Cinquante ans après l’éruption du 8 juillet 1976, qui avait entraîné l’évacuation de dizaines de milliers d’habitants, la Soufrière de Guadeloupe fait toujours l’objet d’une surveillance étroite. Le volcan, qui culmine à 1 467 mètres, montre des signes de réveil suivis par l’Observatoire volcanologique et sismologique de Guadeloupe (OVSG), installé à Gourbeyre, dans le sud de l’île.
Depuis quelques années, l’observatoire est en état de « vigilance renforcée ». Selon son bulletin de mai, la zone active du sommet est devenue, depuis mai 2021, « plus dangereuse qu’auparavant », en raison des gaz toxiques, des projections de vapeur et de matière à haute température, ainsi que des effondrements de sol. "La micro-sismicité est moins forte en ce moment", nuançait toutefois en novembre Carole Berthod, directrice de l’OVSG, à l’occasion d’un exercice d’évacuation. Selon elle, le canal par lequel remonte la vapeur d’eau serait aujourd’hui bien ouvert, ce qui limite les fractures internes du volcan à l’origine de séismes.
La question centrale des évacuations
L’OVSG est l’un des trois observatoires volcanologiques français, avec celui chargé de la montagne Pelée en Martinique et celui chargé du Piton de la Fournaise à La Réunion. Dans ces territoires insulaires où les populations vivent souvent au pied des volcans, la protection des habitants constitue un enjeu central. En cas d’éruption, la question des évacuations serait l’une des premières à se poser. En novembre, un exercice grandeur nature a simulé l’évacuation d’une partie de Saint-Claude, commune située sur les flancs de la Soufrière, vers des centres d’accueil du nord de l’île.
En 1976, ce sujet avait divisé les scientifiques. Claude Allègre, alors directeur de l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP), anticipait une éruption d’ampleur, tandis que le volcanologue Haroun Tazieff défendait la position inverse. Quelque 73 000 personnes, selon l’IPGP, avaient finalement été évacuées de l’île de Basse-Terre à la mi-août. Cette évacuation a durablement marqué le territoire. Basse-Terre, chef-lieu de la Guadeloupe, ne s’en est jamais vraiment remise, l’éruption ayant accéléré son déclin au profit de Pointe-à-Pitre, capitale économique de l’archipel.
Des outils de surveillance renforcés
"L’autre enjeu, c’est aussi celui de la gestion post-éruption", rappelle Jean-Christophe Komorowski, directeur de l’OVSG de 1997 à 2003. La crise de 1976 a conduit les scientifiques à développer des méthodes permettant de croiser les avis d’experts et de « quantifier l’incertitude » lorsque les données disponibles sont insuffisantes. Malgré les technologies actuelles, une éruption volcanique reste difficile à prévoir. "Aujourd’hui, une soixantaine de stations sont déployées sur le dôme de la Soufrière", détaille Sébastien Deroussi, directeur adjoint de l’OVSG.
Ces stations permettent de relever des données sismiques et GPS afin de suivre les mouvements du sous-sol ou le gonflement du dôme, qui peut signaler un changement de pression. Les chercheurs considèrent désormais la Soufrière comme un volcan comparable à la montagne Pelée, en Martinique, et au volcan de Montserrat, capable de produire des éruptions phréatiques mais aussi magmatiques.
Une « échographie » du volcan
En un demi-siècle, la connaissance du passé éruptif de la Soufrière et la multiplication d’instruments plus précis ont modifié l’approche scientifique du volcan. Depuis fin 2024, les chercheurs disposent de l’imagerie matricielle, "une sorte d’échographie", explique Arnaud Burtin, physicien à l’IPGP et concepteur du système. Les ondes émises par le volcan ont permis de représenter son sous-sol en image jusqu’à 10 kilomètres de profondeur et environ 6 kilomètres de large.
"Est donc apparu un conduit hélicoïdal sur les cinq premiers kilomètres de profondeur, qui se connecte à des réservoirs de magma plus en profondeur, un peu comme une éponge alvéolée", détaille-t-il. Cette technique doit permettre de mieux comprendre le fonctionnement du volcan. Les scientifiques de l’arc antillais espèrent aussi qu’elle pourra aider à mieux anticiper les éruptions, en révélant d’éventuels changements du régime magmatique ou gazeux.
Un arc volcanique régional actif
La surveillance de la Soufrière s’inscrit dans un contexte régional marqué par l’activité de l’ensemble de la chaîne volcanique antillaise. La dernière éruption marquante reste celle de la Soufrière de Saint-Vincent, en 2021, alors que ce volcan n’avait pas connu d’éruption depuis 1979. Cette éruption n’a pas fait de morts, mais 20 000 personnes, sur une population de 100 000 habitants à Saint-Vincent, avaient dû être évacuées.
memento.fr

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