En Nouvelle-Calédonie, le conflit opposant des collectifs d’habitants des îles Loyauté à la compagnie Air Calédonie reste dans l’impasse après trois mois de blocage des aérodromes. Débuté le 2 mars 2026, le mouvement proteste contre le projet de transfert des vols domestiques de l’aéroport de Magenta, situé au cœur de Nouméa, vers celui de Aéroport international de La Tontouta, distant d’environ 40 kilomètres.
Les collectifs coutumiers à l’origine de la mobilisation dénoncent une hausse du coût des billets ainsi qu’un allongement des temps de trajet pour les habitants des îles Loyauté. Depuis le début du blocage, les quelque 18 000 habitants de l’archipel ainsi qu’une importante diaspora installée sur la Grande Terre se retrouvent fortement isolés.
Les conséquences se font sentir sur l’économie locale, mais aussi sur l’accès aux soins et les déplacements familiaux ou professionnels. Dans ce contexte, la reprise annoncée des vols vers Lifou, la plus grande des îles Loyauté, pourrait raviver les tensions.
Depuis le lundi 1er juin, Air Calédonie annonce en effet sur son site internet une reprise des rotations vers Lifou à compter du mercredi 3 juin. Cette réouverture intervient après un appel du grand chef du district du Wetr, Ukeinesoti Sihaze, autorité coutumière de l’aérodrome construit sur une terre coutumière.
Malgré cette décision, le collectif à l’origine du mouvement affirme vouloir poursuivre la mobilisation. Son président, Guillaume Wamynia, a toutefois indiqué le mardi 2 juin à la chaîne Nouvelle-Calédonie La 1ère que les manifestants « n’empêcheraient pas les atterrissages ».
Le dossier reste particulièrement sensible dans l’archipel. En 2011, des blocages liés au prix des billets d’avion avaient dégénéré sur l’île de Maré, provoquant des affrontements qui avaient fait quatre morts et plus de vingt blessés.
Déjà fragilisée par la crise sanitaire du Covid-19 puis par les émeutes de 2024, Air Calédonie traverse une situation financière critique. Placée en redressement judiciaire le 14 avril 2026, la compagnie considère le transfert vers La Tontouta comme une condition essentielle à sa survie économique. Selon ses estimations, cette relocalisation permettrait de générer environ quatre millions d’euros d’économies annuelles tout en captant une partie de la clientèle internationale arrivant sur le territoire.
Le président du gouvernement calédonien, le loyaliste Alcide Ponga, dont la collectivité est l’actionnaire majoritaire de la compagnie, suit personnellement le dossier et maintient sa position. Fin février, il affirmait qu’un retour à Magenta « coulerait la compagnie ».
Cette ligne n’est toutefois pas partagée par l’ensemble de l’exécutif local. Fin mars, plusieurs membres du gouvernement ont adressé un courrier réclamant un moratoire sur le déménagement. Selon eux, cette suspension permettrait à Air Calédonie de reprendre son activité tout en ouvrant des discussions sur l’avenir de la desserte aérienne des îles.
Dans les îles Loyauté, une large partie de la population continue de soutenir le mouvement malgré les difficultés du quotidien. La situation est particulièrement tendue à Ouvéa, la plus septentrionale des îles et la seule à ne pas disposer de liaison maritime régulière avec la Grande Terre.
Pour rejoindre Nouméa, les habitants embarquent désormais sur des bateaux de pêcheurs qui les déposent sur la côte est avant de poursuivre leur trajet par des navettes privées. « Le voyage prend toute la journée », raconte Drapi Wea, habitant de la tribu de Gossanah à Ouvéa.
Venu à Nouméa pour deux jours afin d’honorer plusieurs rendez-vous personnels, le trentenaire est finalement resté plus d’une semaine sur place. Une pénurie de carburant puis une forte houle ont retardé son retour. « Il faut trouver à se loger, à se déplacer, sans compter le fait d’être séparé de mon fils et de ne pas pouvoir lui dire quand exactement je vais rentrer », explique ce père de famille, qui s’inquiète également pour l’économie locale.
« Les hôtels sont vides et des personnes âgées qui auraient besoin de soins renoncent à entamer ce périple », ajoute-t-il.
Ces traversées improvisées soulèvent également des questions de sécurité. Les pêcheurs mobilisés ne disposent pas des autorisations nécessaires pour transporter des passagers et leurs embarcations ne sont pas conçues pour effectuer des trajets maritimes de près de cent kilomètres.
Malgré ces difficultés, Drapi Wea affirme continuer à « soutenir le mouvement » et souhaite qu’Air Calédonie « revienne à Magenta ».
memento.fr

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