En Guadeloupe, la lutte contre la fourmi manioc entre dans une nouvelle phase. Selon l’AFP, la Région Guadeloupe, la Fredon et le Centre technique de la canne à sucre ont lancé une expérimentation inédite destinée à éradiquer ce ravageur invasif, responsable de dégâts importants dans les exploitations agricoles.
La fourmi manioc, appelée scientifiquement acromyrmex octospinosus, ne consomme pas directement les plantes qu’elle attaque. Elle les découpe pour alimenter un champignon cultivé dans son nid. Ce champignon constitue l’unique source de nourriture de la colonie, organisée autour d’une reine. C’est cette dépendance que les porteurs du projet veulent exploiter.
Baptisé Pelao, pour “Projet expérimental de lutte contre l’acromyrmex octospinosus”, le programme repose sur une solution de biocontrôle. L’expérimentation est menée sur 200 exploitations de Guadeloupe. Elle teste “une solution de biocontrôle, 100% naturelle, qui s’attaque uniquement au champignon cultivé par la fourmi et dont elle se nourrit”, a expliqué à l’AFP Thomas Cély, technicien de la Fredon.
Le principe est de priver progressivement la colonie de sa nourriture. Une fois inhibé, le champignon meurt en quatre mois, entraînant l’extinction de la colonie par famine. Cette méthode pourrait offrir une alternative aux agriculteurs, privés depuis plus de vingt ans de traitement chimique autorisé contre ce ravageur.
“Cette espèce exotique envahissante n’a pas de régulation naturelle, ni de produit chimique autorisé pour en venir à bout”, explique Christina Jacoby-Koaly, directrice de la Fredon. Introduite accidentellement dans les années 1950, la fourmi manioc s’est développée en Guadeloupe sans véritable prédateur naturel. Depuis l’interdiction des pesticides chimiques toxiques au début des années 2000, sa progression est devenue un problème majeur pour de nombreuses exploitations.
Les dégâts sont importants pour l’agriculture locale. “Elle touche quelque 30 cultures destinées au marché local, avec une perte de rendement moyenne de 15%, jusqu’à 40% dans certaines exploitations”, ajoute Christina Jacoby-Koaly. Les cultures vivrières, les productions fruitières et certaines filières comme le cacao peuvent être touchées.
La Région Guadeloupe explique que le lancement de ce programme intervient après plusieurs années de maturation scientifique. “On déclenche ce programme maintenant car le niveau de recherche sur le sujet est désormais mature”, affirme Myriam Saint-Cirel, directrice du département “croissance verte” à la Région Guadeloupe.
Un million d’euros, financés par des fonds européens, ont été mobilisés pour cette expérimentation. Les premiers résultats sont attendus d’ici la fin de l’année. Dans les milieux agricoles, l’initiative suscite de l’espoir, même si les professionnels restent prudents.
“Je ne sais pas si ça va réussir mais il faut encourager ce projet”, a confié à l’AFP Joël Nelson, président d’une association d’agriculteurs du Sud Basse-Terre, dont l’exploitation de cacao est décimée par l’insecte.
La réussite du projet n’est toutefois pas acquise. La fourmi manioc a déjà montré de fortes capacités d’adaptation, notamment face à des changements de régime alimentaire. Mais pour les agriculteurs guadeloupéens, cette expérimentation représente une piste concrète face à un ravageur devenu difficile à contenir.
Memento

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