L’entreprise sociale mauricienne FoodWise, engagée depuis 2018 dans la lutte contre le gaspillage alimentaire, lance une nouvelle initiative destinée à encourager le don des surplus alimentaires à travers des mesures fiscales. Baptisé “The Pact on Food Tax Relief”, ce dispositif a été signé par 24 acteurs de la filière agroalimentaire. À travers cette démarche, FoodWise souhaite mobiliser l’État mauricien ainsi que les acteurs privés autour de la lutte contre le gaspillage alimentaire et de la sécurité alimentaire.
L’organisation entend désormais participer aux consultations budgétaires liées au budget 2026-2027 afin de défendre une évolution du cadre légal permettant d’introduire des incitations fiscales pour les entreprises effectuant des dons alimentaires. “Cette première étape marque un tournant, avec l’engagement de 24 acteurs de l’agroalimentaire ayant rejoint notre démarche en adhérant au Pact on Food Tax Relief”, indique Lotilde Charpy, General Manager de FoodWise.
L’initiative vise notamment à accompagner les entreprises, en particulier les petites et moyennes structures, afin de faciliter l’organisation du don alimentaire et de rendre cette pratique “simple et accessible, plutôt qu’une contrainte”. “Le soutien du secteur privé confirme la pertinence de cette mesure, alors que nous poursuivons activement nos échanges avec les autorités publiques et les institutions”, poursuit Lotilde Charpy.
Selon les estimations avancées par FoodWise, une évolution législative intégrant des avantages fiscaux permettrait de redistribuer jusqu’à trois millions de repas supplémentaires par an, soit l’équivalent de l’alimentation annuelle de 2 000 familles. L’organisation rappelle qu’à Maurice, plus de 146 000 tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année alors que plus de 100 000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté.
Pour Aisha Allee, présidente du board de FoodWise, cette réforme pourrait s’inspirer du modèle français. “Le changement proposé dans la loi, à l’image de ce qui a été fait en France avec l’adoption de la Loi Garot, permettrait d’augmenter de 30 % les dons alimentaires, au bénéfice des plus démunis”, affirme-t-elle. FoodWise indique avoir redistribué plus de huit millions de repas depuis sa création en 2018, tout en estimant que les besoins restent importants.
“Nous sommes fiers du chemin parcouru depuis 2018, avec plus de 8 millions de repas redistribués, mais cela reste insuffisant face à l’ampleur des besoins”, souligne Aisha Allee.
L’organisation met également en avant la mobilisation croissante des entreprises privées. “En une seule année, 130 entreprises ont permis de redistribuer pour 50 millions de roupies de denrées alimentaires à plus de 105 ONG. Imaginez l’impact qu’une incitation fiscale pourrait générer à l’échelle nationale. Car lorsque les volontés s’unissent, les résultats suivent”, ajoute-t-elle.
Le pacte réunit plusieurs engagements portant notamment sur la réduction du gaspillage alimentaire, le renforcement des capacités logistiques pour les dons ainsi qu’une campagne collective de sensibilisation. FoodWise estime qu’en adoptant une telle législation, Maurice pourrait devenir l’un des territoires pionniers de l’océan Indien et de la région africaine sur cette question.
“Nous avons la taille pour agir vite. Nous avons les acteurs pour bien agir. Nous avons les chiffres pour convaincre. Il ne manque qu'une chose : la volonté politique de franchir le pas”, conclut Lotilde Charpy.
Rebecca Espitalier-Noël, Managing Director et membre du board de FoodWise, estime également qu’une évolution législative apparaît nécessaire face à l’ampleur du phénomène. “Il y a encore beaucoup à accomplir face à l’ampleur du gaspillage alimentaire à Maurice. Cette année, avec ce nouveau pacte, l’objectif est d’insuffler une nouvelle évolution législative afin de renforcer l’impact des actions menées contre le gaspillage alimentaire et l’insécurité alimentaire”, explique-t-elle.
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