Plus de 80 % des adultes de Guadeloupe et de Martinique présentent du chlordécone détectable dans le sang, selon l’étude Kannari 2 de Santé publique France. Publiée le 24 juin 2026, cette nouvelle étude confirme la persistance généralisée de ce pesticide dans les deux territoires, plus de trente ans après son interdiction. La part d’adultes contaminés atteint 81,3 % en Guadeloupe et 85,5 % en Martinique. L’étude a été menée auprès d’environ 1 170 adultes en Guadeloupe et 1 150 en Martinique.
Un adulte sur six dépasse le seuil de risque sanitaire. En Guadeloupe, 14,3 % des adultes dépassent la valeur toxicologique de référence interne, fixée par l’Anses à 0,4 microgramme par litre. En Martinique, cette proportion atteint 18,7 %. Ce seuil correspond au niveau au-dessus duquel "le risque d’apparition d’effets sur la santé au sein de la population ne peut être exclu", précise Santé publique France.
Une contamination toujours généralisée
Lancée en 2024, l’étude Kannari 2 actualise les données d’une précédente étude menée en 2013-2014, qui établissait que plus de neuf Antillais sur dix étaient contaminés. Malgré une "légère amélioration", l’imprégnation "persiste à un niveau généralisé" en Guadeloupe et en Martinique, avec "de fortes disparités".
Le recul limité de la contamination s’explique notamment par "le fait que certains aliments, même s’ils sont conformes à la mise sur le marché, ne sont pas à zéro chlordécone", a expliqué Jacques Rosine, délégué régional de Santé publique France pour les Antilles. Le lien entre alimentation et contamination reste marqué. "Les poissons, crustacés et mollusques sont associés à une imprégnation plus importante", a précisé Marc Ruello, épidémiologiste à Santé publique France.
Les habitants des "zones contaminées, terrestres ou marines, présentent des niveaux d’imprégnation moyens deux à trois fois supérieurs" à ceux vivant dans des zones non contaminées, selon l’agence de santé publique. Les pêcheurs et les agriculteurs font partie des populations présentant les niveaux les plus élevés. Le niveau de concentration augmente aussi avec l’âge, avec une différence notable entre les moins de 50 ans et les personnes de 50 ans ou plus.
Un pesticide interdit depuis plus de trente ans
Classé depuis 1979 comme agent possiblement cancérogène, le chlordécone a été utilisé aux Antilles dès 1972 et par dérogation jusqu’en 1993, alors qu’il était interdit dans l’Hexagone depuis 1990. Utilisé massivement dans les bananeraies pour lutter contre le charançon, ce pesticide a durablement contaminé plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles, les cours d’eau et le milieu marin. Il peut rester dans les sols jusqu’à 600 ans. Les personnes fortement imprégnées bénéficient de "dispositifs d’accompagnement, notamment avec les diététiciens" et de dosages sanguins réguliers, a souligné Jacques Rosine, qui estime que les recommandations sanitaires doivent rester "proches de la vie des gens".
La HAS recommande un dépistage gratuit pour les populations à risque
Le 24 juin 2026, la Haute Autorité de santé a publié une recommandation invitant les professionnels de santé à proposer un dosage sanguin gratuit aux populations à risque. Sont notamment concernés les jeunes enfants, les femmes enceintes, les travailleurs agricoles et les habitants des zones contaminées. La Haute Autorité de santé rappelle que l’exposition prolongée au chlordécone est associée à un risque accru de cancer de la prostate chez l’homme et à des effets sur le développement de l’enfant. Ces résultats interviennent après la confirmation, le 22 juin 2026, par la cour d’appel de Paris, du non-lieu dans le volet pénal du scandale. Cette décision a fermé la porte à une réouverture de l’enquête après vingt ans de procédures. Les avocats des parties civiles, qui ont dénoncé un "jour sombre", ont annoncé un pourvoi devant la Cour de cassation.
Une mission sur l’indemnisation des victimes
L’étude Kannari 2 a été présentée dans le cadre d’un colloque scientifique sur le chlordécone, ouvert le 23 juin 2026 à l’université des Antilles en Martinique et poursuivi jusqu’au 25 juin 2026. En parallèle, une mission interministérielle était "en cours en Martinique" et devait se rendre en Guadeloupe afin de "définir les modalités d’une indemnisation" des victimes de cet empoisonnement, a indiqué Anne-Gaëlle Baudouin, directrice générale des Outre-mer, lors de la conférence de presse d’ouverture du colloque scientifique.
Cette mission s’inscrit dans le cadre de la récente loi Califer, qui reconnaît la responsabilité de l’État et donne un an au gouvernement pour proposer des modalités d’indemnisation.
memento.fr
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