


Après sept années de préparation, la Maison Isautier inaugure Bérive, une nouvelle distillerie agricole installée dans les hauts du Sud de La Réunion. Le projet associe agriculture biologique, recherche scientifique et savoir-faire historique avec l’ambition de créer un "rhum propriétaire" entièrement lié à son terroir réunionnais.
Implantée sur 230 hectares de terres historiques de la famille Isautier entre Saint-Pierre et Le Tampon, Bérive réunit sur un même site agriculture, fermentation, distillation, recherche et création de nouveaux produits. La maison explique avoir voulu concevoir "un outil de création, de recherche et d’expérimentation" plutôt qu’une distillerie supplémentaire.
Une partie du domaine, représentant 8,5 hectares situés à environ 600 mètres d’altitude, a été convertie en agriculture biologique. Les cannes doivent être récoltées à la main à maturité puis broyées dès le lendemain directement sur le domaine.
La singularité du projet repose également sur les levures utilisées pour la fermentation. Pendant deux ans, Isautier a travaillé avec l’antenne Sud du Laboratoire de Chimie et de Biotechnologie des Produits Naturels de l’Université de La Réunion. Des milliers de souches présentes sur les végétaux du domaine ont été collectées, analysées par ADN puis sélectionnées pour leurs propriétés alcooliques et aromatiques.
La combinaison entre les différentes variétés de cannes et ces levures indigènes doit permettre de produire un rhum "intimement lié à Bérive et impossible à reproduire à l’identique ailleurs". La Maison Isautier entend ainsi faire de la biodiversité microscopique du domaine une composante supplémentaire de l’identité de ses rhums.
La distillation sera assurée par deux alambics hybrides en cuivre permettant de réaliser différentes méthodes de production, depuis des distillations simples à chauffe douce jusqu’à des doubles distillations destinées à apporter davantage de profondeur.
La première cuvée de rhum blanc Bérive repose sur une canne "Mauve des Hauts R577" et des levures indigènes prélevées sur un arbre à sapote et un bananier. Embouteillé à 56 degrés, ce premier rhum sera produit à seulement 1 000 bouteilles. Il sera commercialisé à La Réunion à partir de novembre 2026 puis dans l’Hexagone en mars 2027, avec un prix de vente conseillé de 60 euros.
Le flacon reprend lui aussi une partie de l’histoire familiale. Sa silhouette s’inspire d’une bouteille "Veuve Isautier & Fils" datant de la fin du XIXe siècle. Il reçoit une étiquette fabriquée en fibre de canne et un bouchon vissé permettant sa réutilisation. Chaque bouteille sera "remplie, étiquetée et scellée à la main".
La création de Bérive représente un investissement de 4,2 millions d’euros. Les anciens bâtiments d’Isautier Agriculture, anciennement Société Civile Agricole de Bérive, ont été restaurés et complétés pour accueillir les installations. Le projet a bénéficié du soutien de la Région Réunion, de l’État et de l’Union européenne.
La distillerie doit également devenir une nouvelle destination de spiritourisme dans le Sud. À partir de 2027, Bérive prévoit d’accueillir le public autour d’une expérience "technique, ludique et quasi scientifique". La maison historique de Bérive doit également être restaurée et le domaine affiche, à plus long terme, une ambition hôtelière.
"Sept ans, c’est long. Bérive est le fruit d’un travail considérable et d’une conviction profonde", souligne Cyril Isautier, directeur général du Groupe Isautier, qui souhaite faire de cette nouvelle distillerie un moyen de créer "de la connaissance, de la valeur et de la fierté" à La Réunion tout en faisant rayonner les rhums réunionnais à l’international.
Mémento


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