Réunis jeudi 18 juin à la CCIR, élus, organisations professionnelles, partenaires sociaux, bailleurs et acteurs du BTP ont signé une motion commune demandant au gouvernement de renoncer à la baisse annoncée de la Ligne Budgétaire Unique (LBU). Une mobilisation inédite qui traduit l'inquiétude suscitée par une enveloppe qui passerait de 78,5 à 27 millions d'euros à La Réunion.
Rarement autant d'acteurs auront parlé d'une même voix. Jeudi 18 juin, à l'initiative de la CAPEB et avec l'appui de la Chambre de commerce et d'industrie de La Réunion, élus, représentants des collectivités, bailleurs sociaux, organisations patronales, syndicats de salariés et professionnels du bâtiment se sont réunis pour alerter sur les conséquences d'une réduction annoncée de la Ligne Budgétaire Unique (LBU), principal outil de financement du logement social dans les Outre-mer. À l'issue de la rencontre, une motion commune a été signée afin de demander au gouvernement le maintien, voire le renforcement, de cette enveloppe budgétaire.
Une baisse jugée « brutale »
Selon les participants, la LBU destinée à La Réunion passerait de 78,5 à 27 millions d'euros, soit une diminution de 51,5 millions d'euros. Pour les acteurs du logement, cette décision menace directement la production de logements sociaux mais pas que… « La LBU sert à construire mais aussi à réhabiliter l'habitat indigne, à financer le parc privé et à accompagner les politiques urbaines », a rappelé Valérie Lenormand, présidente de l'Armos-OI, qui fédère les bailleurs sociaux de l'île.
Plus de 50 000 demandes de logement social
Les intervenants ont insisté sur le contexte local : plus de 50 000 ménages sont aujourd'hui en attente d'un logement social à La Réunion. Pour la députée Karine Lebon, la diminution des crédits intervient alors même que les besoins restent considérables.« Rogner près de la moitié des crédits revient à organiser la pénurie », a-t-elle déclaré, estimant que la mesure fragiliserait les bailleurs, ralentirait les opérations en cours et allongerait encore les délais d'attente des familles.
Même tonalité du côté des collectivités. Emmanuel Séraphin, maire de Saint-Paul et vice-président de l'Association des maires de La Réunion, rappelant que les communes travaillent depuis plusieurs années à mobiliser du foncier et à accompagner les opérations de logement social. « Le péril est là », a-t-il résumé, saluant une mobilisation qualifiée d'inédite.
Un risque majeur pour le BTP
Au-delà de l'enjeu social, les professionnels eux, alertent sur les conséquences économiques. Le représentant de la Chambre de métiers et de l'artisanat a rappelé que la filière construction représente près de 8 000 entreprises et artisans ainsi qu'environ 16 000 salariés à La Réunion.
Selon les organisations professionnelles, la baisse de la LBU pourrait entraîner une perte d'activité estimée à près de 300 millions d'euros pour l'économie réunionnaise. Les entreprises du secteur, déjà confrontées à la hausse des coûts, aux difficultés d'approvisionnement et au ralentissement de certains marchés, redoutent une nouvelle dégradation de leur situation. « Lorsque les opérations sont reportées ou annulées, ce sont les carnets de commandes qui se réduisent, les investissements qui sont différés et les emplois qui sont fragilisés », a souligné le représentant de la CMA.
« Une bombe sociale »
Pour le Département, la diminution des crédits aurait également des répercussions sur les projets d'habitat inclusif destinés aux personnes âgées, aux personnes en situation de handicap et aux publics vulnérables. Son représentant a dénoncé « une véritable amputation de la solidarité nationale » et estimé que la mesure risquait d'alimenter « une véritable bombe sociale ». Le député Philippe Naillet a lui aussi évoqué « une situation très grave », soulignant les conséquences à la fois sociales, économiques et démocratiques d'une aggravation de la crise du logement.
Une motion adressée au gouvernement
Face à ces inquiétudes, les signataires réclament trois engagements : le maintien intégral des crédits de la LBU, une visibilité pluriannuelle pour les acteurs du logement et une concertation avec les collectivités, les bailleurs, les entreprises et les partenaires sociaux. Pour la présidente de Région, Huguette Bello, « l'heure est grave ». Elle appelle à poursuivre la mobilisation afin d'obtenir une révision de la décision annoncée. La motion signée jeudi doit désormais être transmise au gouvernement. Les acteurs réunionnais espèrent être entendus avant que les arbitrages budgétaires ne deviennent définitifs.
memento.re // D.T

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