À Mayotte, les Congolais de plus en plus nombreux à demander l'asile

Aza Mukeshimana l’assure : elle ne retournera "jamais" en République démocratique du Congo (RDC), son pays d’origine. Comme elle, de plus en plus de Congolais affluent vers Mayotte, où ils vivent souvent dans des conditions précaires.

Arrivée en Petite-Terre en décembre 2024 au prix d’une périlleuse traversée de plusieurs jours en mer, Aza Mukeshimana, 34 ans, n’aurait jamais imaginé débarquer un jour à Mayotte. "Je ne savais pas que Mayotte existait", concède la jeune femme qui a fui la province orientale du Nord-Kivu dans l’est de la RDC pour rejoindre le petit archipel français de l’océan Indien sur les conseils de la personne qui l’hébergeait en Tanzanie, première étape de son périple.

En 2021, 80% des demandes d’asile effectuées à Mayotte provenaient de ressortissants comoriens. Ils sont désormais minoritaires face au nombre croissant de Congolais débarquant sur l’archipel : 52% des 2.463 primo-demandeurs résidents étaient originaires de la RDC en 2024, contre seulement 25% des Comores, selon l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

En 2025, "environ 800 demandes d’asile ont été déposées par des personnes originaires de la région des Grands Lacs (RDC, Burundi, Rwanda), soit un peu plus de la moitié des demandes d’asile déposées sur l’île", précise l’Ofpra, indiquant qu’il était encore trop tôt pour analyser cette nouvelle route migratoire. L’est de la RDC est ravagé par trente années de conflits, avec une intensification des violences depuis la résurgence du groupe armé M23 soutenu par Kigali fin 2021.

- Camps de fortune -

Aujourd’hui installée avec son fils de 11 ans à Sada, au centre de l’archipel, Aza Mukeshimana attend que sa demande d’asile soit traitée. En général, il faut compter plusieurs mois avant que l’Ofpra valide ou non la demande. Pour rien au monde cette infirmière de la communauté tutsi retournerait dans son pays, où elle a subi des menaces de mort. "Quand je pense au Congo, je vois du sang", affirme-t-elle.

Si la mère de famille a pu bénéficier de l’aide d’associations locales pour se loger, le manque de places d’hébergement contraint la plupart des demandeurs d’asile à se regrouper dans des camps de fortune. À Tsoundzou 2, dans la commune de Mamoudzou, environ 800 personnes s’entassent dans des tentes improvisées faites de bambous et de bâches. "On ne mange qu’une fois par jour (...) et on a cinq toilettes pour tout le monde", déplore Kennedy Kighana, 28 ans. Arrivé à Mayotte en septembre 2025, cet ancien agent humanitaire a lui aussi fui le Nord-Kivu, espérant trouver la protection en France.

De nouvelles personnes arrivent quotidiennement, si bien que les constructions débordent dans la mangrove et sur le bord de la route. "L’endroit est très sale, les maisons sont collées, la nuit il n’y a pas de lumière", énumère Valentine Uwamariya, une Rwandaise qui vient de s’y installer. Ce jour-là, Alain Tshipanga, président de l’Association communauté congolaise de Mayotte, est venu préparer une opération de nettoyage et donner des conseils. Ancien résident d’un camp, ce Congolais dit vouloir à son tour aider : "nous menons des actions (...) pour intégrer les migrants en leur montrant comment on vit en France", défend-il.

- Démarches retardées -

Leur intégration reste cependant difficile à faire accepter aux habitants. Dans un département où l’immigration comorienne est critiquée, ces nouvelles populations sont peu acceptées. "Il faudrait les renvoyer chez eux (...), même nous qui sommes Français, on se bat pour avoir nos droits et on ne les a toujours pas", dénonce Safina Soula, présidente du Collectif des citoyens de Mayotte 2018 qui a bloqué plusieurs fois par le passé le service immigration de la préfecture.

Des actions qui ont retardé le traitement des dossiers. Ainsi, Kennedy Kighana attend depuis cinq mois un rendez-vous pour enregistrer sa demande d’asile à la préfecture, première étape avant de soumettre son dossier à l’Ofpra. De son côté, un an après son arrivée sur l’archipel, Aza Mukeshimana vient tout juste d’enregistrer la sienne. Une situation qui prolonge l’attente dans la précarité. "Il y a néanmoins une solidarité souterraine des Mahorais, mais qui reste discrète car mal vue", nuance Daniel Gros, référent de la Ligue des droits de l’homme à Mayotte.


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