Benoît Hamon, président d’ESS France, a effectué les 22 et 23 avril 2026 une visite officielle à La Réunion, accompagné d’une délégation d’ESS France Outre-mer et de la CRESS Réunion. Cette mission de deux jours a permis de rencontrer huit entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS), des institutions, le CESER, ainsi que les équipes de structures emblématiques du territoire, illustrant la vitalité du secteur sur l’île.
Parmi les temps forts, le lancement officiel de la monnaie locale Tikatsou à Saint-Paul, le 22 avril, a constitué une première réunionnaise. Les habitants ont pu, pour la première fois, convertir leurs euros et régler leurs achats au sein d’un réseau de commerces partenaires. ESS France, ESS France Outre-mer et la CRESS Réunion ont apporté conjointement leur soutien à ce dispositif, conçu comme un outil de circuit court et de souveraineté économique.
"L'ESS à La Réunion, c'est un emploi privé sur quatre, soit 30 000 emplois. Le Tikatsou, c'est la possibilité de faire fonctionner l'économie réunionnaise en circuit court. On peut même imaginer que des collectivités achètent en partie en Tikatsou pour développer la souveraineté économique de l'île", indique Benoît Hamon, président d’ESS France.
La délégation s’est ensuite rendue au Hub de l’ESS, au sein de la Halle des manifestations de la Ville du Port. Accueilli par le maire Olivier Hoarau, en présence d’élus locaux, de représentants de l’Entreprise à But d’Emploi (EBE) Synergie Péi et de salariés, Benoît Hamon a observé la mise en œuvre concrète des politiques locales en matière d’insertion et d’emploi. Cette séquence a notamment mis en lumière l’engagement de la Ville du Port dans l’expérimentation Territoire zéro chômeur de longue durée, avec la montée en puissance de l’EBE Synergie Péi, qui accompagne plus de 120 personnes vers l’emploi durable. Elle a illustré le rôle structurant de l’ESS comme levier d’inclusion et de développement territorial, à travers des dispositifs innovants et des parcours d’insertion à fort impact social.
La visite de la Coopérative des dockers de La Réunion, structure historique de l’économie sociale dans l’océan Indien, a permis de rappeler l’ancienneté des modèles coopératifs sur le territoire et leur capacité à structurer durablement des filières économiques stratégiques. Cette étape a souligné l’articulation entre performance économique, gouvernance collective et ancrage local.
Le 23 avril, la délégation s’est rendue chez ADESIR, en présence des adhérents du réseau ECHOBAT à La Réunion, afin de découvrir un écosystème mêlant écoconstruction, formation et insertion. Ce réseau réunit notamment Synergie Family, GETEC OI, Permakiltir et le CAUE Réunion. Cette visite a mis en évidence la capacité de l’ESS réunionnaise à développer des filières innovantes en lien avec les enjeux locaux, en s’appuyant sur des dispositifs tels que les pôles territoriaux de coopération économique (PTCE), le soutien d’ESS France Outre-mer et les financements de l’ADEME.
La journée s’est poursuivie à Sainte-Marie avec la visite de la SCOPAD, première coopérative SCOP dédiée aux services à domicile sur l’île. Les échanges ont mis en lumière le modèle coopératif comme réponse opérationnelle aux enjeux d’inclusion sociale et d’emploi, illustrant la capacité d’innovation de l’ESS au service de la population réunionnaise.
Au-delà des visites de terrain, cette mission a permis de rappeler le poids économique de l’ESS à La Réunion : elle représente 8 % des entreprises, 16 % de l’emploi privé, soit 29 281 salariés, pour une masse salariale de 752 millions d’euros. La CRESS Réunion, forte de plus de 40 ans d’action, accompagne chaque année plus d’une centaine de projets, organise plusieurs dizaines d’événements, mobilise des centaines d’acteurs du territoire et sensibilise plusieurs centaines d’entrepreneurs, d’agents publics, d’élèves et d’étudiants à l’ESS et à l’innovation sociale.
Dans un contexte national marqué par la suppression de plus de 12 000 postes dans les associations et de 2 500 dans les mutuelles, dont environ 300 à La Réunion, Benoît Hamon a appelé à une mobilisation collective pour défendre les financements publics du secteur.
"Quand l'État décide de faire des économies principalement sur ces services-là, ce sont des choix politiques qui se traduisent par moins de services et moins d'emplois. Raison de plus pour nous mobiliser et construire des alliances sur ce territoire", précise Benoît Hamon.
Cette visite ouvre plusieurs perspectives, parmi lesquelles la contribution réunionnaise à la stratégie nationale de l’ESS qui sera soumise au Conseil supérieur en juillet 2026, le lancement de la marque « ESS » en juin 2026, ainsi que le renforcement des coopérations inter-entreprises, de l’essaimage ultramarin et de l’outil Cap Essor dédié à l’accompagnement au changement d’échelle.
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