

Les arrêts maladie seraient-ils devenus trop faciles en France ? Édouard Philippe a choisi une formule qui ne passe pas inaperçue. Le candidat à l’élection présidentielle veut « mettre fin à l’open bar des arrêts de travail », estimant préoccupante l’augmentation de près de 40 % des dépenses entre 2019 et 2025, désormais de l’ordre de 17 milliards d’euros par an.
L’ancien Premier ministre propose notamment de durcir les règles concernant les arrêts courts. S’inspirant de l’Espagne, il souhaite renforcer les jours de carence afin que le premier, voire les deux premiers jours d’un arrêt ponctuel ne soient pas indemnisés, tout en envisageant une meilleure protection des arrêts longs.
Sur le terrain, certains chefs d’entreprise ne cachent pas leur exaspération. L’un d’eux raconte une situation devenue, selon lui, presque prévisible. « Aujourd’hui, lorsque l’on demande à un salarié de ne pas répéter une erreur qu’il commet à plusieurs reprises et qu’on lui explique qu’il risque un avertissement s’il ne respecte pas les consignes, la réponse ne se fait parfois pas attendre : nous recevons un arrêt maladie dès le lendemain. »
Un autre entrepreneur décrit un phénomène comparable autour des congés. « Si vous refusez une demande de congé qui n’était pas prévue, le salarié a toutes les facilités du monde pour obtenir un arrêt maladie. »
Même constat chez un grossiste réunionnais, où les absences suivraient parfois un calendrier étonnamment régulier. « Chez nous, les arrêts maladie apparaissent souvent pendant les périodes d’inventaire. Ça pullule précisément au moment où nous avons besoin de tout le monde pour faire l’inventaire. »
Des témoignages qui ne permettent évidemment pas de mesurer l’ampleur réelle du phénomène, mais qui traduisent une défiance désormais bien installée chez certains employeurs.
Le malaise existe également dans le monde médical. Un professionnel de santé interrogé par le Mémento reconnaît que le sujet reste sensible. « Il ne faut pas se tromper, le sujet est tabou. Mais chez certains médecins, il est parfois plus facile d’établir un arrêt maladie que de dire non à un patient. Ils ont une patientèle qu’ils souhaitent conserver. »
Il rappelle néanmoins que les prescriptions ne sont pas totalement hors contrôle. « Certains médecins qui prescrivent beaucoup d’arrêts sont surveillés et peuvent recevoir des rappels de l’Assurance Maladie lorsqu’un volume anormalement élevé est constaté. »
Un autre professionnel évoque un phénomène encore différent, celui des faux documents. « Il existe aussi de faux arrêts. Certains peuvent être générés à l’aide de l’intelligence artificielle avec le véritable tampon d’un médecin alors que ce dernier n’a jamais reçu le patient. » Une pratique frauduleuse qu’il convient toutefois de distinguer des arrêts authentiquement prescrits par un médecin.
La formule de « l’open bar » fait néanmoins bondir une partie du corps médical. Derrière la progression de la facture se cachent aussi des réalités structurelles. L’augmentation et le vieillissement de la population active, la hausse des salaires, les pathologies chroniques ou encore l’usure professionnelle participent à l’évolution des indemnités journalières.
Des médecins rappellent surtout qu’un arrêt de travail demeure une prescription médicale. Une hausse des arrêts ne signifie donc pas mécaniquement une hausse équivalente des abus. Dans certains cas, l’arrêt est au contraire indispensable pour éviter l’aggravation d’une pathologie ou permettre au salarié de récupérer.
Toute la difficulté se trouve là. Les employeurs disposent d’exemples concrets qui nourrissent le soupçon de détournements. Des professionnels de santé admettent que des dérives peuvent exister. Mais cela ne suffit pas à transformer l’ensemble des arrêts maladie en congés déguisés.
Il existe probablement des arrêts de complaisance, des faux documents, des salariés réellement malades, des médecins confrontés à des situations sociales complexes et des entreprises pénalisées par des absences difficiles à anticiper.
Fermer « l’open bar » peut donc constituer un slogan politique redoutablement efficace. Encore faut-il savoir combien viennent réellement se servir au comptoir… et combien ont simplement besoin d’être soignés.
Mémento


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