L’économie réunionnaise a enregistré un début d’année 2026 favorable, avant que les tensions internationales ne viennent assombrir les perspectives. Dans sa publication consacrée aux tendances conjoncturelles du premier trimestre 2026, publiée le 4 juin, l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM) indique que l’indicateur du climat des affaires (ICA) a progressé de 1,6 point pour atteindre 103,8, un niveau traduisant une orientation globalement favorable de l’activité économique.
Les entreprises interrogées par l’IEDOM ont fait état d’une hausse de leur volume d’activité ainsi que de leurs effectifs au cours du trimestre. Les intentions d’investissement demeuraient également bien orientées, même si elles commençaient déjà à être affectées par les inquiétudes liées au conflit au Moyen-Orient et à ses conséquences potentielles sur les prix.
L’inflation est restée particulièrement contenue à La Réunion au mois de mars, avec une évolution nulle des prix à la consommation sur un an, contre une hausse de 1,7 % au niveau national. Selon l’IEDOM, cet écart s’explique principalement par la régulation des prix des carburants sur l’île, qui a retardé les effets inflationnistes observés ailleurs. L’accélération de l’inflation ne s’est matérialisée qu’en avril, avec une hausse annuelle de 1,2 %.
Le marché du travail a poursuivi son amélioration dans la continuité de la fin d’année 2025. Les chefs d’entreprise interrogés ont signalé une progression de leurs effectifs. Dans le même temps, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A a reculé de 5,9 % sur le trimestre en données corrigées des variations saisonnières et des jours ouvrables, pour atteindre 110 520 personnes. L’IEDOM souligne toutefois que cette dynamique pourrait s’essouffler au regard des perspectives de recrutement. Selon l’enquête Besoins en main-d’œuvre (BMO) de France Travail, les projets de recrutement ont diminué de 3 %, soit 1 100 projets en moins.
Du côté des ménages, la consommation est restée marquée par une forme d’attentisme. L’activité a progressé dans le commerce mais est demeurée atone dans les services. Les importations de biens durables ont néanmoins augmenté de 1,4 % sur le trimestre. En parallèle, les difficultés financières persistent pour une partie de la population. Le nombre de dossiers de surendettement déposés auprès de l’IEDOM a ainsi progressé de 28,9 % sur un an.
Sur le plan sectoriel, le bâtiment et les travaux publics, l’industrie et l’agriculture ont affiché une activité dynamique. À l’inverse, le commerce et les services sont restés davantage en retrait. Quel que soit le secteur, le contexte international apparaît comme une préoccupation majeure en raison des risques de hausse des charges et de dégradation des trésoreries des entreprises.
Les perspectives pour le deuxième trimestre 2026 sont jugées plus incertaines. L’IEDOM estime que la poursuite du conflit au Moyen-Orient pèse davantage sur l’économie locale et alimente une remontée des anticipations d’inflation. Cette situation affecte à la fois le moral des ménages et celui des entreprises, ces dernières ayant tendance à reporter certains projets d’investissement dans l’attente d’une meilleure visibilité.
L’institut souligne également que la forte hausse des prix des carburants intervenue en avril 2026 constitue un facteur déterminant de ce changement de climat. Cette augmentation se traduit par un recul de la consommation des ménages, notamment pour les dépenses discrétionnaires, dans un contexte où le pouvoir d’achat demeure sous pression.
À cela s’ajoutent les craintes liées à l’augmentation attendue des coûts des intrants. L’IEDOM considère que cette évolution pourrait raviver les tensions inflationnistes et peser simultanément sur les marges des entreprises et sur le pouvoir d’achat des ménages. Dans ce contexte, les perspectives économiques apparaissent plus fragiles, avec un risque de ralentissement de l’activité au cours des prochains mois.
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