Signé en 2021, l’accord frontalier entre la France et le Suriname n’a toujours pas été ratifié par Paramaribo. Les autorités françaises espèrent que son entrée en vigueur permettra de renforcer les opérations conjointes contre l’orpaillage illégal et les pollutions qui touchent les populations et les écosystèmes du bassin du Maroni.
La pollution au mercure provoquée par l’orpaillage illégal représente une menace persistante pour la Guyane. Le long des fleuves Marowijne et Lawa, les autorités françaises constatent une nette différence entre les deux rives : l’exploitation aurifère est interdite à moins de deux kilomètres des cours d’eau du côté français, tandis que des sites restent en activité sur la rive surinamaise.
Lors d’un survol organisé au cours de la semaine précédant le 27 juillet 2026 par l’Observatoire de l’activité minière (OAM), d’importants cratères, des eaux vertes, jaunes ou beiges ainsi que des tentes et des bâches ont été observés du côté surinamien. L’OAM est un dispositif public chargé de surveiller l’activité minière et de contribuer à la lutte contre l’orpaillage illégal.
Des concentrations élevées de mercure et d’arsenic
« L’orpaillage illégal dans le sud-est du Suriname augmente visiblement, en particulier le long des rivières Lawa et Marowijne », indique Jupta Itoewaki, militante pour les droits des peuples autochtones. Selon les mesures qu’elle cite, les niveaux de mercure relevés dans la région atteindraient jusqu’à 8 469 fois la limite fixée par l’Organisation mondiale de la santé. Les concentrations d’arsenic s’élèveraient jusqu’à 4 623 fois cette limite.
Issue de la communauté autochtone wayana, qui compte environ 1 000 personnes, Jupta Itoewaki affirme que la consommation de poisson est devenue une source d’intoxication. « Toute la communauté est exposée quotidiennement par l’eau et la nourriture. Ce qui manque, ce sont des analyses médicales systématiques menées par le gouvernement. Le gouvernement lui-même fait partie du problème », estime-t-elle.
L’OAM a documenté l’activité d’orpailleurs et de mineurs surinamiens, franco-guyanais et brésiliens opérant clandestinement dans les criques proches de la frontière. Les exploitants utilisent de petites fosses de lavage et du mercure pour amalgamer l’or au minerai, avec des conséquences sur les sols et les cours d’eau.
Du côté français, les exploitants autorisés doivent respecter d’autres obligations. Près de Crique Serpent, l’entreprise SIAL travaille sans mercure et utilise des bassins de rétention étanches, indique Sébastien Linares, de l’OAM. La législation française impose également aux entreprises de remettre les terrains en état à la fin de l’exploitation.
Un accord signé en 2021 mais toujours en attente
La France et le Suriname ont signé le 15 mars 2021 un protocole additionnel destiné à délimiter une partie de leur frontière commune, ainsi qu’à faciliter leur coopération contre les activités illégales et pour la protection de l’environnement. L’accord prévoit également une entraide judiciaire destinée à soutenir les opérations bilatérales contre l’exploitation minière illégale et le trafic de stupéfiants.
Le processus reste cependant inachevé. Dans une mise à jour publiée le 9 juin 2026, le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères indiquait que l’examen du projet de ratification avait été suspendu par l’Assemblée nationale du Suriname le 20 novembre 2025. La frontière entre la Guyane et le Suriname s’étend sur 520 kilomètres le long du Maroni. Le protocole signé en 2021 délimite les trois premiers segments, mais le tiers méridional doit encore faire l’objet de négociations.
« Il y a une dégradation alarmante de l’état du fleuve, liée notamment à l’orpaillage illégal », affirme Nicolas de Bouillane de Lacoste, ambassadeur de France au Suriname. Cette pollution entraîne, selon lui, une altération de la biodiversité aquatique et affecte la santé ainsi que les conditions de vie des populations riveraines.
« La ratification de l’accord par le Suriname permettra de donner une nouvelle impulsion à la coopération bilatérale. Un accord frontalier à lui seul ne mettra pas fin à l’orpaillage illégal. En revanche, il apportera la sécurité juridique indispensable pour renforcer l’efficacité des actions conduites de part et d’autre de la frontière », précise l’ambassadeur.
La France se dit également disposée à soutenir les initiatives des autorités surinamiennes visant à limiter les capacités des « garimpeiros », les orpailleurs illégaux, dans le respect de la souveraineté des deux pays et avec pour objectif commun la protection du fleuve Maroni.
Environ 500 militaires français mobilisés
Les autorités françaises affirment intervenir quotidiennement contre l’exploitation minière illégale. Le dispositif reste toutefois confronté aux réseaux logistiques installés de l’autre côté de la frontière. « C’est une bataille perdue, les mineurs illégaux se rendent au Suriname pour se ravitailler », reconnaît Nicolas de Bouillane de Lacoste.
Selon le lieutenant-colonel Emmanuel Rigault, attaché de défense, la France déploie environ 500 militaires sur terre, sur l’eau et dans les airs, en appui aux opérations de police contre l’orpaillage illégal. Le 14 juillet 2026, le ministre surinamien des Affaires étrangères, Melvin Bouva, a annoncé que son pays ratifierait l’accord. Aucun calendrier n’a toutefois été communiqué.
memento.fr

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