En Guyane, l'acoupa rouge, symbole en voie de raréfaction

© Illustration Memento

Sur les étals des marchés, dans les rayons des grandes surfaces, à la carte des restaurants : en Guyane, l'acoupa rouge se trouve partout. Mais ce poisson argenté, longtemps abondant dans les eaux du territoire, se raréfie sous la pression notamment de la pêche illégale.

"Il y a 20 ans, on passait cinq jours en mer et on rentrait les cales pleines", se souvient Léonard Raghnauth, président du comité des pêches de Guyane, qui voit dans l'acoupa rouge l'un des "symboles de la Guyane". Très consommé et bon marché, ce poisson aux nageoires rouges est aujourd'hui convoité par des équipages venus des pays voisins, Brésil, Suriname et Guyana. Une pression que les scientifiques peinent encore à mesurer précisément.

"On considère qu'il est trop pêché", explique Fabian Blanchard, délégué régional de l'Ifremer. Ces dernières années, les navires légaux ont débarqué environ 700 tonnes d'acoupas par an quand, "dans le même temps, la pêche illégale a prélevé entre 500 et 3.000 tonnes annuellement", poursuit M. Blanchard, qui reconnaît la difficulté de chiffrer les dégâts. Faute de recul, l'Ifremer n'observe pas encore directement la baisse de la population. "L'évaluation de l'état du stock a commencé il y a deux ans, mais il faut des chiffres sur 10 à 15 ans pour sortir une tendance", précise M. Blanchard.

Les volumes débarqués livrent malgré tout un premier signal. Après un pic en 2011, ils sont redescendus au niveau de 2006, mais la pêche illégale était alors moins intense. "On devrait s'inquiéter", tranche Tony Nalovic, biologiste marin et ancien ingénieur au comité des pêches de Guyane, qui estime que l'espèce affronte un déclin déjà amorcé à l'échelle régionale.

Il décrit "des campagnes de pêche qui durent plus longtemps, des filets plus longs, des mailles plus petites, des débarquements moins importants, des poissons plus petits". Bref, "aucun indicateur qui aille dans le bon sens". M. Nalovic réclame une réglementation propre à l'espèce, aujourd'hui "inexistante". L'acoupa rouge ne bénéficie d'aucune mesure de protection: les seules limites portent sur les capacités de pêche des professionnels.

- Une vessie qui vaut de l'or -

Pour endiguer le fléau, les autorités ont lancé l'opération Mokarran de lutte contre la pêche illégale. La dernière campagne, du 23 février au 29 mars, a permis d'intercepter six navires, près de 11 tonnes de poissons et 111 kg de vessies natatoires. C'est cet organe, qui permet au poisson de flotter, qui attise les convoitises. Très prisé en Asie, il s'y vend au prix fort : autour de 100 euros le kilo, selon M. Blanchard. Après avoir affaibli les stocks dans d'autres parties du monde, les pêcheurs illégaux se rabattent sur les eaux guyanaises, où les populations restent vivaces. "Cela fait environ 20 ans que la vessie est exploitée", relève M. Nalovic.

Les acteurs de la pêche guyanaise partagent le même constat: la surexploitation menace l'acoupa rouge sur le long terme. Mais les avis divergent sur la marche à suivre. La décision, elle, ne leur appartient pas. C'est la Commission européenne qui détient le mandat de protéger ou non les espèces exploitées commercialement et les quotas, interdictions et autres règles se décident à Bruxelles, rappelle Tony Nalovic.

Or les autorités européennes ne distinguent pas pêche légale et illégale et s'en tiennent aux chiffres globaux, qui pointent une surexploitation. Raison pour laquelle "on remet en question ce qui se fait en termes de collecte de données", pointe Léonard Raghnauth. Pour lui, une réglementation reviendrait à une "sanction" infligée aux pêcheurs légaux. "Pourquoi sanctionner toute une filière quand ce sont les illégaux qui sont responsables ?", interroge-t-il.

Le comité des pêches vient de lancer une nouvelle campagne pour produire son propre rapport, après une première étude en 2024 avec WWF et l'Ifremer. Ce travail visait à mieux cerner une pêche illégale que les pêcheurs guyanais jugent toujours sous-estimée. Le futur rapport doit notamment intégrer l'allongement des filets et la réduction de la taille des mailles, signes d'une capacité de pêche en hausse que les données officielles ne captent pas, selon Léonard Raghnauth.


0 COMMENTAIRE(S)

Aucun commentaire pour le moment






ACHETER
un exemplaire
version papier ou PDF
Dernières infos en ligne

04.08.2026 | France

RÉGLEMENTATION - AI Act : les TPE et PME face au défi de la conformité



Lire
commentaires Réagir
03.08.2026 | France

Transport aérien - Aéroports de Paris : La baisse des redevances profitera-t-elle aussi à Air Austral, Corsair et French Bee ?



Lire
commentaires Réagir
02.08.2026 | Réunion

Grande distribution à La Réunion : Feu vert sous conditions pour le rapprochement entre les groupes Caillé et IBL



Lire
commentaires Réagir
26.07.2026 | France

Médias numériques : Coupe du Monde 2026, 3,6 milliards de visites sur les médias numériques pendant le Mondial de football



Lire
commentaires Réagir
25.07.2026 | France

Banque de France - Accès aux espèces : Argent liquide, distributeurs automatiques, banques... L'accès aux espèces reste assuré partout en France



Lire
commentaires Réagir
23.07.2026 | Réunion

André Béton lance "Karypédia", une série YouTube consacrée aux traditions des Hauts



Lire
commentaires Réagir
23.07.2026 | Maurice

Axess obtient la certification ISO 9001:2015



Lire
commentaires Réagir
22.07.2026 | Maurice

ER Group vise 28 % de chiffre d'affaires hors de Maurice d'ici 2029



Lire
commentaires Réagir
22.07.2026 | Maurice

Économie – Maurice défend la compétitivité de son centre financier face aux critiques sur les frais de licence



Lire
commentaires Réagir
22.07.2026 | Maurice

Axess lance le nouveau Ford Territory à Maurice



Lire
commentaires Réagir
21.07.2026 | Océan Indien

365 Digital devient le représentant commercial agréé de Google Ads



Lire
commentaires Réagir
21.07.2026 | Maurice

Innovation : Maurice lance un Innovation Challenge consacré à l'intelligence artificielle et à l'innovation durable



Lire
commentaires Réagir
15.07.2026 | Réunion

CAP BOURBON et THALOS déploient l'analyse vidéo par intelligence artificielle pour la pêche à la légine



Lire
commentaires Réagir
15.07.2026 | Réunion

AIR JUMP 974 développe ses partenariats touristiques à Saint-Leu



Lire
commentaires Réagir
14.07.2026 | Mayotte

Brevet en baisse, baccalauréat stable : les résultats 2026 à Mayotte



Lire
commentaires Réagir