La Polynésie française va renforcer la protection de la plus grande aire marine protégée (AMP) du monde en portant à 1,6 million de kilomètres carrés la superficie de ses zones bénéficiant du plus haut niveau de protection. L’annonce a été faite par le président du territoire, Moetai Brotherson, à l’occasion d’un entretien accordé le 8 juin 2026.
« C'est notre mission en tant qu'Océanien. Et on espère aussi que ça puisse inspirer d'autres pays, notamment les plus grands, dans leur manière de gérer leur relation à l'océan », déclare Moetai Brotherson.
Depuis 2025, l’ensemble de la zone économique exclusive (ZEE) de la Polynésie française, soit environ 4,8 millions de kilomètres carrés, est classé en aire marine protégée. Jusqu’à présent, 1,1 million de kilomètres carrés relevaient des catégories de protection les plus élevées, correspondant à des zones dites « no-take », où seules certaines activités de tourisme durable et de pêche traditionnelle peuvent être autorisées.
Parmi ces espaces, 900 000 kilomètres carrés sont soumis au régime de protection le plus strict. Ils comprennent un parc marin de 680 000 kilomètres carrés situé aux Gambier qui, associé à la réserve voisine de Pitcairn, constitue le plus vaste espace transfrontalier strictement protégé au monde, ainsi qu’une réserve de 220 000 kilomètres carrés située à proximité des îles de la Société. Les 200 000 kilomètres carrés restants correspondent à des zones côtières ouvertes à une pêche responsable pratiquée par de petits navires.
La Polynésie prévoit désormais la création de deux nouvelles aires marines protégées. La première sera située au nord-est des Marquises et la seconde au sud des Australes. Ensemble, elles viendront augmenter d’environ 500 000 kilomètres carrés la superficie des AMP de catégories 1 et 2.
« On va ajouter deux nouvelles AMP, l'une au nord-est des Marquises et la deuxième au sud des Australes, qui va venir augmenter au total d'un demi-million de kilomètres carrés l'ensemble des AMP », explique Moetai Brotherson.
L’officialisation de cette décision doit intervenir dimanche en Polynésie, soit lundi à Paris, dans le cadre de la Journée mondiale de l’océan. Cette extension concrétise l’engagement pris par la collectivité lors de la Conférence des Nations unies sur l’océan (Unoc), organisée à Nice en juin 2025, au cours de laquelle avait été créée l’aire marine protégée polynésienne baptisée Tainui Atea.
L’interdiction de la pêche commerciale dans les zones les plus protégées a suscité des inquiétudes parmi les armateurs et les pêcheurs polynésiens. Le président du territoire estime toutefois que les résultats observés depuis la création des premières AMP démontrent la compatibilité entre protection de l’environnement et activité économique.
« Sur une année, ça représente, pour l'ensemble de nos 86 navires, l'équivalent d'une campagne de pêche d'un senneur », affirme-t-il, soulignant que les volumes de pêche ont progressé tout en restant, selon lui, « raisonnables et durables ».
Moetai Brotherson a également exprimé son insatisfaction concernant l’implication financière de l’État dans la surveillance de ces espaces marins. Selon lui, les financements mobilisés depuis l’Unoc proviennent essentiellement de la Polynésie française et des organisations non gouvernementales, qui ont réuni 15 millions de dollars.
« Depuis l'Unoc, les seuls qui mettent de l'argent dans le contrôle des AMP, c'est soit la Polynésie elle-même, soit les ONG », indique-t-il.
Le président polynésien juge également insuffisants les moyens de surveillance actuellement déployés par la France, qui assure la protection de cette immense zone maritime avec un patrouilleur multimissions et prévoit prochainement la mise en service d’un second bâtiment.
« On demande à l'État, au moins, de participer à la réflexion et de définir avec nous les moyens supplémentaires qu'il faut mettre en oeuvre », déclare-t-il.
Les relations avec l’État sont également marquées par d’autres sujets de désaccord. Ces derniers mois, la Marine nationale a concentré une partie de ses moyens sur la lutte contre le narcotrafic et procédé à trois saisies de plusieurs tonnes de stupéfiants. Les drogues interceptées ont été rejetées à la mer en dehors de la ZEE polynésienne, selon les autorités militaires, une pratique qui a suscité des critiques au sein de la population locale.
Moetai Brotherson relativise les conséquences environnementales de ces immersions au regard de l’immensité de l’océan Pacifique, tout en estimant que d’autres méthodes de destruction seraient préférables.
« Sur le principe, on peut préférer que cette drogue soit détruite autrement que par une “océanisation” », souligne-t-il.
L’Assemblée de la Polynésie française doit examiner dans les prochaines semaines un texte visant à interdire ces immersions de stupéfiants.
Un autre différend porte sur les dispositifs de concentration de poissons (DCP) dérivants. Ces équipements, utilisés par certains navires étrangers, se présentent sous la forme de radeaux flottants équipés de systèmes de géolocalisation. Déployés en dehors des eaux polynésiennes, ils attirent les poissons qui sont ensuite capturés lorsqu’ils quittent la zone économique exclusive.
Si la France interdit leur utilisation, elle n’interdit pas leur présence à bord des navires, une position que conteste le gouvernement polynésien.
« Un point de désaccord avec l'État », résume Moetai Brotherson.
Enfin, la Polynésie française maintient son opposition à l’exploitation minière sous-marine sur l’ensemble de son territoire maritime. Sur ce dossier, le gouvernement polynésien partage la même position que la France ainsi que plusieurs États du Pacifique, notamment Palau, Fidji, le Vanuatu et les Samoa.
D’autres pays insulaires voisins, comme Nauru, Tonga ou encore les îles Cook, envisagent en revanche de développer cette activité afin d’en tirer des revenus économiques.
memento.fr

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