Emmanuel Macron est intelligent, nul ne peut en douter. Les débats télévisés l’ont prouvé à maintes reprises : dialecticien hors pair, capable d’écraser un adversaire par la seule force de l’argument. Mais gouverner n’est pas débattre. Et la situation actuelle de la France le démontre avec brutalité : l’intelligence, seule, ne fait pas un bon président.
Alors, que lui manque-t-il ? Certains évoquent sa jeunesse, d’autres son absence d’expérience – rappelons qu’avant 2017, Macron n’avait jamais été élu. Il a profité d’un moment d’usure du système politique, trahissant François Hollande pour mieux se hisser à l’Élysée. Un coup de maître, certes. Peut-être trop parfait. Car depuis, l’homme semble persuadé que sa méthode, faite de calculs et d’improvisations brillantes, suffira toujours à l’emporter.
Le Covid lui a offert un rôle de sauveur, mais l’addition se paie aujourd’hui. L’économie française est l’une des plus affaiblies d’Europe, malgré nos atouts évidents aux côtés de l’Allemagne. Faillite ? Je n’y crois pas. Mais rigueur et austérité ? Inévitables. Il faudra sabrer, geler les dépenses, cesser de faire croire que tout est possible sans effort. Cela suppose du courage politique. Or, voilà un demi-siècle que la France recule devant les syndicats et les blocages, qu’aucun dirigeant n’ose affronter de front les « agitateurs de dépense publique ».
Trump – qu’on l’aime ou qu’on le déteste – a démontré qu’un président peut briser les tabous : droits de douane, expulsions massives, décisions jugées « irréalisables ». Il l’a fait. La France, elle, n’a pas besoin d’un génie des mots. Elle a besoin d’un président pédagogue et ferme. Un homme qui explique clairement ses choix, qui tranche, qui protège sans concessions ses citoyens. « Il faut être craint », a dit Macron. Mais pour être craint, encore faut-il être cru.
Et à La Réunion, que pense-t-on de l’avenir du président ? Le Mémento a posé la question à des profils variés – commerçants, fonctionnaires, étudiants, entrepreneurs. La réponse tient en un mot : indifférence.
« Franchement, Macron ou pas Macron, ça ne change rien pour nous », glisse une vendeuse du centre-ville de Saint-Denis.
« Ici, personne ne se soucie de ce qu’il deviendra, et encore moins des macronistes », tranche un retraité rencontré sur le Barachois.
Un chef d’entreprise résume : « Son avenir politique n’intéresse plus personne. Ce n’est pas notre sujet du moment : on parle d’inflation, de commandes en baisse, de survie économique, pas de Macron. »
Pire, en cas de dissolution, un sentiment domine : celui d’une revanche politique. « Tous les partis historiques feront bloc pour éliminer le représentant du parti présidentiel, juste pour ne pas lui laisser de place », analyse un ancien militant socialiste. Une avocate dionysienne confirme : « Macron a tellement fracturé la vie politique qu’aucun appareil ne voudra lui tendre la main. On l’attend au tournant. »
La vérité est simple : l’intelligence ne sauvera pas la France. Ce qu’il faut, c’est du courage. Le courage d’affirmer et surtout d’exécuter. Le courage de mettre en avant la puissance française, plutôt que de s’égarer dans une diplomatie obsédée par la valorisation des autres. À force de mollesse, nous risquons un président sans muscle. Et un président sans muscle, c’est une France condamnée à la crise permanente.
GGLP
0 COMMENTAIRE(S)