La polémique autour de Marie Lanfroy, chanteuse du groupe Saodaj, pousse la fédération réunionnaise du Parti socialiste à prendre position. Dans un communiqué, le PS La Réunion dit condamner les attaques personnelles visant l’artiste, tout en appelant à ouvrir un débat plus large sur la justice culturelle et économique autour du maloya.
Le parti affirme d’abord son refus de toute violence verbale. Selon le communiqué, “nous condamnons avec force le harcèlement et la violence des propos dirigés contre Marie Lanfroy”. Le texte ajoute qu’“une artiste réunionnaise ne doit pas être exposée à la haine”, même lorsque le débat porte sur des sujets sensibles liés à l’identité culturelle et au patrimoine réunionnais.
La fédération socialiste veut distinguer deux niveaux dans cette polémique. D’un côté, elle estime qu’il existe “des questionnements légitimes et sérieux sur les inégalités d’un système culturel qui ne bénéficie pas à tous de la même façon”. De l’autre, elle condamne “des actes de harcèlement et de violence verbale qui n’ont aucune légitimité”. Pour le PS, “valider les questions de fond ne signifie en aucun cas valider les comportements”.
Le communiqué rappelle aussi que le maloya est une musique vivante, traversée par les évolutions et les réinterprétations. Le Parti socialiste cite notamment Lindigo comme exemple d’un maloya contemporain capable de rayonner au-delà de La Réunion. Selon le texte, cette capacité d’évolution “est une richesse, pas une trahison”. Le fait que cette musique soit adoptée et réinterprétée par d’autres artistes est présenté comme “une victoire culturelle”.
Mais pour la fédération réunionnaise du PS, l’ouverture culturelle ne doit pas empêcher de poser la question des règles et de la justice. Le communiqué affirme que “le vrai débat n’est pas de savoir qui a le droit de chanter le maloya”. Il serait plutôt celui de “la justice culturelle et économique”, avec une interrogation centrale sur les financements publics, l’accès aux scènes internationales, le soutien à l’export et les conditions de transparence.
Le texte pointe un manque d’organisation autour de ce patrimoine. Le maloya est reconnu par l’UNESCO, mais le PS estime que la politique culturelle a laissé “un vide béant”. Le communiqué évoque l’absence “d’instance représentative des héritiers de cette musique”, l’absence de “recherche ethnomusicologique sérieuse à l’université” et le manque de “données publiques sur les flux d’export et les financements”. Pour le parti, ce vide nourrit des tensions répétées.
La fédération réunionnaise du Parti socialiste appelle donc à trois mesures. Elle demande de “financer une vraie recherche ethnomusicologique à l’Université de La Réunion”, de créer “une instance représentative des héritiers du maloya” indépendante des pouvoirs politiques et des réseaux culturels établis, et d’“auditer de manière transparente les financements publics accordés à l’export de la musique réunionnaise”.
Dans ce communiqué signé par Ericka Bareigts et la fédération réunionnaise du Parti socialiste, le parti entend donc déplacer le débat. Il refuse que la défense du maloya serve de prétexte aux attaques personnelles, mais considère que la polémique révèle aussi une question non réglée sur la place des artistes, des héritiers et des institutions dans la valorisation du patrimoine culturel réunionnais. Selon le texte, “la culture réunionnaise est vivante, plurielle et en mouvement” et doit être protégée “non pas en désignant des boucs émissaires, mais en construisant enfin les outils qu’elle mérite”.
Memento

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