Le garde des Sceaux Gérald Darmanin est attendu de pied ferme lundi par la communauté judiciaire de Mayotte, qui déplore des installations toujours vétustes, plus d'un an après le passage dévastateur du cyclone Chido sur le petit archipel de l'océan Indien.
"Cette visite, on l'attend depuis un an", regrette la déléguée régionale du Syndicat de la magistrature (gauche), Jasmine Hoefler. Pendant le passage du cyclone Chido, en décembre 2024, le tribunal judiciaire de Mamoudzou, qui dépend de la cour d'appel de Saint-Denis de La Réunion, a perdu 40% de sa surface utile, selon un rapport d'une commission d'enquête publié en novembre 2025.
"On a toujours deux bâtiments sur trois qui sont hors service, il n'y a plus de salle de délibéré et on a des personnels de greffe et des magistrats qui sont à deux, trois, quatre par bureau", liste la déléguée régionale, en faisant par ailleurs observer que si la chambre d'appel - située sur un autre site - a récupéré sa salle d'audience, les bureaux sont toujours installés dans des modulaires.
En septembre, la présidente du tribunal, Sophie de Borggraef, tirait déjà la sonnette d'alarme en relevant qu'"il n'y a que deux salles d'audience, ce qui est tout à fait insuffisant compte tenu de l'activité judiciaire telle qu'elle était avant le cyclone".
"On est quasiment au même état qu'il y a un an, avec des travaux qui viennent de débuter", assure Jasmine Hoefler. Certes, des bureaux ont été loués dans différents quartiers de Mamoudzou pour pallier le manque de place, mais la représentante du Syndicat de la magistrature constate que cet éclatement des services complique le travail des magistrats et des avocats "ainsi que l'accès au droit des justiciables".
- 30 avocats pour 329.000 habitants -
Un discours à l'unisson avec celui du bâtonnier du barreau de Mayotte, Yanis Souhaïli, qui déplore "des problèmes de salle d'audience où l'on se marche sur les pieds, des problèmes pour recevoir nos clients dans le cadre des permanences". De Gérald Darmanin, l'avocat attend ainsi l'annonce de "réparations très rapides". Car selon lui, cette situation renforce le manque d'attractivité du 101e département français auprès des avocats, déjà peu nombreux avant le passage du cyclone Chido.
Mayotte ne compte aujourd'hui qu'une trentaine de robes noires pour une population estimée à 329.000 habitants, soit un pour 11.000 habitants contre un pour 900 à l'échelle nationale, ce qui ne permet pas d'exercer la justice correctement, selon Yanis Souhaïli. "On nous demande d'être partout et, malheureusement, on n'y arrive pas", explique celui qui, avec plusieurs de ses confrères, a boycotté une partie des dernières audiences d'assises pour dénoncer la situation.
Les magistrats ne sont pas épargnés. Sur les 18 juges prévus au siège, seuls 16 sont en poste, et le tribunal a régulièrement recours aux brigades d'urgence outre-mer, composées de magistrats qui ne peuvent pas rester plus de six mois.
En 2022, le ministre de la Justice de l'époque, Éric Dupond-Moretti, avait annoncé une cité judiciaire afin de regrouper les différents tribunaux. Un budget de 124 millions d'euros pour sa réalisation d'ici 2028-2031 est prévu dans la loi de refondation de Mayotte promulguée en août 2025, une promesse que le Syndicat de la magistrature et le barreau entendent faire tenir au garde des Sceaux.
Vendredi, lors de son premier jour de visite à La Réunion, Gérald Darmanin a écrit sur le réseau social X qu'il entendait aller "à la rencontre des magistrats et des agents" afin d'évoquer "ensemble leurs conditions de travail et les solutions pour les améliorer". Un autre volet de la visite sera consacré à l'état du centre pénitentiaire, qui renferme près de 700 détenus pour 278 places. Des annonces sont espérées sur la construction d'une deuxième prison, également prévue par la loi de refondation.

0 COMMENTAIRE(S)