souffert du manque d’eau et de nourriture.
La production animale a néanmoins poursuivi sa progression, avec un volume total d’abattage en hausse de 1,5 %, porté par une augmentation de 6 % des abattages de bovins. L’IEDOM évoque la possibilité d’envois anticipés de bovins à l’abattoir en raison de la sécheresse. Les abattages de porcins ont pour leur part diminué de 1 % sur le trimestre, tout en restant supérieurs de 10,5 % à leur niveau du deuxième trimestre 2025.
Les exportations de bananes ont augmenté de 23,9 % en données brutes, mais diminué de 4,6 % en données corrigées des variations saisonnières. Les exportations de rhum ont progressé de 84,7 % en données brutes, une évolution liée aux effets saisonniers, mais reculé de 0,2 % en données corrigées des variations saisonnières.
Les conséquences de la sécheresse restaient visibles au troisième trimestre. Les agriculteurs espéraient une reconnaissance de catastrophe naturelle par l’État afin de bénéficier d’un accompagnement et d’indemnisations.
Dans le bâtiment et les travaux publics, plusieurs indicateurs ont continué de se détériorer. Les ventes de ciment ont reculé de 4 %, tandis que les importations d’éléments métalliques destinés à la construction ont chuté de 17,6 %.
Le ralentissement de la construction neuve s’est également traduit par une diminution de 6,9 % des attestations de conformité électrique délivrées. Les importations de carrelage ont, à l’inverse, progressé de 5,1 %. Le solde d’opinion relatif à l’activité a stagné et les effectifs ont diminué.
Les professionnels du secteur se sont également montrés préoccupés par le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), qui exerce selon eux une pression haussière sur les prix, ainsi que par une nouvelle réduction de la ligne budgétaire unique (LBU), principal outil de financement du logement social en outre-mer.
Le tourisme a enregistré une évolution plus favorable que les autres secteurs. Le nombre de passagers dans les aéroports a pourtant diminué de 1,1 % sur le trimestre et le nombre de vols de 3 %. Le nombre de nuitées dans le parc hôtelier a progressé de 3 %, notamment grâce à la clientèle locale. Les entreprises interrogées dans l’enquête de conjoncture ont également déclaré une amélioration de leur activité et de leur trésorerie.
Après une période de grandes vacances jugée plutôt satisfaisante, les professionnels anticipaient toutefois une basse saison plus difficile. Les premières prévisions de locations saisonnières et de ventes de billets d’avion étaient inférieures à celles de l’année précédente, même si cette tendance ne se traduisait pas encore dans les soldes d’opinion sur l’activité à venir, qui demeuraient optimistes.
Dans son analyse de l’environnement régional, l’IEDOM rappelle que le FMI prévoit une croissance de 2,4 % en 2026, puis de 2,7 % en 2027 pour l’Amérique latine et les Caraïbes. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient constituent l’un des principaux risques immédiats pour la stabilité macroéconomique de la région.
L’exposition commerciale directe de l’Amérique latine et des Caraïbes au Golfe Persique reste faible, avec 1,4 % des exportations et 0,7 % des importations, mais les effets de la hausse des prix de l’énergie varient fortement selon les pays. Le Guyana, Trinité-et-Tobago et l’Équateur bénéficient de conditions d’échange plus favorables, tandis que plusieurs États caribéens subissent la hausse des cours pétroliers. À la Barbade, le déficit commercial des biens pourrait ainsi passer de 14,2 % à plus de 16 % du PIB.
En Dominique, le Parlement avait approuvé la prolongation jusqu’à fin juillet des exonérations de TVA et de droits de douane sur les produits de première nécessité.
La République dominicaine a enregistré une croissance de 4,5 % sur un an au premier semestre 2026, accompagnée d’une progression de 7,7 % des investissements directs étrangers. Le taux de pauvreté y a diminué de 2,7 points entre le premier trimestre 2025 et le premier trimestre 2026. À l’inverse, Haïti devrait enregistrer une nouvelle contraction de son PIB de l’ordre de 1,4 %, selon la CEPALC.
Sainte-Lucie et le Guatemala sont par ailleurs devenus actionnaires de série C de la Banque de développement de l’Amérique latine et des Caraïbes (CAF), leur donnant accès à son soutien financier, à son assistance technique et à ses services d’expertise.
À l’échelle mondiale, l’IEDOM relève enfin que les tensions au Moyen-Orient et le niveau élevé des prix de l’énergie continuent de peser sur l’environnement économique. Les dernières prévisions du FMI retenues dans le document situent la croissance mondiale à 3 % en 2026. La croissance américaine a ralenti à 1,5 % en rythme annualisé au deuxième trimestre, tandis que la zone euro a enregistré une progression de 0,4 %. En France, le PIB a rebondi de 0,2 % au deuxième trimestre, après un recul de 0,1 % au trimestre précédent. L’inflation dans la zone euro s’établissait à 2,8 % fin juin, tandis que la Banque centrale européenne avait maintenu ses taux directeurs inchangés le 26 juillet 2026.


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