Mayotte, des milliers d'enfants privés d'école faute de places

Djaouda, 12 ans, a récemment appris à lire grâce au soutien d’une association. Comme elle, plusieurs milliers d’enfants ne sont pas scolarisés à Mayotte, entre manque de places dans les écoles et difficultés administratives pour les migrants.

Dans une petite pièce transformée en salle de classe à Koungou, la deuxième ville de l’archipel de l’océan Indien avec plus de 30.000 habitants, Djaouda profite de sa pause déjeuner après une matinée d’apprentissage.

“Depuis que je suis ici, je sais lire. C’est beaucoup de choses que je ne savais pas avant”, raconte timidement la jeune fille, suivie depuis un an par Le Village d’Eva.

Dans ses quatre centres accueillant environ 80 enfants chacun, l’association dispense des cours aux jeunes en attente de scolarisation et accompagne les familles dans leurs démarches.

“L’objectif, c’est de pallier ce manque, d’avoir un espace qui ressemble à une école”, explique Soizic Truong, coordinatrice pédagogique à Koungou.

Selon une étude menée en 2022 et 2023 par Gilles Séraphin, professeur à l’université Paris-Nanterre, entre 5.300 et 9.500 enfants ne sont pas scolarisés à Mayotte, faute de places dans les écoles du département au plus haut taux de natalité de France.

L’académie locale comptait l’an dernier 221 écoles, 22 collèges et 11 lycées pour 117.000 élèves. Avec les établissements détruits par le cyclone Chido en décembre, l’universitaire craint une hausse de la non-scolarisation.

Un “tri au guichet”

Les lieux d’accueil de jour se multiplient dans le 101e département français. L’association Mlezi Maore possède trois centres qui reçoivent chacun une vingtaine de jeunes, comme dans le village de Tsoundzou 1, à Mamoudzou.

Dans le local décoré de dessins et de fiches de vocabulaire, les aspirants élèves sont installés face à leur professeur, qui leur apprend à lire l’heure.

“On travaille sur le programme de l’Éducation nationale pour ne pas trop les éloigner” de celui qu’ils suivront une fois scolarisés, précise Onroufiati Bacar, cheffe de service.

En 2024, Mlezi Maore a accompagné 24 enfants vers l’école publique. Au Village d’Eva, 395 des 601 enfants suivis ont été scolarisés l’an dernier, parfois après un ou deux ans d’attente.

L’inscription au collège, gérée directement par le rectorat et le Casnav (Centre académique pour la scolarisation des enfants allophones nouvellement arrivés), est relativement efficace.

Le processus est plus complexe pour l’école élémentaire selon les communes concernées. Si le nombre de places disponibles joue, certaines municipalités opèrent un “tri au guichet basé sur les origines de la personne”, avance Alison Morano, docteure en anthropologie.

Autrice d’un mémoire sur la non-scolarisation à Mayotte, elle précise que plusieurs d’entre elles demandent des justificatifs – attestation d’hébergement, titre de séjour ou extrait d’acte de naissance – difficiles à fournir pour de nombreuses familles.

Les Français priorisés ?

“Nous n’avons pas la même culture administrative, ce qui explique comment certains arrivent sans documents”, relève Jim Sermeth, doctorant en sciences de l’éducation, à propos notamment des ressortissants des pays africains de la région des Grands Lacs.

Dans un rapport publié en octobre 2024, la Chambre régionale des comptes pointe que la caisse des écoles de Tsingoni utilise des “dispositions (qui) pourraient avoir pour but de limiter l’inscription à l’école aux seuls ressortissants français” en exigeant “bien davantage de pièces que ce que prescrit la réglementation”.

Le maire de Tsingoni Issilamou Hamada affirme que ces documents étaient demandés pour prioriser les enfants de la commune, français ou non, après avoir trouvé de fausses attestations d’hébergement.

Pour la rentrée prochaine, il dit avoir “inscrit tout le monde”, mais ne peut garantir leur affectation en raison du manque de places.

Début avril, lors du lancement d’un observatoire sur la non-scolarisation post-Chido, le recteur Jacques Mikulovic a reconnu que certaines familles renonçaient aux démarches en raison des justificatifs requis.

Il a indiqué qu’un courrier avait été adressé à chaque mairie et rappelé “l’obligation de scolariser tous les enfants de 3 à 16 ans, quels qu’ils soient”.


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