
Le Conseil de la culture, de l’éducation et de l’environnement de La Réunion organise samedi 26 septembre au MOCA, à Montgaillard, la cinquième édition de sa manifestation interculturelle. Baptisée "Lamayaz lavi ék linvizib", cette nouvelle rencontre sera consacrée à "la spiritualité réunionnaise, un impensé".
Depuis 2022, le CCEE explore progressivement ce qu’il définit comme "le commun réunionnais", soit "ce socle d’accord sur les pratiques, les langues et les représentations qui permet à des origines plurielles de faire société sans s’annuler". Après l’alimentation, la langue créole, la musique ou encore les savoirs traditionnels, cette cinquième édition se tourne vers une dimension beaucoup moins visible de l’identité réunionnaise.
La réflexion part d’un constat. À La Réunion, "la spiritualité ne se résume pas à la religion". Elle peut apparaître dans les gestes quotidiens, les rapports à la nature, aux lieux et aux disparus, mais aussi dans les croyances populaires, les pratiques familiales ou les formes de transmission. Une réalité faite "de circulations, d’emprunts, d’adaptations et de créolisations successives".
Le terme "Lamayaz" résume cette approche puisqu’il désigne "ce qui se mélange et s’entrelace au point de ne plus pouvoir être démêlé". Le CCEE entend ainsi questionner la manière dont les héritages africains, malgaches, indiens, chinois, européens ou comoriens ont évolué au contact les uns des autres pour produire des pratiques propres à la société réunionnaise.
Huit regards viendront nourrir cette matinée. Sully Andoche abordera le vécu et l’invisible, tandis que Mario Serviable reviendra sur "les rencontres entre populations, cultures et croyances" qui ont contribué à construire la société créole. Daniel Minienpoullé, président du Groupement de dialogue interreligieux de La Réunion, apportera "le regard des religions". Jacqueline Andoche proposera une lecture anthropologique des pratiques et des expériences réunionnaises.
Younous Jonas interrogera pour sa part la notion même de spiritualité réunionnaise. Il distingue "la religion", fondée notamment sur des textes et des autorités, de "la spiritualité", présentée comme "l’élan vers une compréhension de ce qui nous dépasse". Sa réflexion porte notamment sur cette manière réunionnaise de relier "le visible" aux morts, aux ancêtres, aux origines et à l’invisible.
Radjah Veloupoulé abordera la dimension spirituelle de l’identité réunionnaise et la relation à l’autre. Raymond Lucas s’appuiera sur Saint-Expédit, "une figure populaire au croisement des croyances réunionnaises", dont l’appropriation dépasse parfois les appartenances religieuses. Danyèl Waro clôturera les interventions avec "Léspri domoun LaRényon dann Maloya Danyèl", autour de la dimension sacrée et spirituelle du maloya.
La manifestation ne cherche pas à établir une définition unique de la spiritualité réunionnaise. Le principe retenu consiste à "ne pas chercher à dire aux Réunionnais ce qu’est leur spiritualité, mais leur proposer un cadre pour la penser ensemble". Une manière d’interroger ce qui se transmet parfois silencieusement entre les générations et participe à la construction de l’identité culturelle réunionnaise.
Habituellement organisée en mai à proximité de la Journée mondiale de la diversité culturelle, la rencontre a été exceptionnellement déplacée au 26 septembre pour des raisons de calendrier. Une date située à quelques jours du mois d’octobre, traditionnellement consacré à la créolité, et qui offrira au CCEE l’occasion de poursuivre sa réflexion sur "ce qui fonde, construit et transforme l’identité culturelle réunionnaise".
Mémento


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