

La décision française de conditionner une partie de l’aide publique au développement à une meilleure coopération migratoire provoque une vive réaction à Moroni. Selon une dépêche de l’AFP reçue par Le Mémento, le gouvernement comorien dénonce des propos d’une « condescendance insupportable » après les annonces de Sébastien Lecornu lors de son déplacement à Mayotte.
Le Premier ministre français a annoncé que l’aide accordée aux Comores ainsi qu’au Burundi, à la Tanzanie, à la République démocratique du Congo, au Rwanda, à la Somalie et au Kenya pourrait désormais dépendre de leur implication dans la lutte contre l’immigration clandestine. Paris envisage de nouveaux critères de « bonus-malus » tenant compte notamment de « la capacité à bien collaborer dans la lutte contre les passeurs », de la délivrance de laissez-passer consulaires et de la reprise des ressortissants en situation irrégulière.
Cette orientation a immédiatement fait réagir le ministre comorien des Affaires étrangères, Mohamed Mbae. « Les propos tenus par M. Lecornu, sur la fameuse aide au développement, revêtent une condescendance insupportable », a-t-il déclaré à l’AFP. Le ministre juge également l’annonce française « surprenante à plusieurs égards » et « totalement déconnectée des attentes de la population » de Mayotte, qu’il qualifie dans ses déclarations d’« île comorienne ».
Le différend renvoie à un contentieux ancien entre Paris et Moroni. Mayotte est demeurée française lorsque les autres îles de l’archipel des Comores ont accédé à l’indépendance en 1975. L’Union des Comores continue cependant de revendiquer la souveraineté sur Mayotte, devenue département français en 2011.
Les déclarations de Sébastien Lecornu ont également provoqué des réactions dans l’opposition comorienne. Le parti Ushe dénonce « un chantage scandaleux », tandis que l’ONG Comité Maore parle de « chantage inacceptable » et accuse la France de mener une politique néocoloniale.
La question migratoire demeure particulièrement sensible à Mayotte. D’après les données de l’Insee citées par l’AFP, l’archipel comptait 323 000 habitants au 1er janvier 2026 et une part importante de sa population est de nationalité étrangère. En 2017, cette proportion approchait la moitié de la population.
Alors que Paris cherche à renforcer la coopération régionale pour limiter les arrivées clandestines, les annonces françaises ouvrent ainsi une nouvelle séquence de tensions diplomatiques avec Moroni. Une relation déjà complexe dans laquelle les questions migratoires, territoriales et économiques restent étroitement imbriquées.
Mémento


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