Directeur Général du Groupe CRC Caisses Réunionnaises Complémentaires, seul groupe de protection sociale réunionnais, Thierry BENBASSAT s’appuie sur un modèle paritaire et non lucratif pour relever un défi ambitieux concilier performance économique, utilité sociale et ancrage territorial au bénéfice des Réunionnais.
Le Mémento Vous dirigez un groupe paritaire et non lucratif. Quelles expériences vous ont préparé à cette fonction ?
Thierry Benbassat : Je connais La Réunion depuis longtemps. J’y ai posé le pied pour la première fois en 1989 lors d’une mutation, puis j’y suis revenu en 2001 en tant que Directeur Régional Océan Indien de la BRED. Ces expériences m’ont permis de comprendre en profondeur le tissu économique local et de rencontrer ses principaux acteurs. Après plus de vingt ans passés dans le secteur bancaire, j’ai eu envie d’explorer d’autres univers.
J’ai ainsi dirigé Le Quotidien de La Réunion, avant de rejoindre, en 2012, le Groupe CRC à un poste associant les dimensions financières, juridiques et territoriales. C’est à cette occasion que j’ai découvert le fonctionnement du monde paritaire, fondé sur la coopération entre représentants des salariés et des employeurs. Pour quelqu’un issu de la banque, c’était nouveau, mais surtout très enrichissant.
Un groupe comme le nôtre, sans actionnaire et non lucratif, porte une mission claire agir pour le territoire, accompagner les entreprises, soutenir les salariés et soutenir les publics les plus fragiles, dans un contexte où persistent de fortes inégalités sociales et sanitaires.
Le Mémento Comment un modèle non lucratif assure-t-il sa solidité financière ?
T. B. Nos missions s’articulent autour de deux activités principales. La première relève d’une mission proche du service public la gestion de la retraite complémentaire, qui consiste à collecter les cotisations et à verser les pensions. La seconde est une activité d’assurance particulière, concurrentielle, à travers laquelle nous proposons des contrats santé et prévoyance collectifs aux entreprises. La particularité du Groupe CRC réside dans son modèle les excédents ne rémunèrent aucun actionnaire.
Ils sont réinvestis au bénéfice du territoire et des Réunionnais. C’est un fonctionnement vertueux, mais aussi exigeant, car nous devons concilier plusieurs impératifs garantir nos engagements, respecter une réglementation stricte et répondre aux besoins sociaux du territoire. La décision récente de notre conseil d’administration paritaire de ne pas augmenter les tarifs santé collectifs standards illustre cette philosophie. Autour de la table, représentants des employeurs et des salariés ont fait le choix de préserver à la fois le pouvoir d’achat et la compétitivité des entreprises.
Le Mémento Quel rôle le Groupe CRC peut-il jouer dans la compétitivité des entreprises réunionnaises. Avez-vous observé une évolution des attentes des dirigeants ?
T. B. : Les entreprises font aujourd’hui face à des enjeux humains toujours plus complexes, sans disposer systématiquement des ressources internes pour y répondre. Notre mission est précisément de leur apporter une véritable ingénierie sociale du conseil, de l’accompagnement et des solutions sur mesure en matière de santé, de prévoyance ou encore de qualité de vie au travail.
La protection sociale ne doit pas être perçue comme une charge supplémentaire, mais comme un véritable levier de performance. Un salarié bien couvert, rassuré face aux aléas de la vie, est naturellement plus engagé, plus serein et donc plus efficace. Nous observons d’ailleurs une évolution nette du regard des dirigeants de plus en plus intègrent pleinement les enjeux sociaux et sociétaux dans leur stratégie. Ils savent que l’attractivité, la fidélisation des talents ou la prévention des risques passent par un accompagnement global de leurs collaborateurs.
À La Réunion, cette prise de conscience est particulièrement marquée en raison des fragilités sociales du territoire. Les entreprises s’engagent, chacune à leur manière certaines agissent sur la santé, d’autres sur la culture, l’inclusion ou le soutien aux publics vulnérables. Toutes contribuent à réduire les inégalités et à renforcer la cohésion territoriale. Notre rôle est d’encadrer, structurer et amplifier ces démarches pour qu’elles bénéficient à la fois aux salariés et à la performance durable des organisations.
Cette approche globale est désormais reconnue l’obtention récente du label Engagé RSE, niveau confirmé de l’AFNOR valorise le travail de nos équipes et confirme la pertinence de notre modèle.
Le Mémento Le vieillissement démographique est un enjeu majeur. Comment l’intégrez-vous dans votre stratégie ?
T. B. : Le Groupe CRC a défini quatre priorités sociétales majeures. La première concerne le “bien vieillir”, avec un fort accent mis sur la prévention afin de retarder l’apparition de la dépendance. La deuxième porte sur les aidants, très nombreux à La Réunion près de 100 000 et pourtant souvent invisibles. Leur accompagnement, notamment sur le plan psychologique, est indispensable.
Nous agissons également en faveur du handicap, notamment à travers des partenariats avec le sport adapté, ainsi que dans la lutte contre le cancer, en soutenant à la fois la prévention et l’inclusion professionnelle des personnes malades. Au-delà des prestations financières, notre mission consiste aussi à identifier les vulnérabilités sociales et à orienter les assurés vers les dispositifs d’aide adaptés. La protection sociale ne se limite plus au versement de pensions elle s’inscrit désormais dans une logique globale d’accompagnement.
Le Mémento Quelles sont vos priorités de développement pour les prochaines années ?
T. B. : Sous l’impulsion de son conseil d’administration, le Groupe CRC poursuit un objectif prioritaire renforcer la couverture sociale complémentaire du territoire. Aujourd’hui encore, environ une entreprise sur deux ne propose pas de prévoyance à ses salariés, ce qui laisse entrevoir une marge de progression considérable. Nous voulons également poursuivre notre contribution à la cohésion sociale et économique locale en développant notre offre d’accompagnement auprès des entreprises.
Enfin, notre modèle doit rester économiquement solide. La rentabilité n’est pas une fin en soi, mais une condition indispensable pour pouvoir être utile et mener pleinement notre mission.
Le Mémento Vous souhaitez aussi mettre en avant le rôle du bénévolat. Pourquoi est-ce un sujet important pour vous ?
T. B. : Parce que la cohésion sociale ne peut pas reposer uniquement sur les institutions. Elle repose aussi sur le tissu associatif, particulièrement dense à La Réunion, et qui fonctionne largement grâce à l’engagement des bénévoles.
Le passage à la retraite constitue souvent une rupture. Continuer à s’investir permet de rester utile, de maintenir un lien social et de prévenir l’isolement. Depuis plusieurs années, nous organisons le “bénévolat tour” qui permet de mettre en relation des associations locales et des actifs ou retraités souhaitant s’engager. En 2026, nous mettrons également en place un programme d’appels de convivialité, au cours duquel des retraités bénévoles contacteront d’autres retraités.
L’idée est de cultiver le lien social et de détecter les situations de fragilité. Une initiative doublement vertueuse elle soutient la cohésion territoriale et offre aux retraités l’occasion de rester engagés.
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