Tous les habitants de La Réunion sont familiers des "Gouzous", , ces petits personnages qui, nés des bombes aérosols de Jace, fleurissent sur les murs des villes ou au détour des sentiers.
Depuis quelques mois, un individu du nom de "Krapat" les vandalise volontairement en les gribouillant. Repassant sur les peintures endommagées, Jace répond de manière ironique et drôlissime au grincheux, dont les motivations semblent bien obscures.
Cette guerre larvée pose la question juridique du respect dû aux œuvres de rue et de leur protection.
L'œuvre de rue est une œuvre de l'esprit ; elle bénéficie à ce titre de la protection du Code de la propriété intellectuelle. La jurisprudence a en effet dégagé deux conditions pour que la qualification d'oeuvre de l'esprit puisse être retenue : l'originalité, en ce que l'ouvre doit porter l'empreinte de la personnalité de son auteur; la concrétisation, en ce que l'œuvre doit avoir été mise en forme et avoir ainsi dépassé le stade du simple concept ou de la simple idée. Etant précisé que les critères de la licéité, de la pérennité de l'œuvre ou de l'anonymat de l'artiste sont indifférents, doctrine et jurisprudence s'accordent pour faire bénéficier les œuvres de rue de la protection du Code de la propriété intellectuelle (voir sur cette question, N. Blanc, Le street-art peut-il être protégé par le droit d'auteur ? in Droit(s) et Street-Art, dir? G. Goffeaux, D. Guével et J.-B. Seube, LGDJ, 2017).
De fait, l'auteur a droit au respect de son œuvre, fût-elle posée dans la rue. Au cas d'espèce, il est évident que les dégradations systématiques révèlent une véritable intention de nuire, qui dépasse allégrement la pratique du "toys" (tag over your shit: taguer sur un autre tag).
Le juriste se dit alors que, outre la réparation des préjudices moraux qu'il pourrait invoquer, Jace pourrait également obtenir la condamnation de Krapat à cesser les dégradations sous une astreinte par infraction constatée. Sachant que certaines des œuvres vandalisées étaient des commandes publiques, il ne serait d'ailleurs pas illogique que les collectivités qui les avaient commandées se joignent à cette éventuelle action.
Même si l'on dit que le droit est partout, ces lignes sembleront peut-être bien juridiques aux amateurs des Gouzous. La meilleure réponse est sans doute celle de Jace: en redressant les œuvres vandalisées, il montre son talent et son humour, renvoyant le grincheux au néant duquel il n'aurait jamais du sortir.
Chaque "reprise" de Jace montre l'écart abyssal qui existe entre un affreux gribouillage et une véritable œuvre.

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