
Le retour de l’épandage aérien par drone dans certaines exploitations agricoles provoque de nouvelles tensions aux Antilles, où le traumatisme environnemental et sanitaire lié au chlordécone reste très présent. Dans une dépêche publiée par l’AFP, plusieurs associations environnementales alertent sur les conséquences possibles de cette pratique tandis que les producteurs de bananes y voient, sous certaines conditions, un nouvel outil pour réduire l’utilisation des produits phytosanitaires.
Mi-septembre, cinq associations environnementales, l’Asfa, Amazona, Aeva, Vivre et Toti-Jon, ont déposé des recours devant le Conseil d’État contre un décret et deux arrêtés autorisant l’épandage par drone dans les bananeraies ou sur des parcelles dont la pente dépasse 20 %.
Ces dispositions découlent de la loi du 23 avril 2025. Pour l’heure, seuls les produits de biocontrôle, biologiques ou considérés « à faible risque » peuvent être utilisés.
Une restriction qui ne suffit pas à rassurer les opposants. Béatrice Ibéné, présidente de l’Asfa, redoute notamment les effets combinés avec les pesticides qui persistent dans les sols, à commencer par le chlordécone. Les associations rappellent également que l’épandage aérien avait été interdit en France en 2014.
La prudence domine pour l’instant en Guadeloupe. Selon la Direction de l’agriculture, aucune demande d’autorisation n’avait encore été déposée. Les professionnels souhaitent notamment attendre l’issue des recours et mesurer la rentabilité d’un équipement supplémentaire venant compléter les tracteurs déjà utilisés.
La situation est différente en Martinique, où certains producteurs voient dans les drones une solution pour lutter contre la cercosporiose noire, maladie qui touche les feuilles des bananiers. Jean-Claude Marraud des Grottes, président du groupement Banamart, espère pouvoir commencer des essais avec des produits dès le 1er janvier 2027, après des expérimentations réalisées uniquement avec de l’eau.
Le groupement envisage le déploiement d’une cinquantaine de drones et estime que cette technologie pourrait permettre d’utiliser 30 à 35 % de produits en moins grâce à une pulvérisation plus précise. Une difficulté réglementaire concernant les buses utilisées pour disperser les produits reste cependant à résoudre.
Les producteurs souhaitent également que les drones puissent, à terme, être utilisés pour certains traitements chimiques conventionnels. C’est précisément cette perspective qui cristallise l’opposition des associations environnementales.
La réglementation prévoit plusieurs limitations. Les drones ne peuvent voler à plus de trois mètres de hauteur, leur vitesse est limitée à 18 km/h et leur masse au décollage à 200 kilos. Les traitements sont également interdits à moins de 20 mètres des habitations.
Le débat dépasse largement la seule question technique. Aux Antilles, le retour d’une forme d’épandage aérien intervient dans un territoire durablement marqué par la pollution au chlordécone et nourrit donc une méfiance particulière.
L’enjeu économique est également important. Les bananeraies représentent environ 6 000 hectares, dont 1 700 en Guadeloupe et 4 300 en Martinique, pour un chiffre d’affaires annuel estimé à 160 millions d’euros.
Entre la volonté de réduire les quantités de produits utilisées, les besoins de la filière banane et les inquiétudes environnementales, l’arrivée des drones dans les plantations antillaises ouvre ainsi un nouveau débat sur les pratiques agricoles et leurs conséquences sanitaires.
Mémento


0 COMMENTAIRE(S)