
Petit territoire français posé dans l’Atlantique Nord, à une vingtaine de kilomètres des côtes canadiennes de Terre-Neuve, Saint-Pierre-et-Miquelon retrouve une place inattendue sur l’échiquier diplomatique. Emmanuel Macron doit y retrouver dimanche 20 septembre le Premier ministre canadien Mark Carney pour défendre notamment la "souveraineté des nations". Une rencontre chargée de symboles dans un archipel qui avait déjà provoqué, il y a 85 ans, une sérieuse tension entre la France libre et Washington.
Le contexte actuel explique le choix du lieu. Le 7 septembre, Donald Trump a publié sur Truth Social une carte représentant une large partie de l’Amérique du Nord et de la Caraïbe sous les couleurs des États-Unis. Le Canada, le Groenland, le Mexique mais aussi plusieurs territoires français, dont Saint-Pierre-et-Miquelon, y figuraient sous la bannière étoilée. Aucun commentaire n’accompagnait la publication pour en préciser la portée.
Pour Paris et Ottawa, la rencontre de dimanche doit donc permettre d’afficher leur proximité et leur attachement à la souveraineté territoriale. Mark Carney deviendra à cette occasion le premier chef de gouvernement canadien à se rendre dans l’archipel. Pour le Canada, régulièrement confronté depuis le retour de Donald Trump à des déclarations américaines concernant son territoire, le déplacement possède une dimension diplomatique évidente.
L’histoire donne à cette visite une résonance particulière.
En décembre 1941, Saint-Pierre-et-Miquelon dépend encore du régime de Vichy. La France libre du général de Gaulle souhaite reprendre le contrôle de l’archipel. Les Alliés, et particulièrement les États-Unis, ne sont pas favorables à cette opération.
De Gaulle décide pourtant de passer outre. Le vice-amiral Émile Muselier quitte Halifax avec une petite flottille pour ce que l’historien Thomas Vaisset décrit comme une "expédition de fortune". Les conditions matérielles sont difficiles et une partie de l’armement est rendue inutilisable par le froid.
Dans la nuit, une poignée d’hommes débarque à Saint-Pierre. L’opération est rapide et se déroule sans affrontement meurtrier. Les Français libres prennent le contrôle des principaux centres de commandement et organisent ensuite le ralliement de l’archipel à la France libre.
Washington réagit vivement. Le secrétaire d’État américain Cordell Hull qualifie officiellement l’intervention d’action arbitraire menée par les "so-called Free French", les "soi-disant Français libres". La formule est bien authentique et figure encore dans les archives diplomatiques américaines du 25 décembre 1941.
L’épisode dépasse alors largement les dimensions de ces quelques îles. Pour de Gaulle, contrôler un territoire français permet à la France libre de démontrer qu’elle n’est pas seulement un mouvement militaire ou politique installé à l’étranger mais qu’elle est également capable d’exercer une véritable souveraineté.
Quatre-vingt-cinq ans plus tard, Saint-Pierre-et-Miquelon retrouve cette fonction symbolique.
L’Élysée souhaite aussi développer la place de l’archipel dans les relations avec le Canada et dans les enjeux de l’Atlantique Nord. Emmanuel Macron a notamment confirmé que sa rencontre avec Mark Carney devait servir à renforcer les échanges commerciaux dans les domaines pétroliers et du gaz naturel liquéfié.
Le parallèle avec 1941 a évidemment ses limites. Les États-Unis, la France et le Canada sont aujourd’hui alliés au sein de l’Otan et la carte publiée par Donald Trump n’était accompagnée d’aucune revendication officielle concernant Saint-Pierre-et-Miquelon. Mais l’épisode rappelle combien la souveraineté d’un territoire peut devenir un sujet politique bien supérieur à sa superficie.
Avec seulement 240 km², Saint-Pierre-et-Miquelon reste minuscule sur une carte du monde. Son histoire montre pourtant qu’en géopolitique, quelques kilomètres carrés peuvent parfois suffire à envoyer un message beaucoup plus vaste.
Mémento


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