Le Musée Léon-Dierx accueille La Porte du Retour, une exposition de Maureen Ragoucy sur les héritages afro-brésiliens

Le Musée Léon-Dierx accueille l’exposition « La Porte du Retour » de Maureen Ragoucy, photographe documentaire et vidéaste française. L’ouverture au public de l’exposition est programmée du 20 juin au 20 décembre 2026 à la Villa Mas, au Musée Léon-Dierx, à Saint-Denis. Présentée avec le soutien du Département de La Réunion, de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, du Musée de Villèle et du Musée Léon-Dierx, l’exposition s’inscrit dans le cadre des 25 ans de la loi Taubira, adoptée en 2001 et reconnaissant la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité.

À travers un dispositif photographique et sonore, « La Porte du Retour » interroge les héritages culturels, les mémoires de l’exil et les formes de transmission qui traversent les générations. Maureen Ragoucy y explore les liens invisibles entre les territoires de l’Atlantique et de l’océan Indien, à la croisée de l’histoire, des croyances et des pratiques populaires.

Une exposition née de la mémoire afro-brésilienne au Bénin

Le projet prend pour point de départ la communauté Agouda du Bénin, issue des descendants d’esclaves affranchis et de négriers revenus du Brésil vers l’Afrique de l’Ouest aux XVIIIe et XIXe siècles. Cette communauté porte une histoire complexe, marquée à la fois par la violence de l’esclavage et par l’expérience du retour. Au fil du temps, elle a conservé les traces d’un héritage afro-brésilien singulier. Celui-ci demeure visible dans l’architecture, les patronymes, les pratiques culinaires, les célébrations populaires et les formes de transmission orale qui façonnent encore aujourd’hui son identité.

La série photographique présentée dans l’exposition a été réalisée en 2015 à Porto-Novo. Elle s’attache notamment au ballet Bourian, une tradition carnavalesque emblématique de cette mémoire en mouvement. À travers des portraits de personnages costumés, Maureen Ragoucy montre des corps traversés par le rituel, le jeu, la danse et la représentation. Les photographies ne documentent pas seulement une fête. Elles donnent à voir une histoire qui continue de s’écrire dans les gestes, les chants et les apparitions des participants.

Du Bourian au Maloya, des mémoires en résonance

Le Bourian puise ses origines dans les échanges culturels entre l’Afrique et le Brésil. Comme le Bumba Meu Boi, célèbre fête populaire brésilienne, il met en scène des figures masquées et des personnages symboliques qui traversent l’espace public dans une explosion de couleurs, de musique et de récits. Derrière l’apparente légèreté du carnaval affleurent les mémoires de l’esclavage, de l’exil et de la résistance culturelle.

L’exposition trouve une résonance particulière à La Réunion. Les rythmes du Bourian, portés par les percussions et le chant collectif, évoquent ceux du Maloya. Les défilés carnavalesques rappellent également certaines pratiques populaires de l’île, notamment le Karmon. Au-delà des ressemblances formelles, ces traditions partagent une même fonction : faire vivre une mémoire collective, transmettre des récits enfouis et transformer l’histoire en expérience sensible et partagée.

Mami Wata, Ouidah et les traces de l’histoire esclavagiste

Parmi les œuvres phares de l’exposition apparaît Mami Wata, divinité des eaux présente dans de nombreuses traditions d’Afrique de l’Ouest et de la diaspora atlantique. Gardienne des mondes visibles et invisibles, elle incarne la protection, la fécondité et la puissance des forces marines.

Son image entre en résonance avec d’autres figures spirituelles présentes dans les sociétés créoles de l’océan Indien, rappelant la manière dont les croyances voyagent, se transforment et se réinventent à travers les migrations. L’exposition donne également à voir « La porte de non retour », à Ouidah, au Bénin. Située à l’emplacement de l’ancien port négrier, elle rappelle l’histoire de la traite sur l’ancienne « Côte des esclaves ».

D’autres œuvres mettent en lumière des concessions afro-brésiliennes de Porto-Novo, maisons centenaires construites par des descendants d’esclaves ou de riches commerçants, témoins de l’histoire esclavagiste et coloniale de la ville. L’exposition présente également des images liées aux familles afro-brésiliennes de Ouidah, à Monsieur Feraez à Porto-Novo et aux champs de canne au Bénin.

Une démarche d’archéologie visuelle

Née à Paris en 1984, Maureen Ragoucy est photographe documentaire et vidéaste. Diplômée de l’École Européenne Supérieure d’Art de Bretagne, elle développe une pratique artistique fondée sur la rencontre et l’immersion. Chacun de ses projets se construit à partir des personnes, des récits et des territoires qu’elle explore. Son travail croise photographie, vidéo, installation, création sonore, édition et archives. En combinant ces différents médiums, l’artiste compose des récits sensibles qui interrogent les mémoires individuelles et collectives.

À la croisée des arts visuels, de l’écriture sonore et de l’anthropologie, Maureen Ragoucy porte une attention particulière aux corps, aux gestes, aux langues et aux paysages humains. Elle conçoit l’image comme un espace de relation et d’échange, nourri par les mythologies personnelles autant que par les imaginaires collectifs. Sa démarche s’apparente à une forme d’archéologie visuelle. Elle enquête, collecte, observe, extrait, fragmente puis assemble les matériaux recueillis afin de révéler des récits souvent invisibles.

Des migrations aux mémoires de guerre, un travail au long cours

Les recherches de Maureen Ragoucy l’ont conduite de la France au Mali, où elle a exploré les enjeux de la reconstruction familiale entre un jeune homme exilé et sa famille restée au pays avec « Famille Gassama » en 2009. La même année, au Sénégal, elle a recueilli le témoignage d’une aventure migratoire vers l’Europe dans « Barça mba barzakh ? ». Elle a ensuite poursuivi son travail au Brésil autour de l’héritage culturel japonais avec « Liberdade » en 2011, puis au Cap-Vert auprès de membres de la diaspora revenus sur leur terre d’origine avec « Sôdade » en 2014.

Entre 2011 et 2019, elle a mené un vaste projet consacré à la mémoire de femmes ayant vécu la Seconde Guerre mondiale en France, en Allemagne, en Italie, en Angleterre, en Pologne, aux États-Unis, en Russie et au Japon, avec « Rappelle-toi Barbara », volets 1 et 2. Elle s’est ensuite intéressée aux trajectoires de femmes confrontées aux violences avec « La face cachée de la lune » en 2022. En 2024, elle a initié une nouvelle recherche autour du matrimoine réunionnais et des pratiques musicales, intitulée « Au-delà des voix ».

Invitée dans de nombreuses résidences de création, Maureen Ragoucy a également interrogé la diversité culturelle, sociale et linguistique des familles péruviennes avec « Ari quepay » en 2017, ainsi que les fragilités, les aspirations et les incertitudes de la jeunesse issue du bassin minier du nord de la France avec « Le Pays noir » en 2012 et « Retour sur le Pays noir » en 2022.

L’exposition « La Porte du Retour » est présentée du 20 juin au 20 décembre 2026 à la Villa Mas, Musée Léon-Dierx, 28 rue de Paris à Saint-Denis, du mardi au dimanche de 9h à 17h.

memento.re


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