Les députés guyanais Jean-Victor Castor et Davy Rimane ont annoncé, jeudi 4 juin, leur « rupture avec la gauche française » après le rejet en commission de la proposition de loi visant à autoriser à nouveau l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures dans les territoires ultramarins.
Porté par le sénateur guyanais Georges Patient, membre de la majorité présidentielle, le texte avait été adopté en janvier par le Sénat et doit être examiné le 11 juin à l’Assemblée nationale. Son objectif est de lever l’interdiction de recherche et d’exploitation des hydrocarbures dans les outre-mer. Toutefois, mercredi 3 juin, la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale a rejeté la proposition de loi en supprimant son unique article à la suite de plusieurs amendements déposés par les groupes La France insoumise et Écologiste.
Dans un communiqué commun, Jean-Victor Castor, rapporteur de la proposition de loi, et Davy Rimane, président de la délégation aux outre-mer de l’Assemblée nationale, ont vivement réagi à cette décision. « Le cœur de la gauche est populaire, soutenir les plus précaires est son leitmotiv. Par conséquent, les votes à 28 contre 18 pour les amendements de suppression de l’article premier sont un choc », écrivent les deux élus.
Ils poursuivent en estimant que « ce choc des mentalités, ce choc d’une bien-pensance de gauche rejointe par les macronistes acte clairement notre rupture avec la gauche ». Selon eux, « les masques qui ne tenaient déjà pas très bien face aux problématiques ultramarines tombent pour de bon ».
Les deux députés justifient leur soutien au texte par la situation économique et sociale de la Guyane. Ils dénoncent une « précarité extrême » et un territoire maintenu « dans une situation de dépendance, de sous-développement et d’abandon organisé ». Tout en affirmant ne pas être climatosceptiques, ils considèrent que « ce débat ne peut pas être confisqué par une lecture dogmatique et hors sol ». « Nous parlons de souveraineté, de développement, de dignité et de capacité pour la Guyane de sortir de la situation dans laquelle elle est maintenue », écrivent-ils.
Les députés favorables à la suppression du texte avancent pour leur part des arguments environnementaux. Selon eux, la proposition de loi « présente des risques environnementaux majeurs, marquerait une régression importante dans les politiques françaises d’atténuation du changement climatique et ne représente pas une réponse, ni de court terme, ni de long terme, aux problèmes rencontrés dans les outre-mer ».
Le débat intervient dans un contexte régional marqué par le développement rapide de l’industrie pétrolière chez plusieurs voisins de la Guyane. Le Brésil, le Suriname et le Guyana connaissent depuis plusieurs années un essor de leur production grâce à l’exploitation de plusieurs champs offshore. Une partie des Guyanais estime ainsi être privée d’opportunités économiques comparables.
Les organisations écologistes contestent toutefois cet argument. Elles soulignent qu’au-delà des conséquences environnementales potentielles, aucun gisement exploitable n’a à ce jour été identifié au large de la Guyane. Le permis d’exploration détenu par Total, devenu TotalEnergies en 2021, avait expiré le 1er juin 2019 sans résultat jugé probant.
memento.fr

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