

Après Édouard Philippe et son offensive contre « l’open bar » des arrêts maladie, Olivier Faure avance à son tour ses marqueurs pour 2027. Mais le premier secrétaire du Parti socialiste regarde dans une direction radicalement différente. Dans son discours prononcé samedi 29 août à Blois, il a notamment proposé de suspendre le versement des dividendes des entreprises qui ne s’engageraient pas suffisamment dans leur transformation écologique. Une mesure spectaculaire qui devrait rapidement faire réagir le monde patronal.
Pour Olivier Faure, la transition écologique ne doit plus être considérée comme une dépense mais comme un investissement. Il propose la création d’un « grand fonds national et européen », alimenté par des ressources permanentes et destiné à financer pendant vingt ou trente ans la prévention des incendies et des inondations, l’adaptation des villes, la restauration des zones humides ou encore la transformation des forêts.
Mais c’est surtout sa proposition concernant les entreprises qui retient l’attention. Le dirigeant socialiste souhaite « suspendre le versement de dividendes pour toute entreprise qui ne s’engage pas résolument dans sa propre transformation écologique ». Il résume sa philosophie par une formule beaucoup plus politique, « Pas écolo, pas de cadeau ! »
L’idée pose immédiatement une question essentielle pour les entreprises. Qui déciderait qu'une société est suffisamment écologique pour avoir le droit de distribuer ses bénéfices à ses actionnaires ? Faudrait-il mesurer ses émissions, ses investissements, sa consommation énergétique, sa trajectoire carbone ? Et selon quels critères pourrait-on interdire à une entreprise parfaitement rentable de rémunérer ceux qui ont investi dans son capital ?
Le discours ne détaille pas encore les modalités d’une telle mesure. Or la différence est considérable entre conditionner une aide publique et empêcher la distribution d'un bénéfice privé.
Le sujet mérite d’autant plus le débat que le patronat français ne conteste plus la nécessité de la transition écologique. Quelques jours seulement avant le discours d’Olivier Faure, le Medef publiait justement un guide destiné aux entreprises pour accélérer leur transformation environnementale. L'organisation patronale considère désormais le climat, l’énergie et l’environnement comme des sujets économiques centraux, mais elle défend une transition reposant sur la compétitivité, l’investissement et la création de valeur. Medef Territoriaux
C’est là que les chemins divergent. Olivier Faure veut utiliser davantage la contrainte. Le monde entrepreneurial demande plutôt des conditions permettant d’investir. Le Medef rappelle notamment que la transition écologique nécessitera des dizaines de milliards d’euros d’investissements supplémentaires chaque année et considère la réussite économique des entreprises comme une condition de cette transformation. Medef
Le premier secrétaire du PS ne s’arrête d'ailleurs pas aux dividendes. Il veut également « évaluer systématiquement les centaines de milliards d’aides et de niches fiscales » et conditionner les aides publiques à des obligations précises concernant l’emploi, les salaires, l’investissement et la localisation de l’activité. Il défend parallèlement une fiscalité plus progressive.
Sur ce point, la réalité juridique est néanmoins plus complexe que le slogan politique. Dans une réponse publiée en juillet 2026, le ministère de l’Économie rappelait que les aides publiques comportent déjà certaines obligations mais que les règles européennes de libre circulation des capitaux et de liberté d’établissement limitent la possibilité d'imposer des conditions sans rapport direct avec l’aide accordée. Bercy avertissait également que des obligations supplémentaires peuvent augmenter le coût d’un projet au point de conduire une entreprise à renoncer à investir. Assemblée Nationale
Le discours de Blois prend aussi des allures de réponse au programme économique qui commence à émerger au centre. Olivier Faure attaque nommément Gabriel Attal et Édouard Philippe, qui souhaitent rapprocher le salaire net du brut en diminuant certaines cotisations sociales.
Pour le patron du PS, ces cotisations ne sont justement pas des charges mais « notre protection collective ». Sa recette pour augmenter le pouvoir d’achat est ailleurs. Il réclame une augmentation du SMIC, une conférence salariale, des aides publiques conditionnées à l’augmentation des salaires, l’encadrement des loyers et une fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG afin de rendre l'ensemble plus progressif.
Il prévient même que si le prochain budget reprend les orientations défendues par Gabriel Attal et Édouard Philippe, les socialistes voteront la censure. Une position qu’il a confirmée à Blois. Le Monde.fr
Olivier Faure dessine ainsi une ligne économique assez nette pour 2027. Davantage de dépenses et d’investissements publics dans la transition écologique, plus de progressivité fiscale, des salaires poussés à la hausse, des aides aux entreprises assorties de contreparties et, proposition la plus singulière, des dividendes suspendus pour les sociétés jugées insuffisamment engagées dans leur transformation environnementale.
Le programme contient cependant encore une grande inconnue, celle de son financement et de ses conséquences sur l’investissement privé. Car demander aux entreprises d’investir massivement dans leur transformation écologique tout en restreignant éventuellement la rémunération du capital qui finance une partie de ces investissements pourrait produire une contradiction qu’il faudra résoudre.
À La Réunion, la question serait loin d’être théorique. Les entreprises doivent déjà composer avec l’insularité, les coûts énergétiques, ceux du transport, l’étroitesse du marché et des investissements nécessaires à leur modernisation. Leur demander d'accélérer la transition écologique paraît difficilement contestable. Déterminer depuis Paris si elles ont suffisamment verdi pour pouvoir distribuer leurs dividendes risque, en revanche, de provoquer un débat autrement plus animé.
Olivier Faure assume cette ligne. À Blois, il promet une « radicalité tranquille mais tranchée » et considère que la transformation écologique doit devenir un investissement national.
Une chose est certaine, à huit mois de la présidentielle selon son propre discours, la bataille économique de 2027 a déjà commencé. Et entre l’« open bar » des arrêts maladie d’Édouard Philippe et le « pas écolo, pas de cadeau » d’Olivier Faure, les entreprises peuvent déjà commencer à comparer les additions.
Mémento


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