L’assemblée de Mayotte a voté la création d’un établissement public industriel et commercial chargé de gérer le port de Longoni à compter du 1er septembre. Cette décision doit permettre d’assurer la continuité de l’activité portuaire après la résiliation judiciaire du contrat de l’exploitant actuel, Mayotte Channel Gateway, mais elle ne lève pas toutes les incertitudes sur l’avenir de cette infrastructure stratégique.
Le vote a été adopté par 14 voix pour, 2 contre et 3 abstentions, sur 19 élus présents. Il met fin à plusieurs semaines d’hésitations sur la forme que devait prendre la transition après la fin annoncée du contrat de Mayotte Channel Gateway, qui exploite le port depuis 2013. Seule infrastructure portuaire en eau profonde de l’archipel, le port de Longoni occupe une place centrale dans l’économie mahoraise. Il réceptionne 95 % des marchandises consommées sur l’île, dans un territoire qui importe la quasi-totalité de ce qu’il consomme et qui reste fragilisé par les conséquences du cyclone Chido de fin 2024.
Une solution transitoire en attendant l’État
L’établissement public industriel et commercial doit reprendre, dès le 1er septembre, les quelque 60 salariés de Mayotte Channel Gateway et assurer la continuité du déchargement des navires. Cette étape doit précéder une reprise par l’État sous la forme d’un grand port maritime, prévue par la loi du 11 août 2025 pour la refondation de Mayotte. "Nous ne pouvons pas donner une durée de vie de cet EPIC car nous ne connaissons pas la décision définitive de l'État sur le statut du port", indique Ben Issa Ousséni, président du Département-Région.
Le président du Département-Région a défendu la création de l’EPIC comme "la solution la plus juste et cohérente". Selon lui, "le département n'a pas les moyens de recruter aujourd'hui 60 personnes, ni la capacité technique pour assurer la gestion du port". L’établissement public reprendrait ainsi le personnel et les outils du port, le temps qu’une nouvelle délégation de service public soit lancée.
Le contrat de Mayotte Channel Gateway résilié
La cour administrative d’appel de Bordeaux a confirmé, le 2 juin, une décision rendue en juin 2025 par le tribunal administratif de Mamoudzou ordonnant la résiliation du contrat de Mayotte Channel Gateway à compter du 1er septembre. La société, qui exploitait le port depuis 2013 dans le cadre d’un contrat devant initialement courir jusqu’en octobre 2028, s’est vu reprocher d’avoir réclamé "de manière délibérée" aux usagers du port des tarifs "dépourvus de toute base légale". Elle se prévalait d’un arrêté tarifaire que la cour a jugé "dépourvu de toute authenticité".
"Eu égard à la gravité et à la persistance" de ces manquements, la poursuite du contrat est "manifestement contraire à l'intérêt général", a conclu la cour administrative d’appel de Bordeaux. La dirigeante de Mayotte Channel Gateway, Ida Nel, dont la société emploie 70 salariés sur le port, avait dénoncé "une injustice" qu’elle attribuait à des "négligences de la part du département".
Des débats animés autour du coût et de la durée
Les débats ont été animés dans un hémicycle rempli. Une délégation du collectif des "Femmes leaders", opposé à la création de l’EPIC, était présente, aux côtés d’une vingtaine de représentants syndicaux en chasubles rouge et jaune fluo, favorables au projet. Plusieurs élus ont exprimé leurs réserves sur le coût de l’établissement public, estimé entre 4 et 8 millions d’euros, alors qu’un montant d’un million d’euros avait été évoqué lors des premières réunions de préfiguration. Sa durée d’existence reste également incertaine et pourrait aller jusqu’à trois ans.
"Nous connaissons très bien les dangers sur ce territoire : des solutions provisoires qui durent, qui durent", déclare Hélène Pollozec, élue.
Ali Omar, vice-président du Département-Région chargé des transports, a regretté que ses propositions visant à régulariser les tarifs portuaires "n'aient pas été écoutées".
Les syndicats saluent une avancée
À la sortie de l’hémicycle, les représentants de la CGT-Mayotte ont accueilli le vote en scandant "EPIC, EPIC, EPIC". "C'est une grande avancée pour nous", déclare Malidi Madi, représentant de la CGT-Mayotte. "Nous, jeunes Mahorais, sommes prêts à relever le défi", ajoute-t-il, en disant espérer "un avenir plus serein pour le port". La création de l’EPIC ouvre ainsi une phase transitoire déterminante pour le port de Longoni. Elle doit permettre d’éviter une rupture dans l’activité de cette infrastructure essentielle, tout en laissant ouverte la question de son futur statut et de sa reprise par l’État.

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