Jean-Luc Mélenchon a tenu le 7 juin son premier meeting de campagne présidentielle à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, devant une foule de 26.000 personnes selon les organisateurs. À cette occasion, le leader de La France insoumise a affirmé sa volonté de s’imposer comme le candidat incontournable de la gauche face au Rassemblement national et a estimé que le débat autour d’une primaire unitaire devait désormais être clos.
"Vous ne pourrez pas dire, si malheur arrive, +je ne savais pas+", a lancé le candidat insoumis. S’adressant aux autres formations de gauche, il a insisté sur l’importance du premier tour. "Chaque voix compte dès le premier tour (...) Le deuxième tour, ceux qui n'ont aucune chance d'y accéder devraient se garder de nous empêcher d'essayer de le gagner", a-t-il déclaré.
Avant le meeting, Manuel Bompard, coordinateur national de La France insoumise et proche de Jean-Luc Mélenchon, a adressé un message aux Écologistes et au Parti communiste. "La discussion est ouverte, vous pouvez avoir votre place dans cette campagne", a-t-il affirmé. Il a également appelé les électeurs de gauche encore hésitants à rejoindre la campagne insoumise : "Venez prendre votre part dans la bataille."
Le rassemblement s’est tenu place Victor Hugo, à Saint-Denis, entre l’hôtel de ville dirigé par l’Insoumis Bally Bagayoko depuis les dernières élections municipales et la basilique de Saint-Denis, nécropole des rois de France. Dans cette commune de la banlieue parisienne, La France insoumise entendait réaliser une démonstration de force et confirmer la dynamique observée depuis le lancement de la campagne de Jean-Luc Mélenchon le mois précédent.
Le candidat s’appuie notamment sur plusieurs enquêtes d’opinion qui le placent parfois aux portes du second tour de l’élection présidentielle, même si ces mêmes sondages lui prédisent une défaite face à Jordan Bardella ou Marine Le Pen.
Dans ce contexte, Jean-Luc Mélenchon a accentué la distinction entre son mouvement et le reste de la gauche, toujours confronté aux discussions autour d’une éventuelle primaire commune. Ce projet peine à se concrétiser en raison notamment du refus d’une partie du Parti socialiste et de Raphaël Glucksmann d’y participer.
Estimant qu’une victoire du Rassemblement national en 2027 est aujourd’hui envisageable, le dirigeant insoumis s’est présenté comme la principale alternative à l’extrême droite. Il a accusé le RN de promouvoir un "suprémacisme" visant à diviser les peuples "en ethnie et en religion".
Le chef de file de La France insoumise n’a pas évoqué les candidatures des macronistes Gabriel Attal et Édouard Philippe. Il a toutefois affirmé que "le macronisme restera la régression sociale et la misère pour le plus grand nombre".
Aux côtés de Bally Bagayoko et de nombreux élus insoumis, Jean-Luc Mélenchon a développé plusieurs axes de son programme. Il a notamment mis en avant sa vision d’une "Nouvelle France", qu’il décrit comme plus urbaine, plus connectée et plus métissée. Il s’est félicité de voir un maire d’origine malienne prendre la parole devant la nécropole des rois de France.
"On a vu s'enflammer les obsédés de la race, qui, projetant sur nous leurs névroses communautaristes, se sont emportés à nous montrer du doigt", a-t-il déclaré. Poursuivant son intervention, il a ajouté : "Nous ne renierons pas, mesdames et messieurs les fachos, les sacrifices et l'amour de nos grands-parents qui nous permettent d'être ici dans ce pays qu'ils ont tant contribué à bâtir."
En conclusion de cette séquence consacrée à l’identité et à l’immigration, Jean-Luc Mélenchon a lancé à la foule : "On est chez nous !" Une formule habituellement associée aux discours de l’extrême droite et des mouvements nationalistes, mais utilisée ici dans un autre contexte.
Le candidat a également consacré une partie importante de son discours à la planification écologique. Il a notamment proposé une réorganisation territoriale fondée sur les bassins versants. "Les régions seront entièrement restructurées autour des grands bassins versants des fleuves. Elles seront dédiées à la bifurcation écologique", a-t-il déclaré.
Sur les questions institutionnelles, Jean-Luc Mélenchon a réaffirmé son soutien à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie. "La Nouvelle-Calédonie ira vers l'indépendance" s’il est élu président de la République, a-t-il assuré. Il a également promis à la Corse une "autonomie étendue" au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Le candidat s’est aussi adressé aux territoires ultramarins. "Aucun tabou à ce sujet de l'autonomie. La perspective sera le droit complet à l'autonomie quand et seulement quand les populations concernées la souhaitent, et au rythme qu'ils auront choisi", a-t-il déclaré à l’attention des "camarades de la Réunion et des Antilles".
Avant son intervention, Jean-Luc Mélenchon avait reçu le soutien public des écrivains Annie Ernaux et Éric Vuillard. La prix Nobel de littérature 2022 a notamment pris la parole devant les participants. "Le programme de Jean-Luc Mélenchon, c'est un programme de vie fondé sur la justice, la dignité, l'éducation, la culture", a déclaré Annie Ernaux.
Après ce premier meeting de campagne à Saint-Denis, plusieurs autres responsables politiques réuniront leurs partisans dans les semaines à venir. Raphaël Glucksmann doit tenir un rassemblement le 13 juin, Bruno Retailleau le 20 juin et Édouard Philippe le 5 juillet.

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