Le projet d’un étiquetage nutritionnel harmonisé à l’échelle de l’Union européenne semble aujourd’hui dans l’impasse. Plusieurs élus européens dénoncent le silence de la Commission européenne, six ans après l’annonce d’une réforme destinée à informer plus clairement les consommateurs sur la qualité nutritionnelle des aliments.
Selon l’eurodéputé Yvan Verougstraete, chargé des questions de santé et de protection des consommateurs au Parlement européen, la Commission européenne n’a toujours présenté aucune proposition concrète malgré son engagement pris en 2020 dans le cadre de la stratégie « De la ferme à la table ». À l’époque, Bruxelles promettait la mise en place, dans un délai de deux ans, d’un système d’étiquetage nutritionnel harmonisé et obligatoire dans l’ensemble des États membres.
Pour l’élu européen, le Nutri-Score apparaissait alors comme le candidat le plus crédible. Déjà adopté dans plusieurs pays européens, cet affichage nutritionnel s’appuie sur de nombreuses études scientifiques visant à aider les consommateurs à comparer rapidement la qualité nutritionnelle des produits alimentaires.
Six ans plus tard, aucune réforme n’a toutefois été présentée. Selon Yvan Verougstraete, aucune explication officielle n’a été apportée sur cet abandon apparent, tandis que les demandes d’accès aux études d’impact et aux documents préparatoires auraient été rejetées par la Commission européenne. Ce refus de communication fait désormais l’objet d’une procédure devant la Cour de justice de l’Union européenne.
L’eurodéputé estime que cette absence de transparence soulève des interrogations sur le fonctionnement des institutions européennes. Il considère qu’une réforme de santé publique ne peut être abandonnée sans que les citoyens soient informés des raisons ayant conduit à ce changement de cap.
Les défenseurs du Nutri-Score rappellent que ce dispositif n’interdit aucun produit et ne limite pas la liberté de choix des consommateurs. Son rôle consiste uniquement à fournir une information simple et facilement compréhensible afin de comparer les qualités nutritionnelles des aliments. Selon eux, cet outil pourrait contribuer à prévenir la progression de l’obésité, du diabète de type 2 et des maladies cardiovasculaires observée dans plusieurs pays européens.
Le député fédéral belge Jean-François Gatelier, médecin et auteur d’une proposition visant à rendre le Nutri-Score obligatoire en Belgique, regrette également le ralentissement du projet européen. Il estime que l’Union européenne ne peut afficher des ambitions en matière de lutte contre les maladies chroniques tout en renonçant à l’un des principaux outils de prévention nutritionnelle sans en expliquer publiquement les motivations.
Cette semaine, Yvan Verougstraete doit officiellement interpeller la Commission européenne. Il demandera la publication des études d’impact, des avis d’experts et des documents préparatoires élaborés depuis 2020, ainsi que des explications sur l’avenir du projet d’étiquetage nutritionnel harmonisé. L’objectif est de savoir si Bruxelles entend toujours mettre en œuvre cette réforme ou si elle a définitivement choisi d’y renoncer.
Mémento

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