À l’approche du prochain Salon international de l’agriculture (SIA) à Paris, des représentants de la filière rhum ont pris la parole devant le président du Département, des représentants de la Chambre d’Agriculture et de la Région, ainsi que des exposants, pour alerter sur le projet de surtaxation des alcools locaux.
Tout en rappelant leur participation pour la quatrième année consécutive au SIA et leur attachement à la valorisation des produits réunionnais, les intervenants ont souligné que le rhum constitue l’une des productions emblématiques du territoire. Ils ont rappelé que le rhum réunionnais est récompensé chaque année pour sa qualité à l’international et qu’il représente le plus important pourvoyeur de médailles au Concours général agricole (CGA). La filière fait vivre des entreprises, des planteurs et des salariés, et s’inscrit dans un écosystème plus large.
Les représentants ont toutefois indiqué que cet équilibre est fragilisé par un projet de surtaxation des alcools locaux, engagé selon eux sans concertation. Ils estiment que cette mesure mettrait en danger la filière rhum ainsi que l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis les planteurs jusqu’à la production canne-sucre-rhum.
Ils ont évoqué des effets qu’ils jugent immédiats : baisse des volumes, diminution des investissements, recul du spiritourisme, pression accrue sur l’emploi et perte de compétitivité, y compris à l’export. Selon eux, la filière canne-sucre-rhum serait mise en péril dans un contexte où l’agriculture réunionnaise est déjà sous tension.
Les intervenants ont précisé être conscients des enjeux de santé publique et défendre une consommation responsable, en collaboration avec les services de l’État. Ils estiment toutefois que la question posée dépasse ce cadre et concerne l’équilibre économique de la production locale.
Un appel « solennel » a été lancé à une « union sacrée » autour de la production locale. « Nou lé pas plus nou lé pas moin ! », ont-ils déclaré, en appelant élus, collectivités et Réunionnais à soutenir planteurs et producteurs. Ils ont également demandé au Département, compétent en matière agricole, de « reconsidérer cette nouvelle taxation qui menace directement notre filière » et de « s’engager pleinement dans la protection de notre agriculture ».
Les représentants ont estimé que les rhums réunionnais ne bénéficient pas de la reconnaissance qu’ils méritent en tant que piliers de l’industrie agroalimentaire et de l’artisanat local. Ils ont comparé la situation à celle d’un vignoble bordelais où une hausse de taxe ferait passer une bouteille de vin de 12 à 20 euros, soulignant que, selon eux, les Réunionnais pourraient payer leur bouteille de rhum produit localement plus cher qu’à Paris une fois la taxation appliquée.
Ils ont également avancé qu’une hausse des prix ne supprimerait pas l’addiction ni la demande, mais pourrait la déplacer vers des produits importés ou de moindre qualité, affaiblissant ainsi la production locale.
En conclusion, les intervenants ont appelé à un dialogue « dans un esprit de responsabilité et de cohérence », estimant que le Salon de l’Agriculture doit rester un moment de valorisation des productions locales et que la défense de ces produits doit s’exprimer tant à Paris qu’à La Réunion.
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