Formation professionnelle à La Réunion, le CESER alerte sur une baisse de financement qui menace le PRIC

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Le CESER de La Réunion tire la sonnette d’alarme. Dans une note d’urgence adoptée à l’unanimité le 28 mai 2026, l’assemblée consultative régionale alerte sur les conséquences d’une diminution du financement par l’État des Pactes régionaux d’investissement dans les compétences, les PRIC, pour l’année 2026.

Le document parle d’une “ambition menacée” et résume la situation par une formule claire, “des besoins qui augmentent, des moyens qui diminuent”. Pour le CESER, le PRIC ne peut pas devenir une variable d’ajustement budgétaire alors que La Réunion doit continuer à former, qualifier et accompagner les publics les plus éloignés de l’emploi.

Selon la note, l’enveloppe nationale consacrée aux PRIC devait initialement atteindre 854,9 millions d’euros. Après l’adoption de la loi de finances pour 2026, elle a été ramenée à 377 millions d’euros, soit une baisse de l’ordre de 56 %. Après discussion entre l’État et Régions de France, un nouvel équilibre a porté cette enveloppe à 527 millions d’euros. Mais ce montant reste inférieur de 327 millions d’euros à la trajectoire prévue à l’origine.

Le CESER estime qu’une telle réduction “ne peut être analysée comme un simple ajustement budgétaire conjoncturel”. Elle traduirait, selon lui, une révision des priorités nationales en matière d’investissement dans les compétences, au détriment des publics les plus éloignés de l’emploi.

À La Réunion, les effets pourraient être importants. En 2025, la convention financière du PRIC représentait une enveloppe prévisionnelle de 64 millions d’euros, dont 40 millions financés par l’État. Pour 2026, la participation de l’État est fixée à 32,72 millions d’euros. Le CESER évoque ainsi une diminution d’environ 10 millions d’euros de la participation financière de l’État.

Cette baisse ne ferait pas disparaître le PRIC, mais elle en fragiliserait fortement la portée. Le CESER rappelle que le territoire reste confronté à des besoins massifs en formation, qualification, insertion et remédiation. Le document souligne que 26 % des 15-29 ans ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en études. Il rappelle également que 17 % des 18-64 ans, soit environ 91 000 personnes, rencontrent des difficultés à l’écrit, et que 24 % des adultes de moins de 65 ans ont des difficultés en calcul.

La note insiste aussi sur les fragilités éducatives du territoire. À La Réunion, 20,6 % des élèves de 6e sont en difficulté en français, contre 12,7 % dans l’Hexagone. Le taux de diplômés du supérieur reste environ deux fois inférieur à celui de l’Hexagone, avec 22,3 % contre 44 %.

Le PRIC 2024-2027 cible précisément ces publics prioritaires. Il concerne notamment les bénéficiaires du RSA, les travailleurs en situation de handicap, les seniors, les jeunes et les demandeurs d’emploi de 26 à 54 ans sans baccalauréat. Dans le même temps, la Loi pour le Plein Emploi renforce l’exigence d’accompagnement des publics les plus éloignés du marché du travail. En 2025, La Réunion comptait 92 105 allocataires du RSA.

Pour le CESER, la contradiction est majeure. Il est demandé aux acteurs réunionnais “d’accompagner davantage, de qualifier davantage, d’insérer davantage, tout en réduisant les moyens qui rendent cette ambition atteignable”. L’assemblée estime que le PRIC ne doit pas être considéré comme un financement additionnel parmi d’autres, mais comme l’un des instruments permettant de transformer l’égalité formelle en égalité réelle.

La note met également en garde contre un effet domino avec la baisse des Parcours Emploi Compétences. En 2026, La Réunion ne disposerait plus que de 4 000 PEC, contre 10 000 en 2025 et 12 000 en 2024. Leur durée serait ramenée à six mois, avec une prise en charge de l’État abaissée à 40 %, contre 50 % auparavant. Les emplois verts gérés par le Conseil régional passeraient de 700 à 250.

Pour le CESER, diminuer fortement les PEC puis fragiliser les moyens de formation revient à affaiblir deux maillons d’une même chaîne. Le risque serait de provoquer “moins d’activité, moins de formation, moins de qualification, plus de ruptures de parcours”, avec davantage de pression sur les collectivités et un risque accru d’éloignement durable de l’emploi pour les publics prioritaires.

Face à cette situation, le CESER demande de sécuriser le financement du PRIC. Il préconise la conclusion d’une convention financière pluriannuelle pour 2026 et 2027 entre l’État et le Conseil régional. Il appelle aussi à activer la clause de revoyure prévue dans le protocole PRIC 2024-2027, afin de tenir compte de la situation particulière de La Réunion, marquée par le chômage de masse, l’illettrisme, l’insularité et l’éloignement.

L’assemblée consultative appelle enfin à renforcer la gouvernance territoriale autour de la formation et de l’emploi. Elle propose de mobiliser la Conférence territoriale de l’action publique, le Comité régional de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles, ainsi qu’une conférence des financeurs. L’objectif serait de rendre plus visibles les responsabilités, les moyens disponibles, les publics concernés et les filières prioritaires.

Dans sa conclusion, le CESER estime que la baisse annoncée de l’enveloppe du PRIC appelle “une vigilance particulière”. Pour l’institution, investir dans les compétences ne consiste pas seulement à financer des places de formation. C’est permettre à chacun d’apprendre, de se qualifier, de travailler et de trouver sa place dans la société. À défaut d’une sécurisation des financements, La Réunion risquerait de voir fragilisée l’une des politiques publiques les plus structurantes pour son avenir social et économique.

Memento


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