
L’Assemblée de Martinique a achevé vendredi l’examen d’un plan de redressement de près de 69 millions d’euros destiné à enrayer la dégradation des finances de la Collectivité territoriale de Martinique.
Présenté par Serge Letchimy, président du Conseil exécutif de la CTM, ce programme qualifié "d’optimisation" associe réductions de dépenses, cessions de patrimoine et création de nouvelles recettes fiscales.
Les élus de la majorité ont validé un dispositif qui doit s’étaler sur 2027 et 2028. La collectivité prévoit 32,2 millions d’euros d’économies dès 2027, puis 37 millions d’euros supplémentaires l’année suivante.
La situation financière de la CTM est particulièrement tendue. La Chambre régionale des comptes a relevé un "déséquilibre financier structurel" et chiffre la dette de la collectivité à 977 millions d’euros, soit une augmentation de 28 % depuis 2021.
Serge Letchimy s’est engagé à suivre les recommandations des magistrats financiers, tout en estimant qu’une part importante de cette dette constituait un "héritage".
Selon une dépêche de l’AFP reçue par Le Mémento, plusieurs leviers doivent désormais être actionnés pour réduire les dépenses de fonctionnement de la collectivité.
Les dotations accordées aux collèges, aux lycées ainsi qu’aux organismes satellites de la CTM doivent notamment être diminuées. Les effectifs devraient également baisser progressivement, certains départs à la retraite n’étant pas remplacés.
Du côté des recettes, la majorité territoriale a approuvé la création du versement mobilité régional et rural, le VMRR, une nouvelle taxe patronale.
La collectivité a parallèlement engagé la vente de plusieurs biens immobiliers pour un montant annoncé de 12 millions d’euros. Elle prévoit également de céder des actions détenues dans la société d’investissement SAGIPAR.
Ces mesures provoquent de fortes critiques dans l’opposition. Le conseiller territorial Jean-Philippe Nilor estime que la situation financière est "très alarmante" et considère qu’un grand nombre d’indicateurs sont désormais dans le rouge.
"Il ne faut pas déguiser un plan d’austérité en plan d’optimisation", a déclaré l’élu du mouvement Ansanm pou Péyi-nou, apparenté à La France insoumise.
"Ma responsabilité en tant qu’élu, ce n’est pas de voter des économies pour faire plaisir à un tableau Excel", a-t-il également affirmé.
Jean-Philippe Nilor réclame un "tableau de bord trimestriel" afin de contrôler la mise en œuvre effective des mesures annoncées. Il souhaite aussi une "revue complète de toutes les politiques publiques" afin d’en mesurer l’efficacité et de privilégier des économies qu’il qualifie de "structurelles" et "durables".
L’élu d’opposition pointe également les délais de paiement de la collectivité, qui affectent directement les entreprises locales.
"Ce n’est pas normal que la CTM paie à 131 jours alors même que le délai légal est de 30 jours. Donc nous sommes dans l’illégalité", a dénoncé Jean-Philippe Nilor.
Entre réduction des dépenses, nouvelles recettes fiscales, ventes d’actifs et baisse progressive des effectifs, la CTM engage ainsi deux années de redressement budgétaire avec l’ambition de retrouver des marges financières face à une dette qui approche désormais le milliard d’euros.
Mémento


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