Un petit groupe originaire des Chagos, débarqué lundi sur un îlot de cet archipel britannique de l'océan Indien vidé de ses habitants il y a un demi-siècle pour faire place à une base militaire américaine, a indiqué mercredi refuser de partir malgré l'intervention d'une patrouille britannique.
Ce groupe de quatre Chagossiens, accompagnés de l'ancien député britannique conservateur Adam Holloway, a dit avoir accosté lundi sur l'île du Coin, dans l'atoll de Peros Banhos, pour protester contre la rétrocession annoncée du territoire britannique à Maurice, prévue par un accord de 2025 après des décennies de litige. "Le Royaume-Uni livre ma patrie à l'île Maurice. C'est la raison de notre présence ici", a déclaré par téléphone un membre du groupe, Misley Mandarin qui s'est autoproclamé "Premier ministre" du gouvernement chagossien en exil.
Les Chagos doivent "rester britannique", a ajouté M. Mandarin qui dit vouloir permettre à 322 natifs des îles encore vivants d'y revenir. Londres avait "détaché" les Chagos de sa colonie de Maurice un an avant d'accorder l'indépendance à cette dernière en 1968. Dès 1966, le Royaume-Uni et les Etats-Unis avaient signé un accord pour l'installation d'une base militaire sur l'archipel.
Entre 1967 et 1973, l'ensemble de la population des Chagos fut déplacée de force et empêchée de revenir. Nombre d'expulsés et leurs descendants - une communauté passée d'environ 2.000 personnes au tournant des années 1970 à 10.000 aujourd'hui, réparties entre Maurice, les Seychelles et le Royaume-Uni - espèrent pouvoir retourner sur les îles, aujourd'hui interdites d'accès et inhabitées, sauf par des militaires et personnels de la base.
"Nous n'attendons d'aucun gouvernement qu'il nous aide à nous réinstaller", a déclaré mercredi M. Mandarin dans une vidéo sur Facebook, mettant "au défi" le Premier ministre britannique Keir Starmer ou le gouvernement mauricien de le "destituer". Il a affirmé qu'une patrouille maritime britannique leur avait demandé de partir. "Ils veulent nous chasser de l'île, mais nous allons rester et n'allons pas bouger", a-t-il affirmé.
Le ministre mauricien de la Justice Gavin Glover a qualifié mardi cette opération de "coup publicitaire" à l'approche d'un prochain débat au Parlement britannique sur l'accord avec Maurice. "Tout cela est attristant, car l'Etat mauricien a pris un engagement solennel pour que les Chagossiens retrouvent leur terre natale au plus vite", a déclaré M. Glover à la presse.
Selon l'accord, très critiqué, le Royaume-Uni restitue les Chagos à Maurice mais conserve un bail de 99 ans sur l'île principale, Diego Garcia, afin de maintenir une base militaire américano-britannique dans cette région stratégique.
Donald Trump avertit Londres de ne pas "céder" une base militaire clé dans l'océan Indien
Donald Trump, changeant à nouveau de position, a averti mercredi le Royaume-Uni de ne pas "céder" une base militaire clé dans l'océan Indien, affirmant qu'elle serait vitale si les Etats-Unis attaquaient l'Iran.
Londres a rapidement réagi et défendu l'accord visant à restituer les îles Chagos à l'île Maurice et à louer le terrain pour cette base militaire sur Diego Garcia. Cet accord est "crucial pour la sécurité du Royaume-Uni et de (ses) principaux alliés", a dit un porte-parole du ministère britannique des Affaires étrangères dans un communiqué. C'est "le seul moyen de garantir l'avenir sur le long terme de cette base militaire vitale", a-t-il ajouté.
"NE CÉDEZ PAS DIEGO GARCIA!", a écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social, quelques heures après que le département d'Etat a à nouveau soutenu l'accord britannique. Le département d'Etat a fait savoir mardi qu'il allait entamer la semaine prochaine des discussions avec l'île Maurice concernant la base américano-britannique hautement stratégique de Diego Garcia.
La décision prise par Londres de restituer les îles Chagos à l'île Maurice avait d'abord provoqué la colère de Donald Trump, qui avait fini par dire début février qu'il comprenait cet "accord" tout en affirmant qu'il défendrait la présence militaire des Etats-Unis dans cette zone qu'il juge sensible.
Mais sur Truth mercredi, le président américain affirme que le Premier ministre britannique Keir Starmer "ne devrait en aucun cas perdre le contrôle de Diego Garcia en concluant un bail de 100 ans pour le moins précaire". "Ce territoire ne devrait pas être retiré au Royaume-Uni et, si cela devait être le cas, cela porterait atteinte à notre grand allié", a-t-il ajouté.
Donald Trump précise que "si l'Iran décidait de ne pas conclure d'accord, les Etats-Unis pourraient être amenés à utiliser Diego Garcia et l'aérodrome situé à Fairford, en Angleterre, afin d'éradiquer toute attaque potentielle menée par un régime hautement instable et dangereux". Le président américain a menacé à de multiples reprises Téhéran d'intervention militaire si les discussions en cours n'aboutissaient pas à un accord sur le programme nucléaire iranien.
Interrogée sur ce revirement apparent, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a répondu que "ce post doit être considéré comme la politique de l'administration Trump". "Quand vous le voyez sur Truth Social, vous savez qu'il provient directement du président Trump", a-t-elle ajouté devant les journalistes.

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